Après les commissions techniques, l’Assemblée nationale a tenu la première plénière de sa session extraordinaire de l’année 2026. Elle portait sur la modification de l’article 37 de la Constitution relative à la déclaration de patrimoine du président de la République avant et après ses fonctions. L’amendement du gouvernement représenté par le ministre de la Justice y a inclus le président de l’Assemblée nationale et le Premier ministre. Contrairement aux habituels scénarii, trois camps se sont dessinés lors des débats, les députés patriotes avec leur éternelle frustration contre Diomaye, l’opposition qui déplore cette guéguerre entre les deux camps. La troisième voie était portée par deux députés de Pastef : Djiby Ciss qui a rejoint Félicité Mbougane Sarr dans son soutien au Président Diomaye.
L’Assemblee nationale a examiné et voté à la majorité la modification de l’article 37 de la Constitution qui contraint désormais le président de la République, le président de l’Assemblée nationale et le Premier ministre à déclarer leurs patrimoines avant et après leurs fonctions, avec publication de l’Ofnac.
Avant l’ouverture de la discussion générale, Tafsir Thioye a encore demandé la suspension de la séance plénière en se basant cette fois-ci sur l’illégalité qui fonde les travaux. A l’en croire, depuis la modification de l’article 118 de leur Règlement intérieur, cela n’a pas été promulgué. Le Règlement intérieur étant incomplet, ils ne peuvent pas délibérer. Le député non-inscrit de soulever aussi beaucoup d’irrégularités pour appuyer sa demande d’ajournement. Mais, comme d’habitude, sa requête a été rejetée par les députés de Pastef.
Abdou Mbow dénonce une guerre politicienne entre Sonko et Diomaye»
Pour le député de Takku-Wallu, il est clair qu’une Constitution n’est pas figée, mais cette révision constitutionnelle n’est que le fruit d’une guerre politicienne entre le président de la République et le président de l’Assemblée nationale. Et il n’y a que le peuple qui va en pâtir. Abdou Mbow estime que c’est le Président Diomaye Faye qui devait «prendre ses responsabilités en organisant un référendum pour aller vers une réforme générale, au lieu de prendre les Sénégalais en otage», affirme-t-il, tout en assurant qu’Ousmane Sonko ne peut pas se dédouaner complètement des options de Diomaye. « Ils vont être comptables de ce bilan ensemble, qu’ils le veuillent ou non», promet-il, avant d’annoncer la couleur pour la plénière sur les crédits spéciaux.
Mbaye Dione déplore l’utilisation de l’Assemblée pour des règlements de comptes politiques
Le député-maire de Ngoudiane reconnaît que l’Assemblée nationale est dans son rôle, parce que tous ceux qui gèrent des fonds publics devraient s’aligner sans broncher à cette exercice de déclaration de patrimoine et de recevabilité. « Dans une démocratie normale, où les institutions dialoguent, il n’y aurait pas tout ce débat. (…) il faut donc que les deux premières personnalités de l’Etat sachent qu’ils ont la responsabilité d’établir la sérénité dans ce pays », affirme Mbaye Dione.
Ce dernier estime que c’est au Président Diomaye Faye de donner les premières assurances, en fixant la date des élections, que cela soit celles territoriales ou même un référendum. «Il faut que le legislatif se tienne à ses prérogatives et qu’on évite d’utiliser cette institution pour des règlements de comptes politiques », dit le leader de l’Afp.
Amadou Diallo n°1 : «nous avons une majorité soumise aux ambitions d’une seule personne (…)»
Abondant dans le même sens que ses collègues de l’opposition, Amadou Diallo pense que c’est le peuple qui paie le prix fort de l’égarement de la majorité par des calculs politiciens, au mépris de leurs souffrances. Nous avons une majorité soumise aux ambitions d’une seule personne qui s’estime visiblement plus importante que la nation qu’elle prétend vouloir servir. La devise semble être : si ce n’est pas moi, ce ne sera personne d’autre, quitte à réduire nos institutions en cendres (…) », déplore-t-il.
