En tournée politique dans le département de Guinguinéo, à la première de Mbadakhoune et Fass Barigo, Ousmane Sonko n’a laissé aucun sujet dans l’angle mort. Grève des étudiants, gouvernance passée, dette cachée, opposition accusée d’opportunisme politique, le président de Pastef et chef du gouvernement a tenu un discours sans fard, mêlant fermeté, défi et promesse de rupture. À Fass Barigo, Ngathie Naoudé et Mbadakhoune, Sonko assume un ton de pré-campagne, tranche dans le vif et pose les jalons d’un rapport frontal avec ses adversaires.
«Si les Sénégalais ne nous font plus confiance, nous partirons». C’est à Fass Barigo, devant une foule acquise à sa cause, qu’Ousmane Sonko a donné le ton de sa tournée. Le leader de Pastef a rappelé que la légitimité politique ne se décrète pas, mais se mérite et se renouvelle. «Nous n’avons pas peur des critiques. Si les Sénégalais estiment que nous ne méritons plus leur confiance, nous rendrons les tabliers et partirons en paix», a-t-il déclaré, provoquant des murmures dans l’assistance.
Dette cachée, rapports explosifs et fin de l’impunité
Selon lui, la reddition des comptes engagée par le régime n’est ni partisane ni sélective. «Les rapports qui accablent certains responsables ne viennent pas de nous. Ils ont été produits par l’Ige, la Cour des comptes et l’Ofnac, à une époque où nous étions dans l’opposition», a-t-il rappelé. Le Premier ministre a pointé du doigt ce qu’il considère comme le nœud central de la crise actuelle, «une dette de 7 milliards de dollars contractée et dissimulée au peuple sénégalais». Malgré ce passif, Sonko revendique des mesures concrètes : «baisse du carburant, du riz, du sucre et de l’électricité. Ce sont des efforts réels, faits dans un contexte extrêmement difficile», insiste-t-il.
Fass Barigo, symbole d’un abandon de 66 ans
À Fass Barigo, le ton devient plus accusateur. Devant des populations confrontées à un déficit criant d’infrastructures, Ousmane Sonko s’interroge à voix haute. «De 1960 à 2026, cela fait 66 ans que cette commune manque de tout : eau, écoles, structures de santé. Où étaient nos dirigeants pendant tout ce temps ?». Pour lui, «les anciens responsables qui occupent aujourd’hui les plateaux de télévision n’ont aucune légitimité à exiger des miracles en deux ans. Leur objectif est clair, détruire ce que nous avons commencé pour remettre le pays sur les rails», tranche-t-il. Sur l’eau et les infrastructures scolaires, le chef du gouvernement promet des solutions progressives, appelant les populations à la patience, sans pour autant minimiser l’urgence.
Tolérance zéro contre la gestion frauduleuse
À Fass, Sonko a répété les mêmes phrases. «Si j’apprends qu’un responsable a détourné ne serait-ce que 500.000 francs Cfa de l’État, son dossier ira directement à la justice. La rupture prônée commence par le camp présidentiel lui-même » dit-il.
Grève des étudiants, Sonko clarifie et recadre
Alors que les universités sont secouées par des tensions liées aux bourses et à la restauration, Ousmane Sonko a tenu à dissiper ce qu’il appelle une incompréhension. «Les étudiants sont nos enfants. Ce que nous faisons aujourd’hui, nous le faisons pour eux. J’ai dit au ministre des Finances que le paiement des bourses, les primes de correction des enseignants ne doivent pas attendre, il faut les payer à temps voire avant même la fin du mois», affirme-t-il, adoptant un ton à la fois ferme et paternaliste. Selon lui, il n’existe aucun arriéré de paiement des bourses depuis l’installation du gouvernement. «Le problème se situe au niveau des rappels, pas des paiements», précise-t-il.
Charge frontale contre l’opposition : «la récréation est terminée»
C’est sans doute sur le terrain politique que le discours de Sonko s’est fait le plus incisif. Visiblement agacé par ce qu’il considère comme une exploitation politicienne de la crise universitaire, le président de Pastef attaque frontalement. «Nous avons en face de nous des leaders sans vergogne ni humanisme politique. Ils n’existent que dans les crises. Ils n’ont ni programme ni vision», lâche-t-il.
Accusant certains opposants d’instrumentaliser les étudiants pour se donner une visibilité médiatique, Sonko annonce un changement de stratégie, la confrontation politique assumée. «La désinformation est terminée. Pastef est un parti de front. S’ils veulent le combat politique, ils l’auront. Œil pour œil, dent pour dent», prévient-il, tout en précisant que le débat restera ouvert lorsqu’il portera sur l’économie, l’éducation, la santé ou le développement.
«Je suis sûr que les paysans n’ont pas reçu la moitié des Les 130 milliards injectés dans les subventions»
A Mbadakhoune, Ousmane Sonko s’est montré particulièrement critique sur le système actuel de subventions agricoles. «Les 130 milliards de francs Cfa injectés dans les subventions, je suis sûr que les paysans et les agriculteurs n’ont pas reçu la moitié», a-t-il affirmé, dénonçant un circuit opaque et inefficace qui pénalise les véritables bénéficiaires. Pour le Premier ministre, cette situation n’est plus acceptable. La future politique agricole devra garantir que les ressources publiques arrivent directement aux producteurs, sans détournements ni intermédiaires abusifs.
Aussi, le Premier ministre a abordé l’un des sujets les plus sensibles du monde rural, le foncier. Pour lui, il est impératif de clarifier le rapport entre la terre et ceux qui la cultivent. «Il faut que les paysans aient des titres qui prouvent l’appartenance du foncier», a-t-il déclaré, plaidant «pour une sécurisation foncière qui protège les agriculteurs contre la spoliation et l’insécurité juridique».
Baye Modou SARR












