jotaay
jotaay

https://www.facebook.com/flyairsenegal
Le meilleur de l'info au sénégal

CEUTA, LE RÊVE AU BOUT DE LA MER : Le calvaire de quatre Sénégalais



CEUTA, LE RÊVE AU BOUT DE LA MER : Le calvaire de quatre Sénégalais

À Tanger, ils n’avaient qu’une obsession : rejoindre l’Europe. Quand la nouvelle d’une frontière prétendument ouverte commence à circuler, Aliou, 36 ans, Khady, 28 ans, Malick, 37 ans, et Ibou, 34 ans, prennent la route de Ceuta. Leur périple les conduit sur une montagne, au milieu d’une foule de migrants, avant de tourner à l’affrontement avec les forces de l’ordre marocaines. Gaz lacrymogènes, coups et panique les poussent finalement vers la mer. Trois d’entre eux feront demi-tour. Aliou, lui, atteindra la rive espagnole, où il affirme avoir subi de nouvelles violences avant d’être renvoyé dans l’eau. Blessé, il n’aura alors qu’une seule idée : survivre.
 
 
 
Tout commence par quelques mots. Des mots qui vont changer le cours de leur journée : « la frontière est ouverte. » L’information se répand rapidement. Dans les conversations, sur les téléphones, entre migrants, chacun rapporte ce qu’il a entendu. Des vidéos circulent. Certains disent que les contrôles sont moins stricts. D’autres assurent que le moment est venu de tenter le passage vers Ceuta. Pour Aliou, Khady, Malick et Ibou, le doute ne dure pas longtemps.
« On a entendu que beaucoup de personnes partaient. On nous disait que la frontière était ouverte. On s’est dit que c’était peut-être notre chance », raconte Aliou. Ils quittent Tanger avec cette idée en tête. Derrière eux, le Maroc qu’ils connaissent déjà. Devant eux, Ceuta et, au-delà, l’Europe. Ils savent que le chemin est difficile. Mais lorsqu’on a déjà parcouru une longue route pour atteindre le Nord du Maroc, renoncer à quelques kilomètres de l’objectif paraît impossible.
 
La montagne, dernier rempart avant la mer
 
Le groupe avance vers les hauteurs qui dominent la zone frontalière. La montagne devient leur chemin. Ils ne sont pas seuls. Des dizaines, puis des centaines de personnes se retrouvent sur les hauteurs. Des jeunes Marocains, des migrants venus d’Afrique subsaharienne, tous poussés par la même perspective : atteindre Ceuta.
Malick raconte une progression difficile. «On marchait dans la montagne. On ne savait pas exactement ce qui allait se passer. On voyait beaucoup de monde. Tout le monde avançait dans la même direction.» Ibou se souvient surtout de la tension. «Au début, les gens étaient motivés. Chacun pensait qu’on allait arriver. Mais plus on avançait, plus on voyait les policiers. On savait que ça n’allait pas être facile.»
Puis les forces de l’ordre apparaissent. La situation change brutalement.
 
Le gaz, les coups et la panique
 
Selon les quatre Sénégalais, les forces de l’ordre marocaines tentent de disperser les migrants. Le gaz lacrymogène est utilisé. La fumée envahit les lieux. Les cris se mêlent à la confusion. «Quand le gaz a commencé, tout le monde s’est mis à courir», raconte Khady. «Tu ne sais plus où aller. Tu cherches seulement à respirer et à sortir de là.»
Malick affirme avoir reçu des coups dans la confusion. «Il y avait des policiers partout. Certains nous frappaient avec les mains. On essayait seulement de s’éloigner.» Ibou raconte une scène de panique générale. «Les gens couraient dans tous les sens. Certains tombaient. D’autres essayaient de remonter la montagne. Nous, on cherchait seulement un endroit pour échapper au gaz. »
Pour les quatre Sénégalais, cette confrontation marque un tournant. La montagne n’est plus une voie vers l’Europe. Elle devient un piège.
 
« Il fallait choisir entre rester là ou aller vers la mer »
 
C’est dans cette confusion que naît l’idée de rejoindre la mer. Aliou raconte : « On était coincés. Derrière nous, il y avait les policiers. Devant, il y avait la frontière. On ne savait plus quoi faire. » Khady poursuit : «à un moment, on s’est dit qu’il fallait descendre vers la mer. On avait peur, mais rester là était encore plus dangereux pour nous.»
Le groupe descend alors vers le littoral. La mer apparaît. Elle est désormais la dernière possibilité. Mais elle est aussi le danger ultime. «Quand j’ai vu la mer, j’ai eu encore plus peur», confie Ibou. «On savait qu’on pouvait se noyer. Mais après le gaz et les coups, on voulait simplement sortir de cette montagne.»
Les quatre Sénégalais se retrouvent alors face à une décision terrible. Continuer sur la terre, avec le risque d’être rattrapés, ou entrer dans l’eau. Ils choisissent la mer.
 
Dans l’eau, le combat change de nature
 
La scène est irréelle. Quelques instants plus tôt, ils fuyaient les gaz et les policiers. Maintenant, ils sont dans l’eau, essayant de gagner la rive espagnole. « Une fois dans l’eau, chacun pense à lui-même », raconte Malick. « Tu n’entends plus les autres. Tu n’entends que les vagues et ta respiration. »
Khady raconte avoir eu peur de ne pas pouvoir revenir. « Je me suis demandé plusieurs fois si j’allais mourir. Mais on continuait parce qu’on voyait Ceuta. » Pour ces quatre Sénégalais, les chiffres n’ont alors aucune importance. Ils sont quatre. Ils nagent. Ils veulent atteindre la rive.
 
