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LE PLAIDOYER DE MAÎTRE SIDIKI KABA FACE AU DÉSORDRE DU MONDE : «L’État de droit doit se soumettre au droit de l’État, et la raison d’État ne doit jamais avoir raison sur le droit de l’individu»




 
 
 
Ancien Premier ministre, ancien ministre de la Justice, de l’Intérieur et des Forces armées, avocat de formation et figure majeure du combat pour les droits humains, Me Sidiki Kaba a livré un véritable cours magistral sur l’État, le droit et la démocratie, lors de la cérémonie de dédicace de son ouvrage «101 discours d’espoir», Plaidoyer pour un monde meilleur . Dans un contexte international et national marqué par la tentation de la force, l’arbitraire et l’érosion des libertés, l’ancien garde des Sceaux a rappelé une vérité cardinale, «sans primauté du droit, l’État se nie lui-même».
 
 
 
Le retour inquiétant du «droit de la force»
 
Dès l’entame de son propos, Sidiki Kaba plante le décor. Le monde vacille. Le droit recule. La force avance. «Nous assistons au retour en force du droit de la force», constate-t-il, lucide, dans un ton imposant qui lui est reconnu. À ses yeux, les convulsions géopolitiques actuelles annoncent un désordre mondial où le droit international devient la première victime collatérale des conflits armés. L’exemple de Caracas, cité comme symbole, illustre ce basculement, «lorsque les armes parlent, le droit se tait. Et dans les décombres, c’est l’idée même de justice internationale qui agonise, provoquant», selon lui, un «séisme émotionnel international».
 
 
 
«Résister, être responsable, rester debout»
 
Face à cette brutalité du monde, Sidiki Kaba convoque la littérature et la philosophie morale. Le poème Invictus de William Ernest Henley devient une boussole éthique. «Je suis le maître de mon destin. Je suis le capitaine de mon âme.» Un appel clair à la résistance, à la résilience et à la responsabilité individuelle et collective. Pour l’ancien Premier ministre, l’État de droit n’est pas un acquis définitif, «il se défend chaque jour, par la conscience citoyenne, par l’engagement démocratique et par la fidélité aux principes universels».
 
 
 
État de droit, égalité, justice et présomption d’innocence
 
Sidiki Kaba revient alors aux fondements. Dans un véritable État de droit, rappelle-t-il, «nul n’est au-dessus de la loi, nul n’est en dessous de la loi. C’est le socle de l’égalité républicaine. Il n’existe pas de présomption de culpabilité», insiste-t-il, mais une présomption d’innocence, pilier intangible de toute démocratie digne de ce nom. «L’État de droit repose sur des valeurs non négociables : égalité, équité, impartialité, justice, non-discrimination et non-exclusion. Dès que l’une vacille, c’est tout l’édifice qui se fissure», rappelle l’avocat devant une assistance acquise à sa cause.
 
 
 
«Quand la raison d’Etat écrase l’individu»
 
Moment central de son intervention, Me Kaba pose une thèse forte, presque subversive à l’ère des États sécuritaires. «L’État de droit doit se soumettre au droit de l’État et éviter d’invoquer la raison d’État pour s’en exonérer. La raison d’État ne doit jamais avoir raison sur le droit de l’individu». Pour le juriste, «l’invocation abusive de la raison d’État ouvre la voie à l’arbitraire, aux violations des libertés et à l’État de police. Là où le droit recule, la peur s’installe. Là où l’individu est sacrifié, la démocratie s’effondre».
 
 
«Justice ni partisane, ni vengeresse»
 
 
Sidiki Kaba consacre une large part de son propos à la justice, qu’il décrit à travers l’allégorie de la déesse Thémis : la balance de l’équité, le glaive de la décision, les yeux bandés de l’impartialité. La justice, martèle-t-il, «ne doit être ni partiale, ni partielle, ni vengeresse. L’injustice de la justice, avertit-il, est la plus dangereuse. Elle nourrit la colère sociale et devient un facteur majeur de déstabilisation de l’État», prévient l’ancien défenseur des droits de l’homme. Il ajoute : «il faut combattre à la fois la justice de l’injustice et l’injustice de la justice, plaide-t-il, dans un appel à l’éthique judiciaire et à l’intégrité morale des juges».
 
 
 
«Défenseurs des droits humains, un contre-pouvoir à protéger»
 
Autre pilier de son plaidoyer, la protection des défenseurs des droits de l’homme. Sidiki Kaba rappelle leur rôle fondamental de contre-pouvoir, non pas «contre le pouvoir», mais au service de la démocratie. Pourtant, observe-t-il avec inquiétude, ces acteurs sont souvent victimes de menaces, d’arrestations arbitraires et de représailles pour avoir simplement rappelé à l’État ses obligations constitutionnelles et internationales. Il appelle solennellement à l’adoption de lois spécifiques pour leur protection, rappelant que sans eux, les libertés fondamentales deviennent théoriques et fragiles.
 
 
 
Magistrature, armée, démocratie, des institutions à préserver
 
Sidiki Kaba rend également hommage aux magistrats, exerçant un métier «difficile, ardu et exigeant». Il met en garde contre «toute justice vassalisée, soumise ou corrompue, qui ne peut produire que l’injustice et le désordre». L’ancien garde des Sceaux rappelle aussi le caractère républicain de l’armée sénégalaise, «une armée nationale, non ethnique, non confessionnelle, subordonnée au pouvoir civil. Un pilier de stabilité qu’il faut préserver dans un contexte régional instable».
 
 
 
Un plaidoyer pour un monde meilleur
 
Au-delà du diagnostic sévère, Sidiki Kaba s’inscrit dans l’espérance. «101 discours d’espoir» n’est pas un réquisitoire, mais un appel à bâtir une Terre des hommes, libérée de la faim, de la misère et de la terreur, où chaque enfant aurait droit à un avenir équitable. «Il n’y a pas de liberté dans l’ignorance», conclut-il, rappelant que le combat pour les droits est indissociable du combat pour le savoir. Dans un monde où les démocraties sont «vulnérables, voire mortelles», son message résonne comme un avertissement, mais aussi comme une promesse, le droit reste la dernière digue contre la barbarie.
 
 Baye Modou SARR
 
 
 
 
 
 
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