Reçu hier par le ministre de la Justice, garde des Sceaux, Me Moussa Sarr, le Conseil pour l’observation des règles d’éthique et de déontologie dans les médias (Cored) a plaidé pour une meilleure prise en compte des mutations du paysage médiatique dans la législation. Web-télévisions, créateurs de contenus, intelligence artificielle, Tribunal des pairs et carte nationale de presse étaient au cœur des échanges.
Le paysage médiatique sénégalais évolue à grande vitesse. Face à la multiplication des web-télévisions, des créateurs de contenus et à l’irruption de l’intelligence artificielle dans la production et la diffusion de l’information, le Cored estime que le cadre juridique doit suivre le rythme. C’est l’un des principaux messages portés, hier, jeudi 17 septembre, par une délégation du Conseil reçue en audience par le ministre de la Justice, garde des Sceaux, Me Moussa Sarr.
Conduite par son président, Ousmane Ibrahima Dia, la délégation comprenait notamment Amadou Sabar Ba, Aliou Diouf, Migui Marame Ndiaye, Seynabou Mbodj, Mamadou Cellou Diallo et le doyen de la presse, Tidiane Kassé. Les échanges ont notamment porté sur le rôle du Tribunal des pairs dans le règlement des différends impliquant les médias.
Le Cored souhaite être davantage sollicité dans le traitement des litiges relevant des médias. Le Conseil a plaidé pour que les différends relevant des délits de presse puissent être « portés en priorité » devant le Tribunal des pairs. Une telle orientation permettrait, selon le Cored, de renforcer le rôle de cette structure qui a pour vocation de « contribuer à la défense de la liberté de la presse tout en veillant au respect de l’éthique et de la déontologie ».
Le Conseil a insisté sur la nécessité de « mieux informer le public » sur les missions du Tribunal des pairs, notamment dans les affaires liées à la diffamation. Le Cored a, par ailleurs, annoncé l’installation prochaine de nouveaux membres de cette instance et invité le ministre de la Justice à prendre part à la cérémonie. Me Moussa Sarr a donné son accord de principe, sous réserve de la disponibilité de son agenda.
Web-télévisions et intelligence artificielle
Autre préoccupation soulevée au cours de la rencontre : la transformation du paysage médiatique. Le Cored a attiré l’attention du ministre sur la multiplication des web-télévisions et des créateurs de contenus qui se réclament du journalisme sans nécessairement répondre aux exigences professionnelles. Pour le Conseil, cette nouvelle configuration appelle un « encadrement déontologique plus précis ». Elle devrait également conduire à une révision du Code de la presse afin que celui-ci intègre davantage les réalités liées aux web-télévisions, aux nouvelles technologies et aux enjeux posés par l’intelligence artificielle. Le Cored a sollicité l’appui du ministre de la Justice afin que l’exigence de la carte nationale de presse soit effectivement respectée lors des cérémonies gouvernementales.
Me Moussa Sarr ouvre la porte à une régulation adaptée
En réponse aux préoccupations exposées, Me Moussa Sarr a rendu hommage au doyen Tidiane Kassé et, à travers lui, à l’ensemble des journalistes. Le garde des Sceaux a rappelé le rôle de la presse dans le « combat démocratique », tout en soulignant l’importance du respect de l’éthique et de la déontologie dans la collecte, le traitement et la diffusion de l’information. Le ministre a encouragé le Cored à renforcer « l’information et la sensibilisation » autour du Tribunal des pairs. Il a également reconnu la nécessité d’une « régulation plus affirmée », prenant en compte les mutations technologiques ainsi que l’évolution du modèle économique de la presse.
S’agissant de la révision du Code de la presse et de la régulation du paysage médiatique, Me Moussa Sarr a indiqué qu’il transmettrait la requête du Cored à son collègue chargé de la Communication. Sur la formation professionnelle, le ministre a également exprimé sa disponibilité à accompagner le Conseil. Il a invité le Cored à faire connaître ses besoins suffisamment à temps afin que des experts puissent être mobilisés lorsque nécessaire. Concernant enfin l’accès à l’information et l’application de certains textes, Me Moussa Sarr a assuré avoir pris bonne note des préoccupations soulevées et indiqué que les travaux se poursuivraient afin de les « parachever ».
Au terme de l’audience, le ministre de la Justice a réaffirmé sa confiance dans le professionnalisme de la presse ainsi que sa disponibilité à poursuivre le dialogue avec les acteurs des médias.
Fatou DIOP












