La bataille autour de la proposition de loi sur le régime juridique des crédits spéciaux prend une tournure ouvertement politique. Après la décision du Conseil constitutionnel déclarant le texte irrecevable, le Groupe parlementaire Pastef-Les Patriotes revendique toujours son combat pour la transparence dans la gestion des deniers publics. Une posture vivement contestée par Kiiraay – Les Patriotes Républicains, qui accuse la majorité parlementaire de pratiquer une «transparence à géométrie variable» et renvoie le camp d’Ousmane Sonko à la gestion du compte «Jamm pour la Paix en Casamance».
Le verdict du Conseil constitutionnel n’aura pas suffi à refermer le dossier des crédits spéciaux. À peine la décision rendue publique, le débat s’est déplacé du terrain juridique vers celui, beaucoup plus politique, de la transparence et de la reddition des comptes.
Dans un communiqué publié le 25 août, le Groupe parlementaire Pastef-Les Patriotes assume sa démarche et refuse de considérer la décision des Sages comme un désaveu politique. Pour les députés de la majorité, leur proposition de loi visait avant tout à « compléter le dispositif normatif de transparence dans la gestion publique ». Mais le communiqué de Pastef va rapidement au-delà de l’argument juridique. Le groupe parlementaire accuse le Président de la République de vouloir préserver ses « fonds politiques » et d’avoir, selon lui, activé « tous les instruments de blocage des réformes de rupture » promises aux Sénégalais.
Pastef maintient la pression
Pour le groupe parlementaire, l’irrecevabilité de la proposition ne signifie donc pas l’abandon du combat. Bien au contraire. « Au peuple sénégalais, le Groupe parlementaire Pastef-Les Patriotes réitère sa ferme détermination à faire aboutir le projet d’encadrement des fonds politiques », affirme le communiqué, qui reconnaît que la mise en œuvre de cette réforme pourrait être différée. Le groupe parlementaire veut surtout inscrire son initiative dans une dynamique plus large de réforme de la gouvernance publique. « Cette dynamique de transparence peut être enrayée, mais elle ne saurait être interrompue », martèle-t-il.
Une déclaration qui a immédiatement suscité une riposte de Kiiraay – Les Patriotes Républicains.
Kiiraay contre-attaque, Pastef « toute honte bue »
Le ton du communiqué de Kiiraay est nettement plus offensif. La structure politique répond à Pastef en contestant frontalement sa légitimité à se présenter comme le porte-étendard de la transparence. Dès son titre, le communiqué donne le ton, « Toute honte bue, Pastef ose encore parler de transparence des fonds spéciaux ! ». Pour Kiiraay, la décision du Conseil constitutionnel constitue un « désaveu cinglant » de la démarche de la majorité parlementaire. Mais surtout, l’organisation déplace le débat vers la gestion des ressources publiques sous l’actuel régime.
Elle met en cause l'utilisation alléguée du compte « Jamm pour la Paix en Casamance », affirmant qu'un montant de 3,7 milliards de francs Cfa aurait été dépensé entre 2025 et 2026 sans justification suffisante, selon ses accusations. Kiiraay interpelle directement le Premier ministre Ousmane Sonko, auquel elle attribue des explications portant notamment sur l’achat de véhicules et la réfection du Building administratif.
La structure politique juge ces dépenses incompatibles avec la vocation affichée du compte destiné à la paix en Casamance. Des accusations politiquement lourdes, qui appellent, si elles sont contestées, à être étayées ou démenties par les autorités concernées.
« La transparence à géométrie variable »
C’est précisément sur cette contradiction que Kiiraay construit sa riposte. Pour les Patriotes Républicains, la transparence ne saurait être revendiquée lorsqu’elle concerne les pratiques des adversaires politiques tout en restant insuffisante lorsqu’elle touche à la gestion du pouvoir en place. « Manifestement, à Pastef, la transparence est à géométrie variable ! », accuse le communiqué. Qui embraye : «la reddition des comptes ne doit être ni une arme politique ni un slogan de meeting ; elle doit être une exigence permanente, applicable à tous, sans exception, sans privilège et sans sélectivité».
Fatou DIOP













