Pour la première depuis qu’il est à la tête de la sélection sénégalaise, Aliou Cissé a répondu à l’invitation de l’Association nationale de la presse sportive dans le cadre de la Maison de la presse. Le sélectionneur national a fait le tour des sujets qui concernent la tanière, mais aussi son avenir après sa troisième Coupe d’Afrique des nations.
«Marquer un but sur penalty en trois matchs, ça pose un peu problème»
«C’est vrai que marquer un but sur penalty en trois matchs, avec toutes les qualités offensives que nous avons, ça pose un peu problème. Mais dans le football, il est plus facile de défendre que d’attaquer. Nos joueurs sont surveillés, ils savent qu’ils seront toujours en intensité, un marquage serré. Il nous manque vraiment cette efficacité. On y travaille. Ismaïla Sarr et Krépin Diatta qui s’occupaient de cette animation ne sont pas là, du coup on perd cette percussion devant. Les adversaires sont très à côté de Sadio Mané. Il y a des prises à deux à trois, parfois à quatre. Il faut que d’autres joueurs prennent leurs responsabilités. Quand vous avez l’occasion de tuer le match, il faut le faire. Tant que vous ne marquez pas, l’adversaire peut vous emmener en prolongations et aux tirs au but. Il nous faut retrouver cette confiance qui faisait notre force. Mais je n’ai pas de doute là-dessus. On va retrouver cette efficacité. Mais ce que je retiens depuis le début de cette campagne est que défensivement, nous sommes très forts. Dans le jeu, on a beaucoup à dire. Nous savons que nous devons progresser. Je vous assure que nous allons progresser. Nous travaillons tous les jours pour avoir les meilleures animations. On a cette motivation, nous avons les joueurs qu’il faut. Donc, il va falloir que la confiance revienne. Je suis le premier à ne pas être satisfait du jeu. Nous continuons à travailler sur les schémas qui donnent plus de mouvement, l’utilisation de largeur et plus de créativité dans le jeu».
«Quand Ismaila Sarr va revenir, c’est pour être directement intégré dans le groupe»
Si on l’a convoqué, c’est parce qu’on a espoir. Je suis en étroite collaboration avec le kiné qui s’occupe de lui à Barcelone. On nous envoie tous les jours ses vidéos. Sa préparation et sa rééducation sont en train de progresser. Quand Ismaila Sarr va quitter l’Espagne pour revenir, c’est pour être directement intégré dans le groupe. On a un staff professionnel. On est dans ce métier depuis 24 ans. En aucun cas, on ne mettra l’intégrité de la santé de nos joueurs en danger. De la même façon que les clubs travaillent, les médecins qu’ils ont sont les mêmes que nous avons ici. Nous n’avons aucun complexe vis à vis des staffs techniques de Liverpool, de Watford ou des autres clubs. Nous avons de la compétence chez nous. Nous surveillons ce garçon. Là où on l’a emmené, on a vraiment confiance à ce kiné-là. Nos médecins suivent tous les jours la rééducation d’Ismaila Sarr. On lui parle et il se sent très bien. Après ce qui s’est passé à Barcelone avec Xavi, moi je ne suis pas dedans. Ce qui est concret, c’est qu’Ismaïla a repris les entraînements. Il se sent bien mentalement. Les vidéos montrent que le garçon est en marge de progression. Et aujourd’hui, quand on dit qu’il est capable d'intégrer le groupe, je ne vois pas pourquoi je vais douter de ça. Je ne suis pas médecin, mais je crois en mes médecins. Je crois à ces spécialistes qui se sont occupés de Ismaïla Sarr. Pour moi, on est optimiste pour la recevoir dans 5 à 10 jours.»
