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CONFESSION DES PERIPETIES DE SON LIMOGEAGE ET DES NEGOCIATIONS AVEC LE PRESIDENT DIOMAYE POUR LA FORMATION DU GOUVERNEMENT : Sonko déballe, se démarque du gouvernement, tire sur Diomaye et le met en garde




 
 
Même s’il a promis tout au début de son allocution de ne se limiter qu’à l’essentiel dans sa séance d’explication sur l’actualité politique de ces derniers jours. Ousmane Sonko, égal à lui-même, a été très exhaustif. L’ancien Premier ministre est largement revenu sur les rebondissements depuis son limogeage. Même s’il a feint d’être bienveillant envers le Président Diomaye Faye, le nouveau président de l’Assemblée nationale n’a pas hésité à bien cogner son «ancien poulain à qui il a appris à faire de la politique». Le Premier ministre Al Amine Lo n’a pas été épargné, les «ministres dissidents» qui ont décidé de passer outre ses directives y sont aussi passés.
 
 
 
Au lendemain de l’officialisation des membres du nouveau gouvernement, Ousmane Sonko a fait face à la presse pour, dit-il, édifier les Sénégalais sur certains points par rapport à la situation que traverse le pays. Revenant sur son limogeage, l’ancien Premier ministre informe que le chef de l’Etat l’a convié, le vendredi 22 mai, après son passage à l’Assemblée nationale. «Je m’y suis rendu aux environs de 16 heures, nous avons échangé avec courtoisie», renseigne Sonko qui fait savoir par la même occasion qu’entre lui et le Président Bassirou Diomaye Faye, les tête à tête se sont toujours déroulés dans le calme : «aucun de nous deux n’a une fois élevé la voix face à l’autre. Je ne lui ai jamais rien dit de déplacé, lui pareil».
 
«J’ai proposé à trois reprises au Président Diomaye d’aller à l’Assemblée, mais…»
 
Le leader de Pastef indique que c’est au cours de cette audience que le Président Bassirou Diomaye Faye lui a fait savoir qu’il était temps de mettre fin à leur collaboration, puisqu’il considérait qu’un certain nombre de ses positions l’incommodaient. «Pas besoin de préciser la déclaration qui l’a frustrée, tout le monde peut aisément le deviner. J’ai pris acte de sa décision tout en me permettant de lui rappeler qu’à trois reprises, je lui ai proposé d’aller à l’Assemblée nationale de manière concertée, qu’ensemble nous discutions pour choisir un Premier ministre issu de Pastef et à la formation d’un gouvernement pour continuer à cheminer ensemble. Mais à chaque fois, il avait rejeté ma proposition, assurant que ma place est à côté de lui, dans l’exécutif, parce qu’il y a beaucoup à faire», fait savoir Ousmane Sonko qui affirme que des gens sont en train de magouiller pour obtenir du Conseil constitutionnel la décision la plus inique qui soit : lui retirer son mandat de député. «Depuis 2016, les mêmes institutions, les mêmes lobbys ont été utilisés pour me combattre, me persécuter, m’emprisonner et m’empêcher d’être candidat», fulmine-t-il.
 
 
«Il a voulu que je déclare que nous nous sommes séparés d’un commun accord, j’ai refusé»
 
Après avoir pris connaissance de sa décision de me limoger, déclare l’ancien Premier ministre, «je lui avais suggéré d’attendre 24 à 48 heures pour discuter ensemble des modalités pratiques de matérialisation de cette décision. Il a voulu que je déclare que nous nous sommes séparés d’un commun accord, j’ai refusé, parce que nous n’avions pas discuté. Il a pris sa décision unilatéralement», dit-il avant de poursuivre : «il m’a envoyé un message à 20h 35 pour m’informer qu’il ne peut plus tenir la réunion et qu’il comptait annoncer la mesure de limogeage. Quelques minutes plus tard, j’ai vu le secrétaire de la Présidence lire le décret».
Ousmane Sonko soutient que cela ne lui a pas posé de problème, dans la mesure où ce limogeage était comme une libération. «Je me suis fixé une règle depuis le début : la rupture ne viendra pas de moi. Je suis rentré le même jour à mon domicile et nous sommes restés chacun dans son coin pendant trois (3) jours.  C’est le mardi, quand j’ai demandé à rencontrer les ministres sortants de Pastef, que l’on m’a informé que la Présidence était en train de les convoquer pour des consultations en vue de la formation d’un nouveau gouvernement. Je leur ai demandé de ne pas s’y rendre parce que le Président devrait passer par les canaux officiels du parti pour les consulter», soutient Sonko.
D’après lui, Diomaye Faye a refusé de le faire et les ministres sortants ont refusé de déférer à cette convocation, ce qu’il a perçu comme un manque de respect. «Nous sommes restés dans cette situation pendant deux autres jours. Et c’est moi qui ai pris l’initiative de l’appeler pour lui dire que nous ne lui avons pas fermé la porte, malgré toute la discourtoisie qu’il y a eu dans nos relations. Puisque j’avais l’impression que c’est lui qui évitait de me voir ; je lui ai même proposé qu’il reçoive une délégation composée de Birame Soulèye Diop, El Malick Ndiaye, Alioune Sall et Daouda Ngom, mais il a refusé disant qu’ils lui ont manqué de respect. Ils ont été finalement reçus par le Premier ministre, Al Aminou Lo qui n’a pu prendre aucune décision face à nos conditions relatives à la justice, la reddition des comptes, la dette publique etc.», fait-il noter.
 
