Depuis 23 ans, l'agent de l'hôpital Aristide Le Dantec, Ndèye Fily Diagne, court derrière sa parcelle de 150 mètres carrés sise à Kounoune, attribuée par la coopérative mise en place en 2003 par les agents dudit district sanitaire. Elle poursuit le maçon Sada Arona Mbodj pour des faits d'occupation illégale de terrain appartenant à autrui et lui réclame 20 millions de dédommagement devant le tribunal correctionnel de Dakar où l'affaire a été examinée jeudi 6 août 2026.
Si le bon Dieu ne lui prête pas une longue vie, la retraitée Ndèye Fily Diagne ne va certainement pas connaître l'issue de cette procédure judiciaire qu'elle a engagé depuis 2023 contre Sada Arona Mbodj, parce que les batailles judiciaires peuvent durer des années. Au moment où ses collègues ont construit et habité, elle court derrière une procédure judiciaire pour entrer en possession de son dû. Ancienne agente de l'hôpital Aristide Le Dantec, cette mère de famille, court depuis 23 ans derrière sa parcelle qui aurait été illégalement occupée par ce maçon. En effet, lorsque la coopérative des agents de l'hôpital Aristide Le Dantec a été mise en place, cette bonne dame, pour bénéficier d'un terrain, avait cotisé comme bon nombre de ses collègues. Ainsi, après que le personnel de santé a terminé les versements, il leur a été alloué un lotissement à Kounoune avec une délibération qui date de 2003. À cet effet, tout comme ses autres collègues qui ont reçu leurs terrains, le lot 78 de l'îlot G d'une superficie de 150 a été attribué à Ndèye Fily Diagne avec des documents certifiés par les autorités de l'époque. Mais, curieusement, le même lot a été affecté à Arame Mbengue, épouse de Cheikh Wade. Par la suite, ce dernier a vendu le terrain litigieux à Sada Arona Mbodj. Ce qui a valu à celui-ci le délit d'occupation illégale de terrain appartenant à autrui que lui reproche Ndèye Fily Diagne.
L'affaire a été examinée par la première chambre du tribunal correctionnel de Dakar jeudi 6 août 2026, en présence de toutes les parties.
À la barre, Sada Arona Mbodj a indiqué avoir acheté le terrain en question en 2006 à 1 million de F Cfa auprès de Cheikh Wade. sur la base d'une délibération. Il a même expliqué avoir obtenu une autorisation d'attribution de la famille. "Cheikh Wade m'a vendu cette parcelle qui était au nom de Arame Mbengue, sa femme", a-t-il ajouté.
Quant à la victime Ndèye Fily Diagne, elle dit avoir reçu une délibération datant de 2003 de la communauté rurale de Sangalkam d'alors. Cette dernière lui a attribué ladite parcelle qui est le lot 78 de l'îlot G. Sur interpellation du parquet, elle dit qu'elle ne connaissait pas Cheikh Wade. Toutefois, elle a tenu à préciser que seuls les agents de l'hôpital Le Dantec habitent ce site, qui leur a été attribué et où se trouvait cette parcelle qu'elle réclame. "Si on n'a pas adhéré à la coopérative, on ne peut pas avoir de terrain. J'ai cotisé jusqu'à terme avant qu'on ne m'attribue ma parcelle", déclare-t-elle.
Le problème de la vente
Nœud central de cette procédure, Cheikh Wade a été cité en qualité de témoin. Alors que la plaignante Ndèye Fily Diagne dit avoir acquis la parcelle en 2003, lui dit l'avoir vendu à Sada Arona Mbodj en 2006, alors qu'il était muté au nom de son épouse Arame Mbengue. Et quand le juge lui a signifié qu'au moment de la vente, il a mis son nom dans l'acte de cession et non celui de son épouse, il explique : "quand je mettais le nom de ma femme sur le terrain, j'étais le représentant des jeunes du Pds du village de Kounoune; période où la maire a été dirigée par le ministre Oumar Guèye. C'est à cette date que la vente a eu lieu entre moi et Sada. La délibération de la dame date de 2010 et la mienne de 2006. Elle l’a obtenue 4 ans après ma délibération. Pour ce qui est de Sada, c'est moi qui ai introduit la demande de mutation. Pour l'obtention de son titre, j'ai déposé un acte de délibération et un acte de cession qui étaient au nom de ma femme Arame Mbengue". Cheikh Wade a indiqué que c'est le président de la communauté rurale d'alors qui le lui avait offert avant qu'il ne l'offre à son tour à son épouse. Ce qui contraste avec ses déclarations faites à la police, parce que devant les enquêteurs, il avait déclaré que le maire de Sangalkam de l'époque, Oumar Guèye, lui avait offert 10 terrains dont celui dont la paternité est contestée.
Autres irrégularités de la procédure, Cheikh Wade a vendu la parcelle à Sada Arona Mbodj alors qu'il n'avait même pas mandat pour le faire. Mais, il a soutenu avoir vendu avec l'aval de son épouse, Arame Mbengue.
Me François Kandjiack Senghor, l'avocat de la dame Ndèye Fily Diagne, a qualifié Sada Arona Mbodj d'être le "seul intrus" qui habite dans ce site attribué aux agents de l'hôpital, alors qu'il n'est pas agent de santé. D'ailleurs, il estime qu'en 2003, la période où coopérative avait obtenu sa délibération, Cheikh Wade n'en avait pas une qui était établie à son nom. Il n'avait aucun droit sur ce terrain, martèle la robe noire qui a attesté que c'est l'actuel maire de Bambilor qui a délivré au sieur Sada Arona Mbodj cette notification qui n'est pas conforme à la loi. Me Senghor a demandé au tribunal d'écarter cet acte déposé par Arona et qui n'est pas conforme à la loi. En définitive, le conseil de la partie civile a soutenu que ce dernier ne pouvait pas disposer d'un terrain là-bas puisqu'ils appartiennent à la coopérative des agents de l'hôpital. Ainsi, il a demandé au juge de le condamner à payer la somme de 20 millions de dédommagement à sa cliente qui ne peut pas entrer en possession de son terrain, alors qu'elle avait d'après lui cotisé à cette coopérative depuis 2003.
À la suite du procureur qui a requis l'application de la loi pénale, Me Diabone de la défense a pour sa part défendu l'argumentaire selon lequel son client Sada Arona Mbodj a acquis le terrain avec un acte de cession qui a été délivré par Cheikh Wade. Le conseil d'ajouter que la délibération de Arame Mbengue date de 2003 comme celle de la partie civile, Ndèye Fily Diagne. Il a demandé au tribunal de relaxer son client tout en déboutant la partie civile de sa demande en réparation, parce que son client a investi plus de 50 millions sur cette parcelle où il a construit un R+1. Délibéré au 19 novembre 2026.
Fatou D. DIONE












