Une nouvelle procédure contre Farba Ngom bientôt enclenchée. C’est la révélation de la ministre de la Justice, Yassine Fall, qui, face à la presse a indiqué que lors d’une fouille dans sa chambre, deux téléphones portables ont été trouvés par devers Farba Ngom. Selon la Garde des Sceaux, des communications avec des journalistes, avocats et hommes politiques sont ressortis des exploitations faites sur le téléphone.
Le 28 décembre 2025, une fouille a été opérée dans la chambre de Farba Ngom au pavillon spécial. Les agents pénitentiaires découvrent alors deux téléphones portables dissimulés dans sa cellule, détenus «frauduleusement et en violation manifeste de la loi n°87-15 et du règlement intérieur des établissements pénitentiaires», selon les termes de la ministre de la Justice, Yassine Fall.
L’exploitation des téléphones saisis révèle une activité qualifiée de «soutenue et constante» par la garde des Sceaux : 275 interactions avec une journaliste patronne de presse, 60 échanges avec un journaliste de la presse en ligne, 158 communications avec un directeur de publication d’un groupe de presse bien connu. À cela s’ajoutent plus de 400 échanges avec un responsable politique, ainsi que des contacts réguliers avec plusieurs autres acteurs du champ public.
Ces communications ne se limitaient pas au territoire national. Des échanges ont été identifiés avec des interlocuteurs basés au Maroc, au Mali, en Autriche, au Bangladesh et aux États-Unis. Selon le ministère de la Justice, ces téléphones auraient également servi à coordonner des opérations financières et à suivre des chantiers immobiliers en cours.
Des avocats mis en cause, le bâtonnier annoncé
Selon la ministre de la Justice, les investigations ont mis au jour des échanges entre Farba Ngom et ses avocats, dont trois anciens ministres. L’un d’eux aurait cumulé à lui seul 259 minutes de communication avec Farba Ngom. Pire, certains échanges porteraient sur le partage de contenus à caractère pornographique, «y compris avec l’un de ses avocats», dit-elle. Face à ces éléments, Yassine Fall a annoncé la saisine imminente du Bâtonnier de l’Ordre des avocats, afin que les instances ordinales apprécient d’éventuelles responsabilités professionnelles et déontologiques.
Documents judiciaires confidentiels et soupçons de complot
Autre conséquence lourde, «la violation du secret de l’instruction». Les téléphones saisis auraient servi à la réception et à la diffusion de procès-verbaux judiciaires confidentiels concernant un codétenu impliqué dans deux dossiers distincts. Un fait d’une extrême gravité, qui interroge sur les fuites au sein de la chaîne judiciaire et pénitentiaire. La ministre a également évoqué des échanges relatifs à des «manœuvres et complots à caractère politique susceptibles de troubler l’ordre public».
Les arguments sanitaires battus en brèche
Sur le plan procédural, ces révélations entraînent aussi des conséquences directes sur les arguments de la défense. Alors que certains médias évoquaient une incompatibilité entre l’état de santé de Farba Ngom et la détention, la ministre a opposé une fin de non-recevoir. Pour Yassine Fall, « les éléments objectifs relèvent une activité soutenue et constante », incompatible avec l’image d’un détenu gravement diminué. Elle a rappelé que seule une évaluation des autorités sanitaires compétentes peut statuer sur l’état de santé d’un détenu et que cela ne saurait, en l’état, faire obstacle à l’application de la loi.
Des enquêtes multiples et des poursuites élargies
Au regard de l’ensemble des faits, le ministère de la Justice a annoncé l’ouverture d’enquêtes approfondies pour des «qualifications pénales multiples». Ces nouvelles procédures viennent s’ajouter aux poursuites déjà en cours contre Farba Ngom pour association de malfaiteurs, blanchiment de capitaux, escroquerie sur des deniers publics et complicité d’abus de biens sociaux, portant sur des montants estimés à 31,8 milliards et 91,6 milliards de francs Cfa. L’affaire pourrait également déboucher sur des investigations internes au sein de l’administration pénitentiaire, afin d’identifier les complicités ayant permis l’introduction et l’usage prolongé de téléphones en détention.
Baye Modou SARR












