À l’occasion d’une conférence de presse tenue le 2 avril 2026 à Dakar, la Confédération pour la démocratie et le socialisme (Cds), par la voix de son porte-parole Nicolas Ndiaye, a livré une charge frontale contre le régime de Bassirou Diomaye Faye. Au cœur des critiques : le refus de soutenir la candidature de Macky Sall à des fonctions internationales, mais aussi un bilan jugé «catastrophique» après deux ans de gouvernance.
Face à la presse, Nicolas Ndiaye n’a pas mâché ses mots. Le secrétaire général de la Ligue démocratique a vivement dénoncé la position des autorités sénégalaises concernant une éventuelle candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général de l’Organisation des Nations-Unies. Pour lui, le refus de Dakar de soutenir l’ancien chef de l’État constitue «une erreur stratégique majeure», dans un contexte où l’Afrique peine à faire entendre sa voix dans les grandes instances internationales. « Qui mieux qu’un Africain peut porter la voix de l’Afrique ? », s’est-il interrogé, plaidant pour une approche continentale au-delà des clivages politiques internes.
Selon Nicolas Ndiaye, cette posture des autorités actuelles manque de cohérence. Il souligne qu’aucune décision judiciaire n’a, à ce jour, établi de responsabilité à l’encontre de Macky Sall dans les accusations évoquées dans le débat public. «Deux ans après, il n’y a ni enquête aboutie ni jugement. Sur quelle base refuse-t-on de soutenir sa candidature ?», a-t-il insisté.
Une diplomatie jugée en perte de vitesse
Au-delà du cas de Macky Sall, la CDS inscrit cette décision dans une critique plus globale de la diplomatie sénégalaise. Pour Nicolas Ndiaye, le Sénégal traverse une phase de «perte d’influence» sur la scène internationale. Il évoque notamment une raréfaction des visites de chefs d’État, un manque de lisibilité dans les positions diplomatiques et une absence de cap stratégique clair. « La politique étrangère ne peut être guidée par l’émotion ou des considérations partisanes », a-t-il martelé, appelant à une approche fondée sur les intérêts supérieurs de la nation.
Dans un monde marqué par des défis globaux, les conflits, changement climatique, la pauvreté, il estime que l’Afrique doit parler d’une seule voix et soutenir ses candidats dans les instances internationales.
Un réquisitoire sévère contre deux ans de gouvernance
Mais la critique ne s’arrête pas à la diplomatie. Lors de cette conférence de presse, la Confédération pour la démocratie et le socialisme (Cds) a dressé un bilan extrêmement sévère des deux premières années du régime de Bassirou Diomaye Faye. D’entrée, Nicolas Ndiaye a dénoncé «une rupture politique qui se serait transformée en désillusion». Selon lui, «le Sénégal, loin d’avoir été relevé, a été fragilisé», pointant une gouvernance marquée par «l’improvisation» et «la conflictualité permanente». La Cds parle même d’une «décadence multiforme de l’État et de la société», traduisant un profond malais face à l’évolution du pays depuis l’alternance.
Une gestion économique sous le feu des critiques
Sur le plan économique et social, l’opposition dénonce une gestion jugée «erratique». Elle accuse le pouvoir d’avoir érigé «l’imprudence en doctrine» financière, tout en multipliant les décisions perçues comme hostiles à la production. Parmi les griefs avancés figurent la cherté persistante de la vie, les difficultés dans la commercialisation de l’arachide et une vague de licenciements estimée à plus de 30.000 emplois. «Le monde rural vacille», alerte la Cds, qui estime que de nombreuses familles ont été plongées dans la précarité. Pour Nicolas Ndiaye, le contrat social est aujourd’hui rompu. Il reproche au régime d’avoir «dramatisé à l’excès la situation héritée», sans en mesurer les conséquences sur l’économie et la cohésion sociale.
La Cds pointe également un affaiblissement des institutions. Elle dénonce une justice qu’elle considère comme «instrumentalisée» et s’inquiète d’un recul des garanties démocratiques. Sur le plan international, elle évoque une voix du Sénégal «en retrait», contrastant avec l’image d’influence et de stabilité que le pays avait su construire au fil des décennies.
Un appel à un «sursaut national»
Face à ce qu’elle qualifie de «descente progressive dans l’enfer», la Confédération pour la démocratie et le socialisme appelle à une mobilisation des forces démocratiques. Nicolas Ndiaye exhorte à la construction d’une alternative politique crédible en vue des prochaines échéances électorales. La coalition affirme avoir recensé 27 promesses majeures du régime actuel, dont 22 auraient échoué, quatre seraient en cours de réalisation et une seule effectivement concrétisée, citant notamment le déguerpissement des marchands ambulants. «L’inaction serait une faute, le silence une complicité», a averti le porte-parole de la Cds, appelant à une prise de conscience collective.
Fatou DIOP














