Le Département d’État américain a publié mardi 11 août son rapport annuel sur la transparence budgétaire dans le monde. Pour le cas du Sénégal, les Américains estiment que Dakar ne satisfait toujours pas aux exigences minimales de transparence budgétaire retenues. Washington reconnaît toutefois des progrès, notamment dans la publication du projet de budget dans des délais raisonnables, mais maintient ses réserves sur la transparence financière des grandes entreprises publiques et sur leur endettement individuel.
Chaque année, à l’intention du Congrès américain, le département d’Etat fait un rapport sur la transparence budgétaire de la plupart des pays partenaires. Pour cette année 2026, 139 gouvernements ont été examinés. 73 gouvernements ont été considérés comme satisfaisant aux exigences minimales américaines. Le Sénégal ne figure pas dans cette catégorie.
Qu’est-ce que Washington reproche à Dakar ?
Sur le Sénégal, Washington commence pourtant par constater une amélioration. Le rapport indique que, durant la période examinée, le gouvernement a réalisé des «progrès significatifs» en publiant en ligne son projet de budget de l’exécutif «dans un délai raisonnable». Cette avancée ne suffit cependant pas à faire franchir au Sénégal le seuil minimal fixé par les États-Unis. En effet, dans la partie méthodologie générale du rapport, les termes «exigences minimales» correspondent essentiellement à la possibilité, pour le public, d’accéder dans des délais raisonnables à des informations suffisamment complètes sur les recettes, les dépenses, la dette et certaines opérations financières de l’État. Elles concernent également la publication des principaux documents budgétaires et la visibilité des relations financières entre l’État et ses grandes entreprises publiques.
D’ailleurs, la principale réserve de la partie américaine porte sur les grandes entreprises publiques sénégalaises. En effet, le Département d’État a recommandé au Sénégal de fournir davantage de détails sur les «allocations financières aux grandes entreprises publiques et les revenus provenant de celles-ci» dans les documents budgétaires.
Le document ne cite aucune société sénégalaise. Mais l’on pourrait penser à des entreprises publiques occupant une place importante dans l’économie et les finances publiques sénégalaises, comme peuvent l’être Senelec dans l’électricité, Petrosen dans les hydrocarbures, Air Sénégal dans le transport aérien, La Poste, le Port autonome de Dakar ou encore certaines sociétés liées aux infrastructures publiques.
L’endettement des entreprises publiques, l’autre reproche des Américains
Le Département d’État relève que le Sénégal intègre la dette des entreprises publiques dans les chiffres globaux de la dette publique. Mais il estime que la publication agrégée ne permet pas encore de connaître suffisamment l’endettement de chacune des principales entreprises concernées. Car Washington ne demande pas seulement de connaître le montant total de la dette du secteur public. Il veut également que soit identifiable la dette portée individuellement par les grandes entreprises publiques.
Une remarque qui persiste dans les rapports américains
Le problème n’apparaît pas pour la première fois dans l’évaluation américaine. Dans son rapport de 2024 consacré au Sénégal, le Département d’État formulait déjà pratiquement la même observation : la dette des entreprises publiques était incluse dans les chiffres globaux, mais l’information sur la dette des principales entreprises prises individuellement restait insuffisamment disponible. De même Dans son rapport de 2025, le Département d’État relevait aussi que même si la dette des entreprises publiques était intégrée aux chiffres globaux, les informations concernant l’endettement individuel des principales sociétés publiques n’étaient pas publiées.
Le rapport de 2026 montre donc que, malgré les progrès reconnus dans la publication des documents budgétaires, la transparence autour des entreprises publiques demeure l’un des principaux points de désaccord entre les pratiques sénégalaises constatées et les critères retenus par Washington.
Ahmadou KANE
(Correspondant permanent à New York)












