Si les députés ont fait état de licences de pêche délivrées ou renouvelées hors circuit de la Commission consultative pour l’attribution des licences de pêche, l’ancien Directeur de l'Anam, Bécaye Diop, de préciser qu’il n’est pas au courant d’un tel procédé. Poursuivant, il révèle que l'Anam, membre de la commission consultative, donne des avis techniques et ces avis peuvent ne pas lier le ministre, seul habilité à délivrer les licences de pêche.
La Commission d’enquête parlementaire a auditionné hier l’ancien Directeur général de l’Agence nationale des affaires maritimes (Anam) d’octobre 2024 à juillet 2026 sur les conditions de délivrance et de renouvellement des licences de pêche. Dans ses missions, il rappelle que tout navire immatriculé au Sénégal se trouve dans le registre tenu par l'Anam. En effet, l’immatriculation est obligatoire pour le navire avant de prétendre à la nationalité sénégalaise. Pour ce faire, 51% du navire sont détenus par un Sénégalais et les 49% à l’étranger. S’agissant du jaugeage, il révèle que chaque navire construit bénéficie d’un jaugeage de son constructeur. Une sorte de volumétrie du navire, dit-il, pour voir le volume des cales, de la salle machine et des espaces de vie où se trouvent les marins. Pour la navigabilité, il précise que l’Anam qui donne la licence de navigation après vérifications des inspecteurs sur le plan de la sécurité, de l’assurance, des cotisations sociales, etc. Pour faire ce travail jadis exercé par trois inspecteurs à son arrivée, il a porté le nombre d’inspecteurs à 17 estimant que c’est un travail sérieux. En effet, persuadé de l’importance de ces inspections, il rappelle ce qui, à l’en croire, a causé le drame du bateau Le Joola. C’est à cause, dit-il, d’un manque de maintenance au niveau des bureaux de classement. En effet, de 1991 à 2000, il n’y avait aucun rapport qui montre que le bateau a été inspecté. « En 2000, le bureau Veritas avait même sorti Le Joola de sa liste de bateaux suivis parce qu’il n’avait pas tout simplement accès au bateau pour procéder aux vérifications techniques. Et si cela se passe, aucun assureur ne va accepter d’assurer un tel bateau. Pire, si le bateau navigue dans un pays étranger, il sera immobilisé », rapporte M. Diop.
L’Anam donne un avis technique qui ne lié pas le ministre qui délivré la licence
Interpellé sur les licences de pêche délivrées et qui ne seraient pas passées par la Commission consultative pour l’attribution des licences de pêche, l’ancien Directeur de l’Anam précise que l’agence ne donne pas de licence. Néanmoins, il précise que l’Anam est présente dans la commission consultative pour donner son avis technique sur la sécurité du navire. Seulement, il fait remarquer que cet avis n’engage pas forcément le ministre qui donne la licence. « Si l’avis est favorable, le ministre peut avoir d’autres arguments pour refuser la licence ; tout comme si l’avis est défavorable, le ministre peut se prévaloir d’autres arguments pour donner la licence », explique Bécaye Diop. Poursuivant, il précise n’avoir pas connaissance de renouvellement de licence de navires qui ne soient pas passées par la Commission. Il est, dans la foulée, revenu sur la composition de cette commission pour dire qu’elle travaille en toute transparence puisqu’elle est composée, dit-il, outre l’Anam, de la Direction des industries de transformation de pêche, la Direction de la surveillance et de la protection des pêches, du représentant de la Primature, du ministère des Forces armées, du ministère des Finances, des représentants des armateurs et industriels de la pêche maritime et de la pêche artisanale, etc. S’agissant également du renouvellement des licences de pêche, il révèle que la commission consultative sonne son avis.
Les raisons de l’immobilisation de la Chaloupe Dakar-Gorée
Cependant sur la navigabilité qui est du ressort de l’Anam, il révèle avoir bloqué 70 navires qui n’avaient pas d’assurance et toutes les mesures de sécurité pour naviguer. Il a fallu plusieurs semaines, dit-il, pour que ces navires soient en règle avant d’obtenir leur autorisation. Idem pour la Chaloupe de la liaison maritime Dakar-Gorée qui est toujours immobilisée au port. En effet, à son arrivée, il a procédé à l’inspection de la Chaloupe et les conclusions, dit-il, faisaient froid dans le dos. A l’en croire, la Chaloupe ne peut pas naviguer quand le temps est mauvais (pluie, houle) et prend beaucoup de temps pour tourner à bâbord et à tribord ; en plus de tanguer à défaut d’équilibre. Pour toutes ces raisons, il avait décidé d’immobilier cette chaloupe de liaison. Durant l’année 2025, il a immobilisé 20 navires étrangers pour défaut d’assurance. Mieux, il avait porté plainte au regard de la gravité de la situation.
Des conditions de vie exécrables de marins sénégalais dans les cales de bateaux étrangers
En outre, il révèle avoir procédé à l’audit de la pêche maritime avant son départ. Cet audit a permis d’immobilier 20 navires étrangers qui ne s’acquittaient pas des salaires et des cotisations sociales des marins sur une période de trois mois. Ces derniers ont été contraints au paiement avant d’être autorisés à naviguer. Avant d’être limogé, Bécaye Diop dit avoir commandité un audit de la pêche maritimes. En attendant, le rapport final, il révèle que les conclusions font froid dans le dos. L’audit à fait ressortir l’immobilisation de 20 navires au mois de mars dernier, faute de n’avoir pas payé les salaires des mareyeurs et les cotisations sociales pendant trois mois. Ils ont été ainsi contraints de s’acquitter desdites obligations avant d’être autorisés à naviguer. L’audit a aussi fait ressortir des conditions de vie exécrables de marins sénégalais dans les cales de bateaux étrangers pendant que ces derniers étaient dans de bonnes conditions : climatisation et toutes les commodités. A la limite, il assimile la situation de nos compatriotes à l’esclavage. Poursuivant, il révèle que l’audit a révélé la structuration financière des bateaux, notamment les propriétaires réels de ces navires. A l’en croire, pour certains navires où l’étranger est supposé détenir 49%, l’audit révèle qu’il est propriétaire à 100%. Toutefois, il se désole de constater que l’audit qui devait prendre fin en septembre est resté au point mort. Il soupçonne ainsi un blocage.
Le Sénégal doit se doter de beaucoup de navires pour être dans les instances de décisions au niveau international
Par ailleurs, revenant sur la nationalité des bateaux sénégalais, il a trouvé un nombre insignifiant. En effet, il y a 271 bateaux de nationalité sénégalaise. C’est trop peu par rapport au Libéria. A l’en croire, le Sénégal a besoin d’être autour de la table de l’Organisation maritime internationale (Omi). « J’avais initié cette discussion car j’estime que le Sénégal doit disposer de beaucoup de bateaux qui viendront de l’étranger pour obtenir la nationalité sénégalaise. Cela peut contribuer à créer des emplois et une opportunité pour la réparation navale. En plus des débarquements de marchandises. Tout cela profitera à l’économie sénégalaise. La voix du Sénégal n’est pas audible au niveau international. Il nous faut beaucoup de bateaux pour peser dans les décisions internationales. Seul le Liberia est invité à cette table parce qu’il a beaucoup de bateaux », plaide l’ancien patron de l’Anam.
M. CISS