«Kouyaté, ne pas l’avoir pour les huitièmes de finale est une perte»
«L’absence de Kouyaté était ma crainte lors du troisième match contre le Malawi. C’est vrai qu’il a écopé de ce carton malheureux sur sa première faute. On a convoqué d’autres joueurs à qui on a pu donner un temps de jeu lors des trois premiers matchs. Je parle de Lopy, Pape Alassane Guèye qui sont capables de pallier l’absence de Cheikhou Kouyaté. Kouyaté fait partie de nos cadres et ne pas l’avoir pour les huitièmes de finale est une perte. Mais j’ai 27 joueurs qui sont prêts à vouloir passer ce huitième de finale et aller en quart de finale. Nous sommes très motivés de savoir que le joueur qui va remplacer Cheikhou Kouyaté sera à la hauteur.»
«Pour être honnête, je ne m’attendais pas à un Koulibaly des grands soirs»
«Pour le cas de Kalidou, pour être honnête, je ne m’attendais pas à un Koulibaly des grands soirs, parce que le Covid, pour les gens qui l’ont eu, ça use le corps et c’est difficile de le faire évacuer. Mais ce ne sont pas des excuses. On n’avait pas le choix. Il fallait les faire jouer contre le Malawi pour mieux préparer les 8e de finale. Avec mon staff, on travaille pour que les joueurs se libèrent. Il faut jouer avec beaucoup plus de sérénité et de tranquillité.»
«On démarre mal, mais on termine bien»
«C’est vrai et cela s’est vérifié lors des deux derniers matchs de groupe. On démarre mal, mais on termine bien. Contre le Malawi, c’était équilibré en première période. En 2ème mi-temps, on a vu une équipe du Sénégal qui a monté en régime. Mais cela ne m’étonne pas, parce que les joueurs ne sont pas au même niveau sur le plan physique. Il y a eu cette maladie (Covid-19) et ce manque de préparation. On n’a pas pu aller à Kigali pour des raisons que vous connaissez. En plus, depuis le 27 décembre jusqu’à la veille du match contre le Malawi, je n’avais pas à ma disposition la totalité de mon groupe. Heureusement, Nampalys Mendy, Kalidou Koulibaly, Édouard Mendy sont finalement revenus.»
«Avec les difficultés que nous vivons depuis le 27 décembre jusqu’à aujourd’hui, beaucoup d'équipes seraient déjà tombées»
«Concernant le jeu, il y a beaucoup de choses qu’on peut dire. Ceux qui me connaissent savent que je ne me cache pas sur les excuses. Quand vous avez aujourd’hui ou 5, 6, 7 joueurs qui sont covidés et quand vous n’avez pas retrouvé l’ensemble de votre groupe au début de votre stage, ce ne sont pas des excuses mais ce sont des faits qui sont là. C’est la réalité. J’ai entendu un entraineur dire que si le Paris Saint Germain n’a pas Neymar, Messi, Di Maria ce n’est pas la même équipe. Je respecte l’avis de tout le monde. Mais croyez-moi, avec les difficultés que nous vivons depuis le 27 décembre jusqu’à aujourd’hui, beaucoup d'équipes seraient déjà tombées. Hier, j’ai entendu mon frère Djamel (ndlr : entraîneur de l’Algérie éliminée) dire que l’organisation et la préparation de cette Can a été compliquée. Certes, nous voulions prendre 9 points sur 9 possibles et avoir cette première place là. On a gardé la première place mais on n’a pas les 9 points. On en a 5. D’autres sont passés avec 4. Mais comme je l’ai dit, les réalités des matchs de groupe ne sont pas les mêmes. J’ai quatre jours devant moi pour pouvoir travailler sur le plan athlétique pour que nos joueurs reviennent à leur meilleur niveau. Nous sommes confiants parce que qu’on est le Sénégal. Tous les matchs seront difficiles parce qu’on est l’équipe à battre. Tout le monde doit être prêt et éviter ces gens qui viennent nous dire que vous êtes le Sénégal et que tout doit être facile. Aucune équipe ne baissera les bras. Pour les gens qui connaissent le football, ils savent très bien que les garçons ne seront pas à 100%. Même à 80%, on a décidé de les mettre en place. On a encore quatre jours devant nous. Ça ne nous garantit absolument rien du tout. Parce qu’ils restent encore des humains. Mais nous avons espoir que ces quatre jours-là avec les préparateurs physiques, avec les médecins, on arrive à hisser le niveau de ces garçons pour que d’ici les huitièmes de finale, ilssoient à leur meilleur niveau.»