 
«Il m’a avoué qu’il n’a pris aucun engagement avec le Fmi concernant la restructuration»
 
 
Le nouveau président de l’Assemblée nationale d’assurer qu’il a finalement pu rencontrer le Président Bassirou Diomaye Faye. «Nous avons longuement discuté de toutes les conditions qui tiennent à cœur le Pastef. Nous ne sommes pas tombés d’accord sur beaucoup de points. Le Président m’a quand même avoué qu’il n’a pris aucun engagement avec le Fmi allant dans le sens d’une restructuration de la dette tout en assurant que si c’est la seule solution qui s’offre à lui, il le fera. Idem pour le pouvoir d’achat, il a promis de garder le cap autant que possible».
 
«Le profil choisi pour diriger la justice ne me rassure pas»
 
Abordant la question des nouvelles orientations du Président Bassirou Diomaye Faye, Ousmane Sonko soutient que le profil choisi pour diriger la justice ne le rassure pas. «Je n’ai rien contre celui qui a été choisi, mais voilà un acteur qui était au cœur des dossiers qui étaient traités par certaines juridictions. Nous allons apprécier et nous ferons le nécessaire à l’Assemblée nationale», assure-t-il.
 
«Que le Premier ministre ne me pousse pas à dire ce que je sais…»
 
Par rapport à la place de Pastef dans le gouvernement, Ousmane Sonko lève un coin du voile de ses négociations avec le Président Bassirou Diomaye Faye. «Je lui ai fait savoir que même s’il a un problème personnel avec moi, il devait demander à Pastef de lui proposer un autre Premier ministre puisque que c’est le parti majoritaire à l’Assemblée nationale. Il est allé choisir un Premier ministre qui n’a rien à voir avec le Pastef», dit-il avant de lancer des piques à son remplaçant : «restez technocrate et sortez du jeu politique. J’essaie d’être courtois depuis le début, que l’on ne me pousse pas à dire ce que je sais», menace-t-il.
Poursuivant, le leader de Pastef affirme que malgré tout, son parti est resté ouvert pour des discussions pour la formation du gouvernement. «Il m’a convoqué le jeudi soir, vers 23 heures passées et j’ai décliné, en lui promettant de venir le voir l’e lendemain à 8 heures. Le Président Bassirou Diomaye Faye ne voulait donner que 7 postes ministériels à Pastef sur un gouvernement de 30 ministres sans aucun portefeuille de souveraineté. Et parmi ces 7, il y en avait 3 qui avaient outrepassé les directives du parti pour aller répondre : Moussa Balla Fofana, Yancoba Diémé et Ibrahima Sy. Nous n’en aurions finalement que 4. Ce que j’ai refusé. Il a dit qu’il pouvait aller jusqu’au 8 ministres. J’ai alors exigé la moitié des portefeuilles ministériels mais il est resté sur ses positions. J’ai rendu compte à l’ensemble des ministres sortants qui ont rejeté sa proposition», explique Ousmane Sonko, qui nargue la Présidence : «l’accouchement a été très difficile, ils ont passé la journée à appeler à gauche et à droite sans avoir le temps de contrôler les profils, pour former ce gouvernement. Vouloir diriger un pays sans une assise politique, cest une situation inédite. C’est un gouvernement suspendu».
 
 
«Il faut qu’il descende de son piédestal pour que l’on se parle en responsables dans l’intérêt de ce pays»
 
Ousmane Sonko de prendre l’opinion à témoin. «Nous sommes, qu’il le veuille ou non, dans une situation de cohabitation. Il n’a pas un seul député à l’Assemblée nationale et Pastef en a 130. Il faut qu’il descende de son piédestal pour que l’on se parle en responsables dans l’intérêt de ce pays. Ceux qui le poussent à aller vers une guerre ne lui rendent pas service. Je lui parle en tant que grand-frère, la politique a ses règles, il risque de nous entraîner dans une crise dont le Sénégal n’a pas besoin. Nous sommes prêts à l’accompagner, mais il faut être deux pour faire la paix», affirme Sonko qui précise que si Pastef le voulait, ce gouvernement peut tomber en 72 heures.
 
 
«Nous n’allons jamais utiliser l’Assemblée pour combattre le Président Diomaye Faye, mais…»
 
Sonko se veut clair. «Nous n’allons jamais utiliser l’Assemblée nationale pour combattre le Président Bassirou Diomaye Faye, sauf s’il donne le premier coup. S’il utilise les moyens institutionnels et légaux dont il dispose pour nous combattre, nous allons riposter avec les moyens légaux et institutionnels à notre disposition».
 
 
Nd. Kh. D. F
 
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