Vingt (20) mois que le patron de Locafrique croupit en prison sans aucune évolution concrète dans son dossier, une injustice que ses collègues acteurs économiques ne cautionnent pas du tout. C’est la raison pour laquelle le Groupe secteur privé et développement (Gspd) et le Conseil national des dirigeants d'entreprise du Sénégal (Cndes) ont fait face à la presse, hier, pour dénoncer l’emprisonnement de Khadim Ba, mais aussi faire entendre leurs préoccupations concernant la situation économique du pays. Birane Yaya Wane, qui animait la rencontre, a profité de l’occasion pour plaider en faveur d’une restructuration de la dette sénégalaise.
Le maintien de Khadim Ba en prison est incompréhensible pour le président du Conseil national des dirigeants d’entreprises du Sénégal (Cndes), Birane Yaya Wane. Ce dernier a vivement dénoncé l’emprisonnement de Khadim Ba, qu’il qualifie d’« injustice qui ne peut plus durer ». M. Wane estime que les éléments du dossier ne justifient pas, au regard de la loi, l’incarcération de l’opérateur économique sénégalais détenu depuis 2024.
Selon le président du Conseil national des dirigeants d’entreprises du Sénégal (Cndes), les documents consultés par son organisation, notamment ceux produits par les avocats de Khadim Ba ainsi que par l’expert-comptable désigné dans le cadre de l’affaire, démontreraient l’absence de manquements susceptibles de justifier son maintien en prison. Il affirme que ni la Société africaine de raffinage (Sar) ni la Direction générale des Douanes n’ont formellement reproché à Khadim Ba une quelconque défaillance dans les opérations qui lui sont imputées.
Le président du Cndes souligne également que plusieurs correspondances échangées entre les différentes parties ne feraient état d’aucun manquement concernant la livraison de carburant. Il relève par ailleurs qu’un autre mis en cause dans le dossier, lié à Coris Bank, a bénéficié d’une libération, alors qu’il était poursuivi pour des faits similaires.
Birane Yaya Wane rappelle que Khadim Ba fait l’objet de poursuites portant notamment sur l’utilisation présumée de faux documents liés à des cargaisons pétrolières, des droits d’importation supposément impayés et des accusations relatives au rapatriement de devises.
D’après lui, chacune de ces accusations est contestée par des éléments matériels et des conclusions d’expertise judiciaire.
Concernant les cargaisons qualifiées de « bateaux fictifs », il affirme que la Sar, présentée comme importatrice des produits concernés, a officiellement attesté de leur arrivée effective au Sénégal ainsi que du paiement des droits de douane correspondants. Il ajoute que l’expert judiciaire mandaté par le tribunal aurait confirmé ces éléments, tout comme les services compétents de Dakar Pétrole.
Sur la question du rapatriement des devises, le président du Cndes soutient que les opérations financières visées ont été réalisées dans le respect des règles en vigueur et validées par la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (Bceao). Il affirme également que l’expertise judiciaire conclut que Khadim Ba aurait rapatrié un montant largement supérieur à celui qui lui est réclamé.
Birane Yaya Wane critique également les conditions de l’interpellation de l’homme d’affaires. Selon lui, Khadim Ba a été arrêté la veille de la date prévue pour sa convocation et auditionné sans la présence de ses avocats. Il affirme que plusieurs acteurs directement concernés par les opérations visées, notamment la Sar, les banques et les transitaires, n’ont pas été suffisamment pris en compte dans l’enquête, alors que Khadim Ba n’était pas l’importateur direct des produits incriminés.
Le président du Cndes dit ne pas comprendre comment on peut emprisonner cet acteur qui a joué un rôle majeur dans la sécurisation de l’approvisionnement énergétique du Sénégal entre 2011 et 2022, notamment en préfinançant certaines importations de produits pétroliers, lorsque la Sar rencontrait des difficultés de trésorerie.
Selon lui, ses interventions ont permis d’éviter des perturbations majeures dans la fourniture d’électricité à travers le pays durant cette période.
Face à cette situation, Birane Yaya Wane appelle les autorités à garantir à Khadim Ba un procès qu’il souhaite « équitable et transparent ». Il invite également le président de la République à examiner les failles qu’il estime exister dans le Code des douanes, qu’il juge particulièrement contraignant pour les justiciables.
Le responsable patronal demande notamment des explications sur ce qu’il considère comme un traitement différencié entre certains opérateurs économiques et plaide pour une réforme du dispositif permettant un meilleur contrôle judiciaire des procédures douanières.
Birane Yaya Wane a profité de cette intervention pour dénoncer aussi les difficultés auxquelles est confronté le secteur privé sénégalais. Il estime que les acteurs économiques ne sont pas suffisamment associés aux politiques publiques de développement et appelle à un dialogue renforcé entre l’État et les entreprises.
Sur un autre registre beaucoup plus technique, M. Wone a évoqué les tensions de trésorerie que l’Etat du Senegal rencontre présentement, et qui se répercutent sur les acteurs économiques. « Impossible de parler de tension de trésorerie sans parler de la dette publique du Sénégal pour l’année 2026, au regard de la détérioration de la situation des finances publiques. Ce point éclaire sur un risque de crise de liquidités et de défaut du Sénégal en cette année 2026 », signale-t-il.
Au nom des acteurs économiques, Birane Yaya Wane a plaidé pour « une restructuration organisée de la dette du Sénégal en 2026 afin d’éviter un scénario chaotique imposé par le marché, les agences de notation, les banques d’affaires etc. »
Expliquant pourquoi une restructuration semble inévitable, M. Wane assure que les marchés intègrent déjà l’hypothèse d’un défaut, forte décote sur les eurobonds, au-delà des 1500 points de base et un accès fermé au marché international. Le resserrement monétaire de la banque comme la Bceao contribue à l’assèchement du soutien des banques multilatérales de développement sous-régionales comme la Bad, qui restreignent fortement les liquidités pour le pays ».
Pour lui, le consensus macroéconomique n’est pas de savoir s’il faut restructurer, mais de choisir entre un défaut désordonné lourd de coûts sociaux et une restructuration négociée et crédible.
Nd. Kh. D. F