Thierno Alassane Sall croit lui aussi que cette session extraordinaire a été convoquée, non pas pour exiger la transparence, mais pour poursuivre le procès contre le Président Bassirou Diomaye Faye, qui s’est déclenché depuis sa rupture avec le Pastef. Pour lui, les députés de Pastef ne croient pas à là transparence, ils vivent dans l’opacité. «Vous êtes arrivés au pouvoir par la manipulation et vous voulez continuer à nous engloutir dedans, nous sommes fatigués», dit-il.
Anta Babacar Ngom est du même avis. Elle demande dans cette perspective à Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko d’arrêter d’instrumentaliser nos institutions pour des ambitions politiques et personnelles. Les populations de l’intérieur du pays ont d’autres soucis plus pressants que cette modification de l’article 37 de la Constitution.
Djiby Ciss : «à ce rythme, l’Assemblee va exiger du Président Diomaye une permission avant de sortir du palais»
C’est Djiby Ciss, membre du groupe parlementaire Pastef, qui a crée la surprise de cette plénière, en se détachant complètement de son groupe parlementaire pour témoigner son soutien à Bassirou Diomaye Faye. Ce dernier a tenu en premier lieu à clarifier un certain nombre de points lors de sa prise de parole. «Notre président de la République n’a jamais dit qu’il ne ferait pas une déclaration de patrimoine après sa gouvernance», dit-il, avant d’assurer que Bassirou Diomaye Faye est un homme Intègre. M. Ciss, qui informe la plénière de sa décision de ne pas voter cette proposition de loi, dénonce l’acharnement de la majorité contre le Président Bassirou Diomaye Faye. Assumant pleinement sa nouvelle position, Djiby Ciss dira : « tous ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas un peureux et je ne fais pas partie de ceux qui ne respirent que pour un mandat. Je ne suis le député de personne. Si je suis là, c’est grâce a mon travail », clarifie-t-il avant de demander au chef de l’Etat de dissoudre l’Assemblée nationale, récupérer les véhicules sans verser d’indemnités.
A ce rythme, affirme M. Ciss, l’Assemblée va exiger du Président Diomaye d’avoir sa permission pour sortir du palais. «On nous bassine avec la caisse noire du président de la République, alors que l’Assemblée a la sienne et personne ne sait comment elle est gérée», dit-il sous les insultes et attaques de ses collègues de la majorité qui étaient dans tous leurs états. Il a fallu que El Malick Ndiaye tape du poing sur la table pour que le calme revienne dans la salle.
Félicité Sarr : «Nous sommes les véritables artisans de cette situation entre l’exécutif et le parlement»
Celle qui a été le premier député de Pastef à déclarer ouvertement son soutien au Président Bassirou Diomaye Faye face au torrent de la majorité parlementaire l’a une fois encore défendu à l’Assemblée nationale. « Le Président Bassirou Diomaye Faye déclarait son patrimoine sans tricherie, sans cache-cache. Il a juste demandé de ratisser large, une question de transparence », a-t-elle déclaré, avant de mettre les députés de Pastef devant leurs responsabilités : « j’avertissais, il ya cinq mois de cela, nous sommes les véritables artisans de cette situation entre l’exécutif et le parlement. Au lieu de représenter le peuple, nous avons affirmé notre allégeance pour un homme ».
Cheikh Omar Bamba Diop, Guy Marius Sagna, qui sont intervenus à la suite de Djiby Ciss, ont partagé leur amertume face à l’attitude du Président Diomaye et ses nouveaux amis. Pour Guy Marius Sagna, aucune autre trahison ne devrait choquer les patriotes, maintenant qu’ils ont assimilé celle de Diomaye. Omar Bamba Diop trouve invraisemblable la situation que vit le pays, pendant que Diomaye manœuvre. « Les Sénégalais croulent sous le poids de la vie chère, mais le Président Diomaye ne trouve rien à faire que de vouloir organiser un référendum. Nous n’aurions jamais cru que nous aurions ce genre de débat sous son magistère », fulmine-t-il.
Nd. Kh. D. F