«On a le meilleur gardien du monde, le meilleur joueur d'Afrique, le meilleur défenseur, c'est parce qu'ils ont le mental pour être à ce niveau-là»
«J'ai beaucoup écouté et entendu des gens développer sur l'aspect mental de nos joueurs. C'est quoi le mental ? Est-ce qu'aujourd'hui moi je peux parler de mental, oui. Je peux parler de mental mais je ne suis pas spécialisé en réalité dans ce domaine-là. Notre problème ne se situe pas là-bas parce que c'est justement le mental qui a fait de sorte qu'on soit encore là. C'est cette détermination qui a fait que nous sommes encore là. Un joueur peut douter mais ce doute là ne doit durer longtemps. On a le meilleur gardien du monde, le meilleur joueur d'Afrique, le meilleur défenseur et pour moi c'est parce qu'ils ont le mental qu’ils sont à ce niveau-là. Sur ce côté mental, nous faisons aussi beaucoup de choses en interne pour aider nos joueurs à progresser.»
«Ce match contre le Cap-Vert, plus ça dure, plus c'est mieux pour nous»
«Nous préparons tout le monde individuellement et collectivement. Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation. Ce match contre le Cap-Vert, plus ça dure, plus c'est mieux pour nous. On va jouer ce match avec beaucoup de sérénité et de calme. Travailler petit à petit et le concrétiser. On peut marquer très tôt, ils peuvent marquer, on peut marquer tard, mais la seule chose qui va être déterminante, c'est de passer en quart de finale. Que ce soit aux tirs au but ou en prolongations ou pendant les 90 minutes, le plus important, c'est de challenger face à cette équipe pour obtenir la qualification. C’est une équipe qu’on connaît. Peut-être ces six dernières années, on a joué contre eux trois ou quatre fois. Récemment, on les a rencontrés à domicile en match amical. C’est une équipe qui joue à cinq derrière, trois au milieu et deux devant. Ils sont également capables de jouer en 3-5-2. On les avait battus chez nous. On sait que le contexte est différent. Nous allons vers un 8e de finale qui sera très disputé. En réalité, l’objectif est de gagner et continuer à avancer dans la compétition. Nous sommes conscients de ces genres de match. Les quatre matchs qui nous restent sont très importants. Nous savons que techniquement, c’est une équipe qui est au-dessus de la moyenne, une équipe joueuse qui ne jette pas le ballon. Entre le Cap-Vert et le Sénégal, ce n’est jamais facile. Ce sont deux pays voisins. Nous le préparons de la meilleure des façons, avec beaucoup de sérénité.»
«Non et non, le président de la République ne nous a mis aucune pression »
«Le public sénégalais doit continuer à croire en leur équipe. Si nous avons réussi à réaliser tout ce que nous faisons actuellement, c'est parce que nous avons des capacités. Qu'il continue à croire et apprécier cette équipe-là. En réalité, les retours que j'ai de notre public, c’est qu'ils sont derrière nous. J'en profite pour remercier tous ces férus de l'équipe nationale. On n'a pas envie de vous décevoir, on a envie de vous rendre fiers et aller au bout de cette compétition et amener le trophée.Non et non, le président de la République ne nousa mis aucune pression. Nous sommes des footballeurs professionnels. Quand vous jouez au haut niveau, cette pression vous vivez avec : celle de vouloir gagner individuellement et collectivement, mais en réalité, c'est cela notre métier. Il faut toujours essayer d'aller loin. L'attente est là, les supporters sont là. Mais il faut toujours être capable de faire abstraction de toute cette pression qui tourne autour de l'équipe nationale. Il faut se concentrer à jouer, à être bon et jouer notre meilleur niveau.»
