Entre les syndicats et l’Etat du Sénégal, le Pacte de stabilité est à vau-l’eau et ne constitue plus un gentlemen’s agreement inébranlable sur lequel viennent buter les velléités de mouvements d’humeur des organisations de travailleurs. Aujourd’hui, les projets de lois 15-2026 et 16-2026 portant respectivement Code du travail et Code de la Sécurité sociale sont des points d’achoppement qui s’ajoutent aux contentieux latents des engagements non respectés, source d’un préavis de grève générale que le Front syndical pour la défense du travail compte bien dérouler le 10 juillet. A ce dessein, une assemblée générale de mobilisation est convoquée ce vendredi 3 juillet à la Bourse du travail de la Cnts Keur Madia Diop.
Lorsque le gouvernement a transmis pour adoption à l’Assemblée nationale les projets de lois de Code de travail et de Code de sécurité sociale, en portant des modifications non concertées sur les textes, les syndicats n’ont pas tardé à ruer dans les brancards, dénonçant un unilatéralisme qui met à mal les conclusions consensuelles des travaux du Conseil consultatif national du travail et de la sécurité sociale (Ccntss). Le tollé a fini par pousser l’Assemblée nationale à ajourner la plénière et à renvoyer en seconde lecture à la Commission des lois les projets controversés.
Un atelier d’harmonisation pour sauver les meubles
Pour sortir de cette impasse, les syndicats réunis au sein du Fsdt ont initié avec la Fondation Friedrich Ebert un atelier de « relecture critique et d’harmonisation sur les projets de Code du travail et de Code de la sécurité sociale ». Cet atelier pour un débat technique ouvert et constructif s’est tenu, mercredi 1er juillet, au siège de la Fondation Friedrich Ebert, avec comme objectif de réunir les centrales syndicales, les employeurs et des parlementaires, pour harmoniser leurs positions et produire un plaidoyer technique consensuel, avant un nouveau passage des textes devant l’Assemblée.
A l’issue des travaux en fin de journée, il est attendu une note d’argumentaire technique ou un mémorandum final en plus d’un projet d’amendements et du rapport de l’atelier.
Le CDD, pomme de discorde
Mais en réalité, ce qui offusque principalement le Front syndical pour la défense du travail dans le projet de loi de Code du travail, c’est bien la question du Contrat à durée déterminée (CDD). Sa durée et le nombre de fois de son renouvellement constituent la pomme de discorde. En effet, pour les organisations de travailleurs, le CDD est utilisé dans les cas de travail temporaire, lorsqu’il y a des remplacements temporaires, des compléments d’effectif dus à des pics de surproduction etc. Sa durée est d’un an, renouvelable une seule fois. Ce qui signifie que le CDD ne peut dépasser deux ans. C’est en tout cas ce qui ressortait du consensus obtenu au sein du Conseil consultatif national du travail et de la sécurité sociale, où siègent les travailleurs, les employeurs, des députés et l’administration.
L’attrait des investisseurs, un faux-fuyant
Mais il se trouve que des amendements ont été portés sur les avant-projets approuvés par le Ccntss, notamment à propos du CDD. Selon Mody Guiro, secrétaire général de la Cnts, l’Etat a modifié unilatéralement la durée du Contrat à durée déterminée. « Alors que la durée du CDD initial est d’un an, renouvelable une fois, donc pour une durée maximale de 2 ans, ils ramènent la durée maximale à 4 ans et permettent ainsi 3 renouvellements du CDD », explique le responsable syndical, qui rappelle que ce débat sur le CDD n’est pas nouveau et que du temps du président Abdou Diouf, quand on invoquait le besoin d’attirer des investisseurs, la solution avait été de laisser le code du travail en l’état et de mettre dans le code des investissements cette disposition permettant à l’employeur de faire signer au travailleur un CDD d’une durée de 5 ans maximum. « Donc l’attrait des investisseurs est déjà réglé par le code des investissements, c’est un argument qui ne tient plus », renchérit Mody Guiro.
Les modifications apportées aux textes approuvés par le Ccntss n’ont donc pas été communiqués aux partenaires sociaux, qui n’en ont été informés que lorsque les projets sont arrivés à l’Assemblée.
La grève générale comme remède à tous les maux
Au même moment où enflait le tollé sur les projets de lois 15-2026 et 16-2026 portant Code du travail et Code de la sécurité sociale, le Fsdt peaufinait sa mobilisation en vue de la grève générale du 10 juillet. En effet, ulcérés par le dilatoire des autorités étatiques concernant les engagements pris dans le cadre du Pacte de stabilité, mais aussi ceux pris avec les syndicats sectoriels enseignants et de la santé, les travailleurs réunis au sein du Front syndical pour la défense du travail ont déposé un préavis de grève depuis le 11 mars 2026. Le délai imparti pour la durée du préavis étant largement dépassé, le Fsdt a estimé très insuffisant et en deçà des attentes des travailleurs le nombre de points satisfaits. « C’est pourquoi le front a décidé de maintenir son mot d’ordre de grève générale du 10 juillet 2026 », lit-on dans la déclaration rendue publique. A cet effet une assemblée générale préparatoire est prévue ce vendredi 3 juillet, à partir de 15h, à la Bourse du travail de la Cnts Keur Madia Diop.
Avec la situation économique difficile du pays, l’Etat du Sénégal devrait bien faire l’économie d’une grève générale, dont l’impact affectera nombre de secteurs stratégiques. Les autorités en charge du travail devraient donc appeler à des négociations les travailleurs afin de désamorcer cette menace qui pèse sur la vie économique et de trouver des points d’accord susceptibles d’apaiser le climat social.
Mansour KANE












