Trois jours. C’est le temps qu’il aura fallu à la plateforme e-Sénégal, lancée en grande pompe, pour tomber en maintenance. Un incident technique banal, diront certains. « Révélateur d’un mal plus profond », répond Abdoulaye Ly, alias Berger Hitech, qui s’active dans l’écosystème numérique au Sénégal. Pour lui, la vraie question n’est pas technique. Elle est culturelle. « Pourquoi, chez nous, chaque projet même les plus opérationnels, les plus terre à terre, finit par être happé par le politique ? » Une pression au lancement, une communication parfois prématurée et derrière, des réalités techniques qui rattrapent tout le monde.
Le spécialiste le rappelle avec clarté car, pour lui, construire une plateforme digitale robuste n’est pas un événement. C’est un processus. Tests, itérations, corrections, améliorations continues. Une logique de produit, pas de vitrine.
Car le problème n’est pas qu’un site soit en maintenance. La difficulté, c’est lorsqu’on cherche à transformer un produit en symbole politique avant qu’il ne soit réellement prêt à servir. Ce sont alors les usagers qui en paient le prix : frustration, perte de confiance, perception négative du digital.
Le message de Berger Hitech consiste à faire recours à une vraie transformation numérique. Pour cela, il faudra changer de logique avec moins de communication et plus de stabilité. Moins de précipitation, plus de tests. Mais surtout, avec moins de politique et plus de produits. « Le digital n’est pas une scène, c’est une infrastructure. Et une infrastructure, ça se construit sérieusement », a-t-il servi.













