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DÉTECTION DE MATIÈRE FÉCALE DANS DES SACHETS D’EAU : Le collectif des producteurs dément les chercheurs de l’Ucad et brandit la menace judiciaire




 
 
 
L'étude de chercheurs de l'Université Cheikh Anta Diop (Ucad) affirmant que 82% des sachets d'eau vendus au Sénégal seraient non conformes aux normes de potabilité continue de provoquer une onde de choc. Face à ce qu'il considère comme une campagne de discrédit contre toute une filière, le Collectif des acteurs de l'eau filtrée du Sénégal (Caes) rejette catégoriquement ces conclusions et dénonce une opération de désinformation et annonce son intention de saisir la justice. Une bataille scientifique, économique et médiatique est désormais engagée.
 
La polémique est loin de retomber. Quelques semaines après la présentation d'une étude scientifique lors de la Journée sur la sécurité sanitaire des aliments, le Collectif des acteurs de l'eau filtrée du Sénégal (Caes) est sorti de son silence pour contester frontalement des conclusions jugées alarmantes.
Selon cette étude, menée par des chercheurs de l'Université Cheikh Anta Diop (Ucad) sur une centaine d'échantillons provenant d'une cinquantaine de marques commercialisées à Dakar et à Mbour, 82% des sachets d'eau analysés présenteraient une contamination bactérienne, notamment par des germes d'origine fécale. Les chercheurs indiquent également que seuls 4% des échantillons seraient pleinement conformes aux normes de potabilité. Des résultats qui ont suscité une vive inquiétude chez les consommateurs et relancé le débat sur le contrôle sanitaire de cette eau largement consommée au Sénégal.
 
 
 
«La science ne se résume pas à des déclarations alarmistes»
 
Pour le secrétaire général du Caes, Balla Diop, «ces chiffres ne peuvent être considérés comme une vérité scientifique tant qu'ils ne sont pas accompagnés d'un rapport complet, d'une méthodologie détaillée et d'une validation par les pairs». Face à la presse, il a dénoncé ce qu'il qualifie de communication précipitée. «La science évolue dans l'objectivité, la rigueur et l'expérimentation renouvelée. Jusqu'à présent, aucun rapport signé, publié et partagé n'est venu étayer ces affirmations», a-t-il soutenu. Le responsable estime qu'«il est dangereux de diffuser des conclusions susceptibles d'installer la peur sans que l'ensemble du processus scientifique soit rendu public». Selon lui, «plus de deux décennies de commercialisation de l'eau en sachet au Sénégal et dans plusieurs pays africains n'ont jamais donné lieu à une reconnaissance officielle d'épidémies ou de maladies directement imputables à ce produit», fait-il savoir.
 
 
 
Une filière qui refuse d'être «condamnée»
 
Le collectif défend farouchement les procédés de filtration utilisés par les producteurs agréés. À l'en croire, «les traitements appliqués améliorent la qualité de l'eau provenant du réseau de distribution, ce qui rend difficile l'hypothèse d'une contamination généralisée telle que présentée par l'étude», explique-t-il. Le Caes affirme «attendre la publication officielle de l'ensemble des travaux scientifiques afin d'examiner les protocoles de prélèvement, les méthodes d'analyse et les conditions de conservation des échantillons».
Le collectif rappelle aussi que «les services d'hygiène insistent régulièrement sur les bonnes pratiques de stockage, notamment l'interdiction d'exposer les sachets d'eau au soleil pendant de longues périodes, facteur pouvant altérer leur qualité» informe-t-il.
 
 
 
Les producteurs clandestins pointés du doigt
 
Sans nier l'existence de dysfonctionnements, Balla Diop reconnaît que des producteurs clandestins opèrent en dehors de tout cadre réglementaire. Selon lui, ces unités illégales constituent le véritable problème de la filière. Le collectif affirme avoir déjà signalé plusieurs d'entre elles aux autorités compétentes et indique que certaines font actuellement l'objet de procédures judiciaires. Le Caes estime donc qu'«il serait injuste d'assimiler l'ensemble des producteurs régulièrement installés à ces opérateurs clandestins».
 
 
 
« Une main invisible » derrière la polémique ?
 
Au-delà du débat scientifique, le collectif voit dans cette affaire les signes d'une bataille économique. Sans citer de noms, ses responsables évoquent l'existence d'une «main invisible» qui chercherait à fragiliser une filière devenue très concurrentielle. Balla Diop estime que certaines difficultés à accéder au marché pourraient pousser des acteurs à recourir à des méthodes destinées à jeter le discrédit sur les producteurs d'eau en sachet. Pour défendre «l'honneur de toute une profession», le Caes annonce son intention de saisir la justice afin d'identifier les auteurs des informations qu'il juge préjudiciables.
 
 
 
Une filière qui pèse lourd
 
Créé en 2020, le Collectif des acteurs de l'eau filtrée du Sénégal affirme représenter plus de 700 producteurs répartis sur l'ensemble du territoire national. Selon ses responsables, «le secteur génère plus de 35.000 emplois directs et indirects et constitue une importante source de revenus pour des milliers de familles». Le collectif «met en avant ses efforts en matière environnementale à travers une unité de recyclage capable de traiter jusqu'à 100 tonnes de déchets plastiques par an».
Malgré la polémique, le Caes se veut rassurant. Il affirme que «les contrôles effectués par les services compétents de l'État à la suite de la médiatisation de l'étude n'ont pas remis en cause la qualité globale de l'eau en sachet distribuée aux consommateurs». Tout en réaffirmant son engagement en faveur de la santé publique, le collectif «promet de poursuivre le combat sur le terrain scientifique... mais aussi devant les tribunaux».
 
Fatou DIOP
 
 
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