Le Premier ministre limogé, les députés du groupe parlementaire Takku-Wallu ont décidé de lui fermer la porte de l’Assemblée nationale. Face à la presse, Me Aïssata Tall Sall a démontré que Ousmane Sonko a perdu son statut de député et vouloir l’installer à l’Assemblée nationale s’apparente à un coup d’État institutionnel. Aussi a-t-elle appelé le président Diomaye à sévir en saisissant d’un avis le Conseil constitutionnel. A l’en croire, si ce coup de force passe, la majorité va s’attaquer au fauteuil du chef de l’Etat.
Après le limogeage du Premier ministre suivi de la démission du présidant de l’Assemblée nationale, le groupe parlementaire Takku-Wallu a fait face à la presse hier pour un «exercice de clarification, mais surtout, un exercice d'alerte» sur ce qui se passe à l’Assemblée nationale, selon Me Aissata Tall Sall, présidente du groupe parlementaire de l’opposition. D’emblée, elle fait remarquer que cette démission du président de l’Assemblée nationale est illégale. «La démission de Malick Ndiaye n'a pas respecté les dispositions de l’article 15 du Règlement intérieur», rapporte Me Aissata Tall Sall qui précise, dans la foulée, que Malick Ndiaye n’a pas informé le premier vice-président et, celui-ci, à son tour, n'a pas fait le constat auprès du bureau et n'a pas non plus réuni la plénière. «Le président Malick Ndiaye s'est contenté de lire une lettre de démission simple pour tirer la conséquence qu’il n’est plus président de l'Assemblée nationale», constate la patronne de Takku-Wallu qui en déduit que cette «démission est nulle et non avenue. Elle est surtout dangereuse», s’indigne l’avocate.
«Cette démission est nulle et non avenue. Elle est surtout dangereuse»
Sur un autre point, celui de la réintégration de Ousmane Sonko en sa qualité de député, la présidente du groupe parlementaire de l’opposition s’est encore fondée sur le règlement intérieur, mais aussi sur la Constitution, notamment à son article 54, pour dénier au président de Pastef son statut de député. Poursuivant, elle a brandi l’article 123 du Règlement intérieur sur les incompatibilités pour étayer son propos. «Le mandat de député est incompatible avec la qualité de membre du gouvernement», ajoute la patronne de Takku-Wallu qui rappelle que le 2 décembre 2024, Ousmane Sonko était député et membre du gouvernement. « Quand on est membre du gouvernement et en même temps député, on vous laisse la possibilité pendant 8 jours d'opter et de faire un choix », ajoute Me Aissata Tall Sall toujours dans sa lecture de l’article 123 du règlement intérieur.
L’article 124 ne règle pas le cas de Ousmane Sonko
A l’en croire, Ousmane Sonko avait fait son choix dès le premier jour et elle en veut pour preuve sa déclaration à sa sortie de l’hémicycle indiquant qu’il va maintenir ses fonctions de Premier ministre et démissionner de l'Assemblée nationale. « Le seul fait pour lui de garder ses fonctions de Premier ministre 8 jours après l'installation de l'Assemblée nationale, le rendait démissionnaire d'office », renchérit l’avocate qui estime que le patron de Pastef devait écrire pour conformer sa situation, abandonner ou surseoir à ses responsabilités administratives, rester avec son mandat de député. Me Aissata Tall martèle que les articles 123 et 124 sont très voisins, mais totalement différents. A Sonko, tranche-t-elle, il ne s’applique que la démission définitive et la démission irrévocable.
Si on laisse passer, il s’agira d’un coup d’État institutionnel
En outre, dit-elle, si le forcing que la majorité veut imposer passe, il s'agira d'un coup d'État institutionnel. «Si nous laissons la situation telle qu'elle, ça veut dire que sans être élu ou après avoir été élu et perdu totalement votre mandat, vous pouvez revenir et prétendre à être président de l'Assemblée Nationale. Au nom de quoi devrions-nous accepter cela ? On ne l'acceptera pas. Nous ne pouvons pas accepter que les institutions soient dévoyées pour régler une situation politique, encore moins une situation personnelle», fait remarquer Me Tall qui se désole néanmoins de constater qu’en pareille situation, les députés ne peuvent faire aucun recours devant le Conseil Constitutionnel.
Takku-Wallu interpelle Diomaye et le met en garde
Par ailleurs, le groupe parlementaire Takku-Wallu estime que la solution appartient au président de la République. « Nous lui demandons, de la façon la plus solennelle, de la façon la plus grave, mais de la façon la plus respectueuse, d'assumer cette responsabilité au nom du peuple qui l'a élu et sur la base du serment qu'il a prêté. L'Assemblée nationale est menacée. Et quand l'Assemblée nationale aura fini d'être soumise aux diktats illégaux de la majorité, c'est à son fauteuil que l'Assemblée s'attaquera. Tout ce qui se dessine tend vers ça. Donc, il doit protéger les institutions, il doit protéger l'Assemblée Nationale. La Constitution lui donne le pouvoir de demander un avis au Conseil constitutionnel sur la légalité du retour de Ousmane Sonko à l’Assemblée nationale», souligne l’avocate qui se propose même de rédiger la saisine, persuadée que les sept sages diront que c’est impossible.
M. CISS












