L’ancien ministre de l’Urbanisme Abdoulaye Saydou Sow a officiellement lancé, samedi à Kaffrine, son mouvement politique : Pacte Républicain, devant une foule imposante et en présence de l’Envoyée spéciale du Président Diomaye Faye, Aminata Touré. Entre hommage à Abdoulaye Wade, reconnaissance envers Macky Sall, critiques contre l’Apr et ouverture assumée envers le pouvoir, le maire de Kaffrine a laissé planer le doute sur son avenir politique, en promettant une réponse officielle, dans quinze jours, à l’invitation à rejoindre Kiiraay.
Kaffrine a peut-être assisté à l’un des premiers grands mouvements de recomposition politique de l’après-Apr. En lançant officiellement Pacte Républicain, Abdoulaye Saydou Sow a soigneusement construit un discours où se mêlent fidélité à son passé, rupture avec son présent et ouverture vers un nouvel avenir. Le moment le plus scruté de la cérémonie est venu d’Aminata Touré.
La main tendue de Mimi Touré
Devant une mobilisation qu’elle qualifiera d’«exceptionnelle», l’Envoyée spéciale du chef de l’État a lancé un appel direct au maire de Kaffrine. «Je ne doute point de votre engagement pour le bien des populations. C’est pourquoi je vous invite à rejoindre la grande famille de Kiiraay pour que nous développions ensemble le Sénégal aux côtés du Président Bassirou Diomaye Faye», a déclaré l’ancienne Première ministre.
Wade, le maître politique
Avant d’aborder son avenir, Abdoulaye Saydou Sow a tenu à raconter son histoire. Et cette histoire commence avec Me Abdoulaye Wade, qu’il présente comme son véritable initiateur en politique. «Il m’a transmis le courage, l’expertise et le sens de l’engagement. Je lui dois beaucoup.»
Un hommage appuyé à celui qu’il considère comme son premier mentor politique, avant de saluer également Macky Sall, avec qui il refuse de rompre dans l’amertume.
Une gratitude envers Macky Sall, mais une séparation assumée
L’ancien ministre de l’Urbanisme a reconnu ce que l’ancien président représente dans son parcours personnel et dans le développement de Kaffrine. «Je lui suis reconnaissant pour la confiance qu’il m’a accordée et pour tout ce qu’il a contribué à construire.»
Mais cette reconnaissance n’efface pas une conviction : depuis l’élection de Bassirou Diomaye Faye, le Sénégal est entré dans une nouvelle séquence politique qui exige, selon lui, une attitude républicaine. C’est dans cet esprit qu’il assume avoir participé au Dialogue national, malgré la position officielle de l’Apr. «Je ne regrette pas d’avoir participé à ce dialogue. Quand l’intérêt national est en jeu, il faut savoir dépasser les clivages.» Il rappelle d’ailleurs que Khalifa Sall et Karim Wade avaient eux-mêmes répondu aux appels au dialogue de Macky Sall malgré leurs profondes divergences.
Le malaise avec l’Apr éclate au grand jour
Le passage le plus politique de son intervention concerne son propre parti. Sans annoncer explicitement une rupture définitive, Abdoulaye Saydou Sow décrit un éloignement devenu difficilement compatible avec ses ambitions. «Je ne suis plus associé aux grandes décisions. Je ne suis plus suffisamment consulté sur certaines orientations.» Une frustration qu’il balaie face aux explications selon lesquelles ses responsabilités dans le football auraient justifié son effacement. «Le football occupe une partie importante de mon activité, mais je demeure un acteur politique.» Un message adressé autant aux dirigeants de l’Apr qu’à ses propres soutiens.
Diomaye et l’intérêt supérieur du Sénégal
Autre signal fort : son soutien à la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations-Unies. Pour lui, cette question dépasse les appartenances partisanes. «Sa réussite serait aussi une réussite pour le Sénégal et pour l’Afrique.» Il salue, au passage, la décision du Président Bassirou Diomaye Faye d’accorder le soutien officiel de l’État sénégalais à cette candidature.
La décentralisation comme colonne vertébrale
Au-delà des équilibres politiques, le maire de Kaffrine présente la philosophie de son nouveau mouvement. Selon lui, le développement du Sénégal doit désormais partir des territoires. «Nous ne pouvons pas toujours recommencer par le sommet. Il faut partir de la base.» Il plaide pour une décentralisation dotée de véritables moyens d’action et d’une cohérence programmatique capable de produire des résultats durables.
Il se donne quinze jours pour sa réponse
Répondant à Aminata Touré, Abdoulaye Saydou Sow lui adresse des remerciements chaleureux avant de lâcher une phrase qui a immédiatement capté l’attention de l’assistance : «votre appel n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd.» Pour autant, il refuse de précipiter sa décision. «J’ai bien entendu votre appel. J’en ai pris acte et je vous apporterai, dans les prochains jours, une position officielle, dans un sens comme dans l’autre.» Une formule qui laisse ouverte l’hypothèse d’un ralliement à Kiiraay et qui pourrait marquer une nouvelle étape dans la recomposition du paysage politique sénégalais, alors que plusieurs figures issues de l’ancien pouvoir semblent désormais graviter autour de la majorité présidentielle.
Nd. Kh. D. F













