La polémique autour de l’usine de fabrication de couches et de serviettes hygiéniques Softcare prend une nouvelle tournure. En conférence de presse hier, la jonction des luttes entre le Syndicat autonome des médecins pharmaciens et chirurgiens-dentistes du Sénégal (Sames) et le Syndicat unique des travailleurs de la santé et de l’action sociale (Sutsas) a frontalement contesté les déclarations du ministre de la Santé, Ibrahima Sy. Les syndicalistes affirment disposer de preuves formelles de la présence de matières premières périmées lors de l’inspection et annoncent une grève imminente.
Quelques jours après la sortie du ministre de la Santé et de l’Action sociale, Ibrahima Sy, venu assurer que les produits de l’entreprise Softcare ne présentent « aucun risque sanitaire pour les usagers », les syndicats du secteur pharmaceutique et sanitaire ont décidé de monter au créneau. Réunis dans une conférence de presse organisée ce mardi 10 mars à Dakar, les responsables du Syndicat autonome des médecins pharmaciens et chirurgiens-dentistes du Sénégal (Sames) et du Syndicat unique des travailleurs de la santé et de l’action sociale (Sutsas) ont apporté un démenti cinglant aux affirmations du ministre. Porte-parole du jour de la jonction des luttes entre les deux syndicats et l’Autorité de régulation pharmaceutique, Mariama Thiam a été catégorique : « contrairement aux déclarations officielles, la présence d’intrants périmés dans l’enceinte de production de l’entreprise a bel et bien été constatée lors de l’inspection ».
Les gendarmes cités comme témoins
Face à la presse, la responsable syndicale a assuré que les inspecteurs de l’Autorité de régulation pharmaceutique (Arp) ont effectué leur mission dans des conditions parfaitement régulières et transparentes. Selon elle, l’inspection s’est déroulée en présence d’éléments de la gendarmerie, ce qui confère, d’après les syndicats, un poids supplémentaire aux constats réalisés sur place. « Contrairement à l’affirmation du ministre, nous confirmons sans ambiguïté la présence de matières premières périmées dans l’enceinte de production de couches et de serviettes hygiéniques, en compagnie des gendarmes », a déclaré Mariama Thiam. Pour les syndicalistes, les faits sont clairs et documentés. Ils soutiennent que l’entreprise détenait effectivement 1 300 kilogrammes de matières premières périmées au moment de l’inspection. Pire, affirment-ils, les responsables de l’entreprise auraient eux-mêmes présenté aux membres du comité une quantité encore plus importante d’intrants périmés que celle initialement signalée par les inspecteurs.
Les inspecteurs « désavoués » par le ministre
Les syndicats n’ont pas caché leur indignation face à la prise de position du ministre. Selon eux, en affirmant publiquement que les produits de l’entreprise ne présentent aucun danger sanitaire, Ibrahima Sy aurait choisi de défendre la version de la société Softcare plutôt que celle de ses propres services techniques. « Le ministre a choisi d’être l’avocat de Softcare et de désavouer publiquement des agents assermentés », a dénoncé Mariama Thiam.
Les inspecteurs de l’Autorité de régulation pharmaceutique sont, selon les syndicats, les seules habilités à mener ce type d’inspection. Ils rappellent que ces agents sont reconnus au niveau régional et international pour leur expertise dans le domaine de la réglementation pharmaceutique. De ce point de vue, les responsables syndicaux estiment que les déclarations du ministre remettent directement en cause la crédibilité et l’indépendance du système national de régulation.
Une non-conformité jugée « critique »
Au-delà de la polémique politique, les syndicats insistent sur la gravité technique de la situation. Pour eux, « la présence d’intrants périmés dans une chaîne de production constitue en elle-même une non-conformité majeure dans l’industrie pharmaceutique et parapharmaceutique ». Ils estiment que ce seul élément aurait dû conduire automatiquement à l’application de mesures conservatoires strictes, notamment la suspension de la production ou le retrait des produits concernés. « La présence d’intrants périmés au cours du processus de fabrication constitue en elle-même une non-conformité critique justifiant des mesures conservatoires immédiates », ont martelé les représentants syndicaux.
Les organisations professionnelles pointent également d’autres irrégularités constatées lors de l’inspection. Elles évoquent notamment « l’absence de mentions légales obligatoires clairement identifiables sur les produits finis fabriqués par l’entreprise ». Selon les syndicalistes, « cette situation traduit un défaut de traçabilité des produits et révèle l’absence d’un véritable système de qualité au sein de l’usine » dénonce la dame remontée contre la tutelle.
Une crise révélatrice de dysfonctionnements
Pour la jonction des luttes entre le Sames et le Sutsas, cette affaire dépasse largement le cas de l’entreprise Softcare. Mariama Thiam estime que « cette controverse met en lumière des dysfonctionnements profonds dans la gouvernance de l’Autorité de régulation pharmaceutique, l’instance chargée de contrôler la qualité et la sécurité des produits de santé au Sénégal ». Les syndicats redoutent notamment que « des décisions politiques viennent fragiliser l’indépendance technique de l’institution et affaiblir les mécanismes de contrôle censés protéger les populations ». Ils avertissent également que « cette situation pourrait nuire à la crédibilité du système de régulation pharmaceutique sénégalais auprès des partenaires internationaux et des bailleurs ».
La menace d’une grève imminente
Face à ce qu’ils considèrent comme une remise en cause du travail des inspecteurs, les syndicats ont décidé de durcir le ton. Ils ont annoncé la mise en place d’une jonction des luttes entre les différentes organisations du secteur de la santé. Dans cette dynamique, une première grève régionale à Dakar est d’ores et déjà annoncée, avant une éventuelle extension du mouvement à l’échelle nationale. « Face à cette situation, nous vous annonçons la perspective de luttes communes pour le retour de l’orthodoxie à l’Autorité de régulation pharmaceutique par une première et imminente grève commune régionale de Dakar, puis secondairement nationale », ont déclaré les responsables syndicaux. Les organisations professionnelles demandent au ministre de la Santé « d’apporter des explications claires sur les raisons qui ont conduit à la levée des mesures conservatoires initialement prises à l’encontre de l’entreprise ». Pour les syndicats, l’opinion publique sénégalaise et les partenaires du pays sont en droit d’obtenir toute la transparence sur ce dossier qui touche directement à la sécurité sanitaire.
Baye Modou SARR