Khady, Malick et Ibou font demi-tour
 
La mer finit par imposer sa loi. La fatigue gagne les corps. La peur prend le dessus. Khady, Malick et Ibou comprennent qu’ils ne peuvent pas poursuivre. « À un moment, j’ai compris que je ne pouvais plus continuer », raconte Khady. « J’avais trop peur. Je voulais simplement retourner sur la terre. »
Malick rebrousse également chemin. « Tu peux avoir tout le courage du monde, mais dans l’eau, ton corps décide pour toi. » Ibou, lui, garde le souvenir d’une décision douloureuse. « J’ai regardé vers Ceuta. C’était là. Mais j’ai compris que si je continuais, je pouvais ne jamais revenir. »
Trois Sénégalais renoncent donc. Ils retournent vers la rive marocaine. Le rêve européen vient de leur échapper.
 
Aliou, jusqu’au bout du rêve
 
À 36 ans, Aliou nage encore. Il avance alors que les autres ont fait demi-tour. Pour lui, chaque mètre parcouru représente des mois de sacrifices. « Je me disais que j’étais arrivé jusque-là pour quelque chose. Je ne voulais pas abandonner », raconte-t-il.
Puis la rive espagnole se rapproche. Aliou finit par l’atteindre. Pour lui, le cauchemar aurait dû prendre fin. Il affirme pourtant que c’est à ce moment que de nouvelles violences commencent.
Selon son témoignage, il est intercepté sur la rive espagnole et subit des violences. Il affirme avoir été frappé et blessé à la tête et aux pieds avant d’être renvoyé dans la mer. « Je pensais que j’étais sauvé. Je pensais que j’avais réussi. Mais je me suis retrouvé à nouveau dans l’eau », raconte-t-il.
 
Nager pour survivre
 
Aliou raconte que ses blessures rendent la traversée retour particulièrement difficile. « J’avais mal à la tête. J’avais mal aux pieds. Mais je devais nager. Si je restais dans l’eau, je pouvais mourir. » Il n’est plus question de rêve, de travail ou d’Europe. Il ne reste qu’un objectif : rejoindre la rive marocaine.
« Je voulais seulement vivre », répète-t-il. Il nage encore. Puis encore. Jusqu’à retrouver la terre. Lorsqu’il sort de l’eau, son corps porte les conséquences de cette journée. Sa tête est blessée. Ses pieds également. Mais le traumatisme est aussi intérieur.
« Je ne pensais pas que je pouvais vivre quelque chose comme ça. Je pensais que le plus difficile était d’arriver en Espagne. Je me suis trompé », confie-t-il.
 
Quatre Sénégalais, un même désenchantement
 
À Tanger, ils avaient entendu parler d’une frontière ouverte. Sur la montagne, ils ont rencontré la peur. Face aux policiers, ils racontent avoir subi des violences. Dans la mer, ils ont découvert un autre danger. Et pour Aliou, la rive espagnole n’a pas signifié la fin du calvaire.
Khady, Malick et Ibou ont finalement choisi de revenir. Aliou, lui, est allé jusqu’au bout avant de devoir faire le chemin inverse.
« Nous voulions seulement une vie meilleure », résume Khady. Cette phrase revient comme un fil conducteur dans leurs récits. Ils ne parlent pas d’une aventure. Ils parlent d’un rêve qui a mal tourné.
Malick le dit avec une voix chargée de fatigue : « on part parce qu’on veut aider nos familles. On ne part pas pour mourir. » Ibou, lui, garde une interrogation. « On nous a dit que la frontière était ouverte. On a cru que c’était notre chance. Finalement, on a découvert que derrière cette chance, il y avait beaucoup de dangers. »
À Tanger, l’Europe paraissait proche. À Ceuta, elle leur est apparue comme une forteresse. Entre les deux, il y avait une montagne, des forces de l’ordre, des gaz lacrymogènes, des coups, la peur, puis la mer.
 
Samba THIAM
 
LES ECHOS


ACTUALITE | POLITIQUE | SPORTS | SOCIETE | SERIE | RELIGION | REVUE DE PRESSE | ECONOMIE | CHRONIQUE | CULTURE | BOOMRANG | INTERNATIONAL | PEOPLE | TV-DIRECT | SANTE | World Cub Russie 2018 | SERIE TV SENEGAL | LES ECHOS | pub | Radios d’Ici et d’Ailleurs | Santé | Contribution | AFRIQUE | TECH NEWS | VIDEO DU JOUR | HISTOIRE | TV


LIVE RADIO



Herbes folles

Ping-pong

Redevabilité

Epouvantail

Discours

Météo

Leviers

Kafkaïen

Manœuvres

Choix



SANTE

L’ACUPUNCTURE, LES VENTOUSES, LA MOXIBUSTION, LE MASSAGE THÉRAPEUTIQUE ET LE BADUANJIN : La médecine traditionnelle chinoise s’invite au plateau médical

Dans la lignée d'Octobre Rose, la campagne annuelle Novembre Bleu vise à sensibiliser sur les maladies masculines

Octobre Rose : Ce qu’il faut savoir sur la campagne

CRÉATION DU STATUT DE MÉDECIN EN SPÉCIALISATION ET AUDIENCE AU PALAIS : Le Collectif des médecins en spécialisation suspend sa grève et donne 3 mois au gouvernement

XEL DU DOY | HEMORROIDES ET TROUBLES DIGESTIFS