C’est Cheikh Hadjibou Soumaré qui a ouvert le bal. Arrivé vers 9h, l’ancien premier ministre du Président Abdoulaye Wade entre 2027 et 2009 s’est entretenu avec le président de la République environ 40mn. Un entretien dont il a voulu garder les termes secrets puisqu’il n’a pas voulu s’exprimer devant la Presse.
À sa suite, Abdoul Mbaye, qui s’est retiré de la scène politique depuis près d’un an, est revenu sur la teneur de ses échanges avec le chef de l’État. «Sincèrement, le Sénégal en a besoin», a déclaré M. Mbaye qui salue cette initiative du President Faye. Selon lui, cette démarche permettra d’apaiser les tensions et de créer un climat propice à la relance de l’économie.
Abdoul Mbaye a indiqué avoir abordé cinq sujets avec le président de la République : l’économie, les finances, le budget, la sécurité, notamment la situation au Mali, ainsi que la politique. Il dit avoir insisté sur la nécessité, pour le président, de respecter ses engagements pris lorsqu’il était dans l’opposition et visant à réformer le système politique, notamment le code électoral.
Aminata Touré : «le dialogue est un patrimoine précieux qu’on doit préserver»
Après son face à face avec Diomaye Faye, l’ancienne cheffe du gouvernement a insisté sur l’importance du dialogue dans la tradition politique sénégalaise. «Le Sénégal est un pays où le dialogue est ancré dans notre histoire et dans notre culture. Ce patrimoine est précieux et doit être préservé», a-t-elle déclaré.
Selon Aminata Touré, cette démarche du président de la République traduit une volonté de maintenir des échanges réguliers avec les personnalités ayant occupé de hautes fonctions dans le pays, y compris celles qui se sont éloignées de la vie politique. Elle estime ainsi que «le dialogue est un capital essentiel de gouvernance», particulièrement dans un contexte marqué par des défis sous-régionaux et internationaux.
À son avis, ces concertations doivent s’inscrire dans la durée. «Nous sommes une société où le consensus est au cœur de notre culture», a-t-elle soutenu.
Amadou Ba : «J’ai rappelé au président de la République que moi-même, en tant que ministre des Finances, je suis resté six ans sans recevoir un seul franc du FMI»
Amadou Ba qui parle de «dialogue direct» et «sans détour» a lui aussi salué l’initiative. Evoquant son expérience, marquée par plusieurs responsabilités ministérielles, M. Ba soutient que cela lui a permis d’échanger avec le chef de l’État sur les grands enjeux nationaux notamment la situation politique ainsi que sur certains textes que le gouvernement envisage de faire adopter prochainement.
Sur ce point, il a estimé que davantage de concertations auraient été nécessaires, notamment concernant les questions électorales. Il dit avoir suggéré au président de la République de prendre «dix à quinze jours supplémentaires» afin de favoriser des consensus plus solides. Le pays a besoin de consensus, le pays a besoin de dialogue», a-t-il insisté, précisant avoir formulé cette proposition non pas au nom de l’opposition, mais dans l’intérêt général.
Les discussions ont également largement porté sur la situation économique, sujet sur lequel Amadou Ba dit avoir exprimé ses inquiétudes depuis l’année dernière.
D’après lui, la dégradation de l’environnement international aura inévitablement des répercussions sur le Sénégal.
Il a appelé les autorités à accorder une attention particulière à cette question, estimant que les difficultés économiques pèsent déjà lourdement sur les populations. «La situation est très difficile pour beaucoup de Sénégalais», a-t-il souligné.
L’ancien ministre des Finances a aussi évoqué les relations avec les partenaires économiques et financiers internationaux, notamment le Fonds monétaire international. À son avis, le Sénégal doit œuvrer à restaurer sa crédibilité financière afin de préserver ses capacités de financement et d’investissement. «J’ai rappelé au président de la République que moi-même, en tant que ministre des Finances, je suis resté six ans sans recevoir un seul franc du FMI. Le Sénégal est resté douze ans sans avoir un programme avec des décaissements», a-t-il insisté.
«Je suis dans l’opposition et j’y reste, mais…»
Malgré tout, a-t-il ajouté, le Sénégal avait réussi à maintenir sa crédibilité, tout en reconnaissant que le contexte actuel est différent. Il estime aujourd’hui nécessaire de parvenir à un compromis avec les partenaires internationaux afin de sécuriser les ressources dont le pays a besoin.
Il a, par ailleurs, alerté sur les conséquences des dégradations successives des notations financières du Sénégal, qui rendent les emprunts plus coûteux et limitent les marges d’investissement de l’État.
La question sécuritaire a également été abordée lors de l’entretien. Amadou Ba a souligné les mutations observées dans l’environnement sous-régional et les risques qu’elles peuvent représenter pour le Sénégal. Selon lui, ces défis nécessitent des concertations larges ainsi qu’un soutien accru aux populations concernées et aux forces de défense et de sécurité.
Enfin, l’ancien Premier ministre a tenu à préciser que les discussions avec le chef de l’État n’ont pas porté sur des considérations partisanes. «Je suis dans l’opposition et j’y reste. Mais certaines questions transcendent les clivages politiques. Il faut travailler de manière apaisée dans l’intérêt du pays», a-t-il déclaré.Sidiki Kaba, reçu dans l’après-midi, n’a pas donné sa position à la télévision nationale.
Sidiki Kaba : «tout ce qui va dans le sens du renforcement de la cohésion nationale, de l’unité nationale(…) m’intéresse»
Après la pause, les audiences ont repris avec Me Sidiki Kaba, Premier ministre aussi sous le précédent régime. À l’issue de son entretien avec le chef de l’État, il a tenu à rappeler qu’au Sénégal, le dialogue constitue une constante dans la résolution des conflits et des crises, tout en permettant, en période de paix, de les prévenir. «La prévention coûte moins cher que la guérison. Il importe donc de discuter», a-t-il déclaré. Pour Me Sidiki Kaba, «tout ce qui va dans le sens du renforcement de la cohésion nationale, de l’unité nationale, du développement du Sénégal, de la prospérité des populations et de l’assurance d’un avenir meilleur et plus équitable pour la jeunesse» l’intéresse et mérite une attention particulière. «J’ai donc jugé utile de répondre à cet appel afin d’apporter ma part d’analyse sur la situation politique, économique et sociale de notre pays», a-t-il conclu.
À sa suite, le dernier Premier ministre du régime d’Abdou Diouf, Mamadou Lamine Loum, a été lui aussi reçu par Diomaye Faye. Ce dernier, comme Hadjibou Soumaré, n’a pas souhaité s’exprimer sur le contenu de leurs échanges.
Nd. Kh. D. F (avec la Rts1)













