La publication de la liste du premier gouvernement dirigé par le Premier ministre Al Aminou Mohamed Lô continue de susciter de nombreuses réactions sur la scène politique sénégalaise. Entre critiques virulentes de responsables de Pastef, appels à la stabilité institutionnelle de l'opposition et messages d'adieu des ministres sortants, la nouvelle équipe gouvernementale est déjà au cœur d'intenses débats.
La composition du nouveau gouvernement a immédiatement provoqué une vague de réactions au sein de la classe politique. Alors que plusieurs figures de Pastef ont été écartées du nouvel attelage gouvernemental, les commentaires oscillent entre dénonciation d'une mise à l'écart du parti majoritaire, appels à la responsabilité et réaffirmation d'une fidélité politique à Ousmane Sonko.
Guy Marius Sagna dénonce un « déni démocratique »
Parmi les réactions les plus sévères figure celle du député Guy Marius Sagna. Pour le parlementaire de la 15e législature, l'absence de Pastef dans le gouvernement constitue une remise en cause du verdict des urnes. Selon lui, un président de la République qui ne parvient pas à s'entendre avec le parti majoritaire pour former un gouvernement refuse de respecter le choix exprimé par les Sénégalais lors des élections législatives du 17 novembre 2024.
Le député rappelle que Pastef dispose de 130 députés sur les 165 que compte l'Assemblée nationale. À ses yeux, ignorer cette majorité revient à nier la souveraineté populaire. Dans une déclaration particulièrement ferme, Guy Marius Sagna parle même d'un « braquage électoral » contre Pastef et ses électeurs, accusant le chef de l'État de s'écarter du mandat politique issu des urnes.
Thierno Bocoum appelle à dépasser les rivalités
À l'opposé de cette lecture, le président du mouvement Agir, Thierno Bocoum, estime que ce nouveau gouvernement marque avant tout une clarification politique après plusieurs mois de confusion au sommet de l'État. Pour l'ancien député, la nouvelle équipe gouvernementale matérialise désormais une séparation nette entre le président Bassirou Diomaye Faye et son ancien Premier ministre Ousmane Sonko.
S'il reconnaît qu'une crise institutionnelle pourrait se profiler à l'horizon, Thierno Bocoum appelle les différentes parties à faire preuve de responsabilité. Selon lui, la confrontation paraît difficile à éviter, mais les dirigeants doivent mettre de côté leurs égos afin de se concentrer sur les préoccupations des Sénégalais.
L'opposant insiste particulièrement sur les défis économiques qui attendent le gouvernement. Il réclame une orientation claire en matière économique et estime que la nouvelle équipe doit être jugée sur sa capacité à répondre aux attentes sociales et à relancer l'activité économique.
Les ministres sortants entre gratitude et engagement politique
Du côté des anciens membres du gouvernement, les réactions sont marquées par des remerciements institutionnels, mais aussi par des prises de position politiques parfois très explicites. L'ancien ministre de l'Intérieur, Mouhamadou Bamba Cissé, a exprimé sa gratitude envers le Président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko pour la confiance placée en lui.
Dans un message empreint de solennité, il a dressé le bilan de son passage à la tête du département de l'Intérieur, mettant en avant les réformes engagées et les efforts consentis en matière de sécurité, de discipline et de citoyenneté. Il a également salué le travail de l'administration territoriale, des forces de défense et de sécurité ainsi que de ses collaborateurs, tout en affirmant sa volonté de continuer à servir le Sénégal.
Olivier Boucal affiche son cap : « focus 2029 »
La réaction la plus politique est sans doute venue d'Olivier Boucal, remplacé au ministère de la Fonction publique par Mamadou Lamine Dianté. L'ancien ministre n'a pas caché son soulagement après son départ du gouvernement. Dans une publication remarquée, il a déclaré être « enfin libéré d'un compagnonnage encombrant et insipide ».
Une sortie qui traduit les tensions apparues ces derniers mois au sein de l'exécutif. Olivier Boucal a surtout tenu à réaffirmer sa fidélité à Pastef et à son président Ousmane Sonko, concluant son message par un slogan évocateur : « Focus 2029 ». Une formule qui alimente déjà les spéculations sur les futures batailles politiques.
Entre résignation et fidélité au projet Pastef
D'autres ministres non reconduits ont réagi avec davantage de sobriété. L'ancien ministre de la Culture, de l'Artisanat et du Tourisme, Amadou Bâ, s'est contenté d'un message bref, « Allah fait toujours bien les choses ». Même tonalité du côté de Momath Talla Ndao, ancien secrétaire d'État chargé du Logement, qui a publié un message mettant en avant « la fierté », « la dignité » et la poursuite du combat.
Quant à Khady Diène Gaye, ancienne ministre de la Jeunesse et des Sports, elle a choisi de remercier publiquement Ousmane Sonko pour la confiance accordée durant son passage au gouvernement. Elle a défendu son bilan en évoquant les avancées réalisées dans son département tout en reconnaissant que beaucoup reste à accomplir. Mais au-delà du bilan, son message a pris une dimension politique affirmée lorsqu'elle a appelé la jeunesse sénégalaise à rester mobilisée derrière Ousmane Sonko.
Un gouvernement déjà confronté à l'épreuve politique
À peine installé, le gouvernement d'Al Aminou Mohamed Lô fait donc face à un contexte particulièrement délicat. Entre les accusations de marginalisation de Pastef, les craintes d'une crise institutionnelle exprimées par certains observateurs et les démonstrations de fidélité des anciens ministres à Ousmane Sonko, la nouvelle équipe gouvernementale devra rapidement faire ses preuves.
Au-delà des polémiques politiques, les attentes des Sénégalais demeurent immenses sur les questions économiques, sociales et de gouvernance.
Fatou DIOP












