Les fonds d’investissement au Sénégal ont fait l’objet d’un large tour d’horizon par les experts et acteurs des finances lors du Forum Dakar Business Connect. Il est ressorti des débats une réalité brutale. En effet, L’implication des bailleurs de fonds et les institutions multilatérales de développement permettent de créer une certaine confiance et accélèrent la levée des ressources. Mais aussi de tirer vers le bas le coût de mobilisation des ressources. En l’absence de ces intermédiaires privilégiés, le coût de mobilisation des ressources sera beaucoup plus élevé.
La deuxième édition du Forum Dakar Business Connect, organisée par le magazine économique et financier « Le Marché » sur le thème principal « les fonds d’investissement au Sénégal » a réuni experts et acteurs de l'écosystème financier sénégalais et régional. « Un fonds d’investissement est une structure qui collecte des investissements publics et privés dans le but de les investir sur la base d’une politique bien définie ou une politique spécifique en vue d’une sortie future », a indiqué Manisor Thiam, Consultant et banquier d’affaires, en guise de définition dans son intervention sur le panel : « Comment les fonds d’investissement contribuent-ils au financement des projets publics » ? Le fondateur de Icone capital, Sidy Niang, de préciser, dans la foulée, qu’un fonds d’investissement prend une participation au capital, contrairement à la banque qui fait un prêt avec intérêt. Ce qui renvoie, dit-il, à la notion de risque.
Le diktat des bailleurs sur la mobilisation des ressources
Dans un contexte où le Sénégal est très actif sur le marché financier avec l’accompagnement, notamment de la Sgi Invectus, pour lever des ressources en vue du financement de son budget, le Burkinabé Constantin Dabiré, expert financier et Pdg de la société de gestion et d’intermédiation (Sgi) Sa2if, relève que les Sgi travaillent souvent en partenariat avec les bailleurs de fonds internationaux et avec des banques multilatérales de développement dans la structuration de projets en amont. A l’en croire, la structuration permet l’accélération du projet et l’implication des institutions de développement crée une certaine confiance et facilite la levée de la ressource. « L’intervention des banques multilatérales de développement et l’intervention de certains bailleurs de fonds internationaux permettent de tirer vers le bas les coûts de mobilisation de la ressource. Mais, quand vous levez des fonds sur un marché sans l’intervention de ces intermédiaires privilégiés, le coût de mobilisation sera plus élevé », explique M. Dabiré sur cette réalité. Ce qui est intéressant, ajoute-t-il, dans les opérations des marchés financiers, c’est la visibilité qu’elles donnent aux acteurs qui y vont. « Lorsque le Sénégal lève des fonds sur le marché, cela veut dire que le Sénégal a réussi à lever les barrières et cela crée une crédibilité pour les banques et les partenaires au développement qui auront envie de travailler avec l’Etat du Sénégal. Cela a un coût. C’est le coût d’opportunité et c’est le prix à payer pour être plus visible, avoir plus de partenaires et plus de chance de diversifier ses sources de financement », souligne Pdg de Sa2if.
Sans infrastructures publiques ou projets publics, il n’y a point d’émergence
Pour sa part, le Consultant et banquier d’affaires, Manisor Thiam est revenu sur les limites de l’Etat à pouvoir mobiliser des ressources pour ses projets publics ou projets d’utilité public, entre autres, financés par allocation budgétaire. Selon le consultant, il est très difficile en l’absence d’une bonne notation exacerbée par les réalités quotidiennes ou politiques de lever des fonds sur les marchés. Ce qui limite, dit-il, dans ses allocations. Poursuivant, il révèle que la situation du Sénégal avec les institutions internationales limite ses coopérations bilatérales et multilatérales. Or, il est d’avis que sans infrastructures publiques ou projets publics, il n’y a point d’émergence, il n’y a point de transformation, il n’y a point de développement.
Un déficit de 1700 milliards Cfa pour le financement des infrastructures
De l'avis de Manisor Thiam, le besoin en investissement public est estimé à 15% du Pib, soit à peu près à 32,5 milliards de dollars. A l’en croire, le Sénégal est aux alentours de 5 milliards de dollars, soit selon les statistiques, à 35 ou 40% d’infrastructures qui sont financés. « Ce qui veut dire qu’on a un déficit de 3 milliards de dollars, soit environ 1700 milliards francs Cfa pour le financement des infrastructures au Sénégal », annonce M. Thiam qui reste persuadé que les fonds d’investissement sont une réponse, ainsi que d’autres mécanismes de financement techniques pour combler ce déficit. « En Afrique, le besoin en infrastructures est immense et les banques que nous avons ne sont pas en mesure de répondre à ces besoins. L’autre problématique, nous avons une population très jeune, un taux de croissance de nos populations, nettement supérieur aux taux de croissance de nos Pib. Face à cette situation, il faut voir comment les acteurs de la finance peuvent collaborer en vue de trouver une solution ; en plus des partenariats publics-privés, mais aussi, aller au-delà », ajoute Constantin Dabiré.
La souveraineté ne se déclare pas, elle se travaille
Interpellé sur l’absence de champions nationaux au Sénégal, le fondateur de Icone capital, Sidy Niang lie cette situation au manque de confiance envers les entrepreneurs africains, notamment dans notre pays. « Les banques ne font pas confiance aux entrepreneurs et attendent que le succès vienne d’ailleurs. On commence à comprendre que la souveraineté ne se déclare pas, elle se travaille. Et, pour y arriver, il va falloir que tous les acteurs y contribuent et que nous ayons des entrepreneurs qui savent réfléchir global et non pour leurs poches. Pour arriver à ce changement de mentalité qui est culturelle - que ce soit au niveau des banques, que ce soit au niveau des entrepreneurs - nous allons y arriver », explique M. Niang. Cependant, en dépit des difficultés économiques qui assaillent le pays, il est d’avis que c’est le moment d’investir au Sénégal, persuadé que la situation va évoluer dans les 10 ou 15 prochaines années.
M. CISS













