Ancien attaquant du Raja de Casablanca et du Jaraaf de Dakar, Pape Ciré Dia analyse le jeu des Lions qui a connu une plus grande satisfaction par rapport au début de la Coupe d’Afrique des nations (3 matchs de poule, 1 but sur pénalty). Lui qui a connu le football maghrébin donne les secrets de l’Egypte qui, selon lui, «impose son rythme à ses adversaires».
Pouvez-vous nous décrypter le jeu des Lions qui a connu une amélioration remarquable par rapport au premier tour ?
Pour le premier tour, tout le monde a constaté que le Sénégal n'a pas pris de but. C'est seulement au second tour du tournoi que les Lions ont encaissé. Ce qui veut dire qu'on a la meilleure défense, le numéro 1 en Afrique. Ne pas encaisser de but est synonyme de confiance.
La défense sénégalaise est donc stable. Si on prend Kalidou Koulibaly, Abdou Diallo, Bouna Sarr et Saliou Ciss, il n'y a pas meilleurs qu'eux. En plus, Koulibaly incarne un vrai leader en replaçant ses pairs, de même que Abdou Diallo. Saliou Ciss et Bouna Sarr maîtrisent leurs déplacements.
Pour le milieu de terrain, on a vu le duo Nampalys Mendy-Gana Guèye qui nous vaut beaucoup de satisfactions. Souvent, les changements qui interviennent, c'est avec Pape Guèye et Cheikhou Kouyaté. Sinon, je trouve que le milieu sénégalais assure aussi.
Dans l'attaque, on a le jeune Bamba Dieng et l'arrivée d’Ismaïla Sarr, mais aussi le grand Sadio Mané. Pour moi, la défense commence par l'attaque, parce que dans le football moderne, les premiers défenseurs, ce sont les attaquants. L'équipe sénégalaise est toujours en place tactiquement, ce qui fait qu’on ne prend pas un nombre important de buts. Je vais un peu rester sur le cas d’Ismaïla Sarr. Il fait partie des joueurs clés de cette sélection. Le constat est que si ce n'est pas Sadio Mané qui fait la différence, c'est toujours Ismaïla qui le fait ou encore Gana Guèye. Et ça date des qualifications. Ismaïla a pris beaucoup plus de maturité. Son fort était de récupérer la balle et courir vers les buts pour centrer ou frapper. Mais maintenant, il alterne son jeu. Parfois il tient et fait la passe, d'autres fois, il fait comme avant, courir avec la balle et faire la passe ou aller marquer. Il provoque souvent. Il est arrivé à un stade où personne ne peut douter de ses talents. Il a tout ce qu'il faut pour être un grand joueur. Tout le monde l'attendait. Et heureusement il est bien revenu. Si j'étais Aliou Cissé, j'aurais fait démarrer Ismaïla Sarr. La raison est que tout simplement, une finale ne se joue pas, ça se gagne. Aliou Cissé, par contre, on ne peut plus lui reprocher grand-chose parce qu'il assure depuis le début du tournoi.
Selon vous, qu'est-ce qui a permis au Sénégal de monter en puissance ?
C'est peut-être le classement Fifa qui a fait que toutes les équipes nous attendent. Même si le Sénégal dispute un match difficile et ne marque pas, les gens critiquent en arguant qu'il manque des choses à l'équipe. Il ne faut pas oublier que le Sénégal a eu beaucoup de difficultés au début de ce tournoi avec presque sa base qui était out avec les cas de Covid et blessures. C'est très difficile pour un entraîneur de reformuler dans ces conditions-là. Depuis le début de la Can, Le Sénégal n'a pas eu de défaite et on ne le souhaite pas à ce niveau de la compétition, il faut un mental fort pour gagner. La puissance de l'équipe nationale du Sénégal, c'est Le mental.
Le statut de favori ne serait-il pas un handicap pour le Sénégal ?
Je pense que le Sénégal a assez montré la grandeur de son effectif et de ses talents. Ce n'est pas pour rien qu'on en est là. Les joueurs et le staff technique ont bossé dur pour en arriver à ce stade de la compétition. Maintenant, le plus important, c'est de se projeter et imposer sa suprématie, même si on dit souvent qu'il n'y a plus de petites équipes dans le football. Le Malawi et le Zimbabwe en sont les preuves. Le mot favori n'existe plus dans le football, surtout sur le plan africain. On doit se batte pour cette finale et avec l'aide de Dieu on remportera la coupe pour la première fois. Partout où j'ai eu à jouer dans ma carrière, quand je trouve un Africain, la première chose qu'on me dit, c'est qu'on n'a jamais rien gagné sur le plan continental. On souhaite que cette fois ci on pourra effacer ce mal.
Comment pensez-vous que le Sénégal doit appréhender le match contre l’Egypte ce dimanche ?
L’Égypte, dans tous ses matchs, essaie d'imposer son rythme à l'adversaire. Ils peuvent perturber les plans, ralentir le match et jouer dans le mental de l'arbitre. Tout ça pour grignoter des minutes. L'Égypte n'est cependant plus le même. Autemps, il y avait plus d'individualités. Mais en ce moment, on ne voit presque que Mohamed Salah. Il faut les bousculer pour pouvoir prendre le dessus sur eux. Sinon, ils vont imposer leur rythme et ça n'arrange pas le Sénégal. Il faut plus de densité au milieu, de la vitesse sur les côtés en plus des centres pour vaincre l'Égypte. Il ne faut pas oublier qu'ils sont capables de faire contre-attaquer pour décimer ta défense. Ils sont aussi lucides devant les buts. Tout le monde sait que les matchs de demi-finale sont plus compliqués à jouer qu'une finale. Pour moi ce match contre Le Burkina est un match référence pour le Sénégal. Le jeu du Burkina a surtout été axé sur la contre-attaque et la défense parce qu’ils ont des joueurs puissants. Aliou Cissé a su déjouer ce système burkinabè pour en venir à bout. Pour la finale, je pense qu'on devrait vraiment gérer nos temps forts et les exploiter.