«Mon avenir ne m’a jamais préoccupé, c’est plutôt ma passion. Seul Dieu a mon avenir»
«Ce n'est pas une affaire personnelle. Je suis en pleine compétition. Quand vous êtes sélectionneur d’une équipe nationale comme le Sénégal, vous allez toujours voir des gens qui vous donneront des leçons, qui diront qu’ils connaissent mieux que vous votre métier, vous allez voir toujours des gens qui vous diront que si c’était eux, ils feraient autrement. Je suis libre, ça ne me dérange pas.Mon avenir ne m’a jamais préoccupé, c’est plutôt ma passion. Ce football, je l’aime au plus profond de mon cœur. Partir ou ne pas partir? Jamais je ne me suis levé le matin en pensant à cela. Je me suis toujours levé en donnant le maximum pour mon pays, pour l’équipe nationale et rendre fier les Sénégalais. C’est sur cela que je suis concentré. Je laisse les autres parler de mon avenir, le préparer. Seul Dieu a mon avenir.Je suis quelqu’un qui aime son pays et qui a aussi une histoire avec l’équipe nationale. Je ne suis pas tombé dans la soupe comme beaucoup le pensent. Je suis dans cette équipe nationale depuis 1999, ma première convocation. L’après-Can je n’y pense pas, je suis concentré sur le match Sénégal-Cap-Vert. Le reste on verra après.»
«L'Algérie, c'est un avertissement à tous les soi-disant favoris du continent africain»
«Il est difficile quand vous êtes champion de revenir dans la même compétition et de la remporter. A part l'Égypte qui a pu enchaîner, sur le continent africain, aucune autre équipe n'a réussi à le faire. Quand vous gagnez, vous avez le regard des autres et vous êtes attendu. L'Algérie en venant ici, c'est comme le Sénégal, on sait qu'on est attendu. L’Algérie aurait pu rentrer dans sa compétition par la meilleure des façons, c'est à -dire gagner son premier match par rapport au ratio de buts qu'ils se sont créé. Ça n'a pas été le cas.Une équipe, c'est d'abord la confiance des joueurs. Un attaquant a besoin d'être en confiance. S'il doute, même l'entraîneur aura des problèmes pour le remettre sur le chemin. Tant qu'il ne marque pas, il va continuer à douter. C'est un avertissement à tous les soi-disant favoris du continent africain. Je peux vous garantir que ce soit au Nigeria, au Sénégal ou dans toutes les autres équipes entre guillemets favorites, il n'y a personne qui vient avec un manque d'humilité ou regardant ses adversaires par le haut. Nous avons cette humilité et nous préparons tous nos matchs avec la même ferveur et la même force. Que ce soit le Cap-Vert, le Malawi, le Nigeria ou le Mali, nous préparons nos matchs de la même façon. Parce que nous savons que c'est difficile de gagner sur le continent. Aujourd'hui, c'est l'Algérie qui est éliminée, mais ça aurait pu être d'autres équipes. Le continent africain est en train de progresser. Je me mets toujours à rigoler de ces gens dans leur plateau, dans le 16e arrondissement de Paris ou dans leurs salons de thé, qui parlent du football africain. Si on veut parler du football africain, il faut connaître les réalités. Là, on saura qu'il n'y a aucun match facile, il n'y a pas de petite équipe. Ce n'est plus la même chose que dans les années 80 ou 90. C'est différent. Aujourd'hui, ce que le Sénégal fait sur le plan organisation et logistique, c'est ce que les autres font. Ils ont envie d'être les ambassadeurs de leurs pays. Quand vous voyez cette Coupe d'Afrique, il y a tous les drapeaux. Chaque équipe a été galvanisée et encouragée par son président de la République avant de remettre le drapeau. Ça ne sera pas facile. Tout le monde est motivé et à envie d'aller loin».












