L’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (Ofnac) veut renforcer son partenariat avec les médias dans la promotion de la bonne gouvernance. À l’occasion d’un atelier de formation destiné aux journalistes et communicateurs traditionnels, son président, Moustapha Ka, a insisté sur le rôle central de la presse dans la prévention et la dénonciation des actes de corruption. Il a également lancé un avertissement aux responsables publics assujettis à la déclaration de patrimoine : passé le délai du 31 juillet, des sanctions seront appliquées sans distinction de statut.
Les médias sont désormais placés au cœur du dispositif national de promotion de la transparence et de lutte contre la corruption. Dans cette perspective, l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (Ofnac) a organisé à Dakar un atelier de formation destiné aux journalistes et communicateurs traditionnels afin de renforcer leurs capacités dans le traitement des questions liées à la gouvernance publique, à la délinquance financière et aux mécanismes de prévention de la corruption.
À travers cette initiative, l’Ofnac souhaite «permettre aux professionnels de l’information de mieux maîtriser les instruments juridiques nationaux et internationaux relatifs à la transparence, mais aussi de s’approprier les méthodes spécifiques de couverture des affaires de corruption» explique Moustapha Ka. Pour le président de l’Ofnac, «l’implication des médias dans les politiques de bonne gouvernance constitue aujourd’hui un enjeu stratégique qui dépasse largement le cadre national. Le degré d’intégration des médias dans les activités publiques est un critère important qui est mesuré à chaque fois que nous subissons des évaluations pays au niveau des organes de suivi de la bonne application des conventions internationales auxquelles le Sénégal est partie», a-t-il expliqué.
Le Sénégal est en effet signataire de plusieurs instruments internationaux de référence, «la Convention des Nations-Unies contre la corruption ainsi que la Convention de l’Union africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption». Selon les responsables de l’Ofnac, «le respect des engagements contenus dans ces textes passe également par une presse mieux outillée et capable d’assurer une couverture professionnelle des dossiers de gouvernance».
Une spécialisation nécessaire pour les journalistes
Pour Moustapha Ka, «le traitement des affaires de corruption exige des compétences particulières qui diffèrent du journalisme d’actualité classique». Le président de l’Ofnac estime que «les journalistes doivent développer une véritable expertise dans l’analyse des documents administratifs, financiers et judiciaires afin d’éviter les erreurs d’interprétation et de contribuer efficacement à la transparence de la vie publique». «Ce n’est pas de la même manière qu’on couvre des événements de corruption qu’on couvre des événements de manifestation ou de vol. Il y a des techniques propres et les médias doivent s’approprier ces techniques de couverture», a-t-il insisté. Selon lui, «la complexité des mécanismes financiers, des marchés publics ou encore des procédures administratives impose une approche rigoureuse fondée sur la vérification des faits et la maîtrise des outils d’investigation».
Informer sans porter atteinte aux droits des personnes
Au-delà des aspects techniques, le président de l’Ofnac a attiré l’attention des participants sur les exigences éthiques liées à la couverture des affaires de corruption. Il a souligné la nécessité pour les journalistes de concilier le droit du public à l’information avec le respect des principes de responsabilité et d’équilibre. Pour l’institution, «les médias jouent un rôle essentiel dans le contrôle citoyen de l’action publique, mais ils doivent également veiller à ne pas compromettre les droits des personnes concernées par des enquêtes ou procédures en cours. Cet équilibre-là, c’est d’être responsable dans ces divulgations d’informations», a rappelé Président Ka.
Cette responsabilité apparaît d’autant plus importante que les dossiers de corruption suscitent souvent un fort intérêt de l’opinion publique et peuvent avoir des conséquences significatives sur la réputation des personnes mises en cause.
Déclaration de patrimoine, l’Ofnac fixe un ultimatum
Profitant de cette rencontre avec les médias, le président de l’Ofnac a abordé la question de la déclaration de patrimoine. Ce qui est un mécanisme considéré comme l’un des principaux outils de prévention de l’enrichissement illicite et des conflits d’intérêts. Moustapha Ka a annoncé que «concernant la déclaration de patrimoine, nous avons décidé d’accorder aux personnes assujetties un délai fixé au 31 juillet», a-t-il déclaré.
Le responsable de l’Ofnac a tenu à préciser qu’il s’agit d’un délai ferme et non négociable. «L’Ofnac prendra ses responsabilités et va sanctionner toute personne assujettie à la déclaration de patrimoine et qui ne l’aura pas faite au-delà du 31 juillet», a-t-il averti. Selon lui, aucune considération liée au rang, à la fonction ou au statut des personnes concernées ne sera prise en compte dans l’application de la loi.
Publication des noms des défaillants
L’Ofnac entend renforcer la transparence autour du respect de cette obligation légale. «Nous sommes en train de recenser les assujettis et de les appeler à respecter les dispositions légales en venant faire leur déclaration de patrimoine. L’institution prévoit de publier la liste des responsables défaillants sur ses plateformes officielles ainsi que par tout autre moyen de diffusion autorisé», a-t-il indiqué.
Des milliers de responsables concernés
Lors de l’atelier, Aminatou Diop, cheffe de division à l’Ofnac, a rappelé l’étendue des catégories concernées par cette obligation. «Sont assujettis à la déclaration de patrimoine les ministres, les dirigeants d’institutions, les conseillers du président de la République, les maires, les directeurs généraux des entreprises nationales, ainsi que les responsables de projets et programmes publics. Les dirigeants d’entreprises publiques bénéficiant d’un budget annuel d’au moins 500 millions de francs Cfa sont également concernés» rappelle la dame.
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Fatou DIOP













