À quelques heures de l’officialisation de la liste des membres du nouveau gouvernement, le leader de Pastef a fait un communiqué pour préciser qu’aucun ministre de Pastef n’y figurait. Et pourtant, Moussa Bala Fofana, Ibrahima Sy et Yankhoba Diémé avaient bel et bien répondu à l’appel du Président Bassirou Diomaye Faye. Clarifiant davantage la position de Pastef dans l’attelage gouvernemental, Ousmane Sonko a ouvertement désavoué Moussa Bala Fofana et Cie. Le ministre de l’Urbanisme, en réponse à son désormais ex-leader, a assumé clairement son choix : « mettre le Sénégal devant toutes les considérations personnelles et partisanes » et démissionner de Pastef.
Dans un message de remerciement à l’endroit du Président Bassirou Diomaye Faye, qui lui a renouvelé sa confiance pour la troisième fois, Moussa Bala Fofana a expliqué les raisons qui l’ont poussé à aller outre les directives de son parti, Pastef.
Le ministre de l’Urbanisme a d’abord évoqué ses relations avec le chef de l’Etat qui étaient inexistantes avant leur arrivée au pouvoir. « Avant l’arrivée de notre famille politique aux responsabilités nationales, je n’avais pas eu l’occasion de collaborer avec le Président Bassirou Diomaye Faye. Mais depuis que j’ai le privilège de servir sous son autorité et sous celle de l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko, j’ai particulièrement apprécié son soutien constant à la réalisation des chantiers du ministère de l’Urbanisme, des Collectivités territoriales et de l’Aménagement des Territoires. Il se trouve que ces chantiers demeurent ma seule et unique préoccupation », affirme-t-il tout en promettant que ce dernier ne lui a pas parlé de projet politique. « Je tiens à le dire devant nos concitoyens : je jure au nom d’Allah que jamais le président de la République ne m’a parlé de projet politique ».
« Ousmane Sonko demeure un grand-frère, un compagnon de lutte »
Les circonstances politiques actuelles n’enlèvent en rien, selon lui, son estime et sa considération pour Ousmane Sonko. « Je souhaite également réitérer mes propos fraternels à l’endroit du président de l’Assemblée nationale, Monsieur Ousmane Sonko. Au-delà des circonstances politiques du moment, il demeure pour moi un grand-frère, un compagnon de lutte et une personnalité pour laquelle je conserve de l’estime, du respect et de la considération », dit-il avant de se remémorer leur compagnonnage. « Nous avons partagé des combats, des convictions et une même volonté de contribuer à la transformation de notre pays. Rien de ce qui se passe aujourd’hui ne saurait effacer cette histoire commune, ni les liens forgés dans la sincérité, l’intelligence et le respect mutuel ».
« Je savais que j’allais perdre une famille politique, faire face aux critiques, aux calomnies et aux insultes »
Commentant la dernière sortie du leader de Pastef, Moussa Bala Fofana dit vouloir lui répondre « avec franchise et responsabilité : oui, j’ai agi en toute liberté et à titre personnel. J’ai pris librement cette décision, en mon âme et conscience, sans aucune arrière-pensée. Je ne l’ai pas prise par défiance, ni pour conserver une fonction, encore moins pour succomber à une quelconque tentation du pouvoir, car il n’y a pas de pouvoir à être un serviteur de la République », explique M. Fofana.
Ce dernier assure qu’il savait qu’il allait « perdre une famille politique, des compagnons de combat et faire face aux critiques, aux calomnies et aux insultes, contre lesquelles je me suis désormais forgé une solide résistance à force d’endurance ».
« Je n’ai pas choisi le confort de la popularité »
Pour lui, entre une logique partisane et ce qu’il considérait être son devoir envers la Nation, à savoir honorer sa part des promesses faites au peuple sénégalais lors de la campagne de 2024, il a choisi de poursuivre la mission qui lui avait été confiée au service du Sénégal. « Je demeure convaincu que nos destins individuels, nos différends et nos contradictions personnelles pèsent peu face aux exigences de l’intérêt supérieur de la Nation. Le Sénégal est plus grand que chacun d’entre nous. J’ai agi par loyauté : la loyauté envers ma conscience, mon sens du devoir, ma liberté et ma dignité. C’est cette conviction qui a guidé ma décision. Je n’ai pas choisi la facilité ; j’ai choisi le devoir, parfois ingrat. Je n’ai pas choisi le confort de la popularité ; j’ai choisi la continuité du service public dans la sobriété et la responsabilité », indique-t-il.
Listant les grands projets engagés sous son magistère par le ministère de l’Urbanisme, Moussa Bala Fofana soutient que sa conscience ne lui permettait pas d’abandonner « cette mission au milieu du gué pour une situation dont j’ignore quasiment tout, totalement tout, entièrement et absolument tout ».
Se voulant logique et cohérent avec lui-même, M. Fofana decide de démissionner de Pastef « Cette décision entraîne naturellement des conséquences politiques que j’assume avec sérénité. La cohérence exige parfois des choix difficiles (…) La liberté de conscience n’a de sens que lorsqu’on accepte d’en assumer les conséquences. C’est pourquoi, afin que nul ne puisse douter de la cohérence de ma démarche, j’ai décidé de démissionner, à compter de ce jour, de Pastef–Les Patriotes ».
« J’ai décidé de démissionner, à compter de ce jour, de Pastef–Les Patriotes ».
Ce dernier dit prendre cette décision « sans rancœur, sans amertume, sans esprit de rupture et, au contraire, dans un esprit de collaboration sincère pour l’intérêt supérieur de la Nation. Car un patriote peut bien démissionner d’un parti, mais jamais de la Patrie. Je garde de mon engagement au sein de ce parti le souvenir de combats menés avec conviction, d’épreuves traversées ensemble et d’espérances partagées pour notre pays », promet-il avant de préciser : « aussi longtemps que mes compétences seront utiles à mon pays et que les plus hautes autorités de la République jugeront opportun de faire appel à mes services, je répondrai présent, avec loyauté, humilité et sens du devoir, sans aucun calcul politique ».
Nd. Kh. D. F












