En recevant hier la direction de l’Ong 3D, le nouveau ministre de la Justice, Me Moussa Sarr, a fait face aux critiques récurrentes qui pèsent sur l’appareil judiciaire. Entre mandats de dépôt quasi systématiques, surpopulation carcérale et manque de moyens, le garde des Sceaux prône une rupture fondée sur le respect des droits humains et la rationalisation des procédures.
Un vent de réforme souffle sur la place Vendôme de Dakar. Hier, le ministre de la Justice, Me Moussa Sarr, a accordé une audience à une délégation de l’Ong 3D conduite par son président, Moundiaye Cissé, en présence de figures engagées telles que le commissaire divisionnaire à la retraite Aby Diallo et Me Abibatou Samb. Si la société civile a salué une nomination qui suscite un réel espoir, portée par les premiers gestes forts du ministre notamment l'abolition des fouilles intégrales et une visite nocturne inopinée à la prison de Rebeuss, le dialogue est très vite entré dans le vif des dysfonctionnements du système.
Les émissaires de l’Ong 3D sont venus avec un cahier de doléances fourni, pointant sans détours les faiblesses d'une justice souvent perçue comme punitive et expéditive. Au centre des griefs figurent l’encadrement défaillant de la détention provisoire, la pratique décriée des « retours de parquet », l’absence de recours devant la Haute Cour de justice et les prérogatives jugées exorbitantes des procureurs. L’organisation s’inquiète également de la saturation des structures pour femmes victimes de violences, à l’instar de la Maison Rose, et réclame un renforcement des effectifs de magistrats et d'avocats. Elle plaide enfin pour une assistance judiciaire étendue aux litiges civils, du divorce aux successions.
Me Moussa Sarr très flexible face aux demandes de ses interlocuteurs
Loin d'adopter une posture défensive, Me Moussa Sarr a plaidé pour un changement de paradigme axé sur une prise en compte rigoureuse des attentes citoyennes. Reconnaissant la délivrance abusive de certains mandats de dépôt, le garde des Sceaux a rappelé la diffusion récente d’une circulaire visant à freiner le caractère quasi automatique des incarcérations. Il a assuré à ses interlocuteurs que l’essentiel de leurs revendications est déjà pris en compte dans le projet de réforme du Code de procédure pénale, actuellement réintroduit dans le circuit législatif.
Sur la question sensible des fuites d'informations et des procès-verbaux étalés dans la presse avant même la tenue des procès, le ministre a annoncé des réflexions avancées pour garantir la sérénité du secret de l'instruction. Enfin, pour aligner les décisions nationales sur les standards internationaux, Me Moussa Sarr mise sur le concept de « dialogue des juges », incitant le corps judiciaire à appliquer systématiquement les conventions ratifiées par le Sénégal. Clôturant cet échange sur un signe d'ouverture, le ministre a réitéré sa détermination à bâtir un partenariat durable avec les acteurs des droits humains.
Samba THIAM













