Un autre cas révélé par la Centif dans son rapport 2025 concerne une affaire présumée de blanchiment de capitaux en lien avec des faits présumés de corruption dans le secteur du Btp. Un cadre technique au sein d’une structure publique chargée de la supervision de travaux d’infrastructure, qui a un salaire mensuel de 1.300.000, se retrouve, sur une courte période, avec des virements d’un montant total de 85.000.000 F Cfa dans son compte bancaire. Chose curieuse : les virements ont été émis par une entreprise attributaire d’un important marché public de construction dont le cadre assure précisément le contrôle technique pour le compte de la structure publique. Nous reproduisons in extenso les soupçons de la Centif.
Le présent cas concerne un agent public, cadre technique au sein d’une structure publique chargée de la supervision de travaux d’infrastructure, dont le salaire mensuel connu s’établit à 1.300.000 F Cfa environ. Son compte bancaire personnel a enregistré, sur une courte période, des virements d’un montant total de 85.000.000 F Cfa, émis par une entreprise, attributaire d’un important marché public de construction dont le fonctionnaire assure précisément le contrôle technique pour le compte de la structure publique.
Une justification tirée par les cheveux
Pour justifier ces fonds, le cadre technique a produit une facture relative à un achat de véhicules émise par une société tierce, sans lien apparent avec ses fonctions ni avec l’objet du marché public. Peu après la réception des virements, il a émis deux chèques pour un montant total de 60.000.000 F Cfa au profit d’un employé de l’Entreprise, puis a procédé au retrait en espèces du solde.
Tentative de fractionnement ou de redistribution des fonds
L’examen du schéma transactionnel a mis en lumière une séquence typique : une phase de placement, matérialisée par le transfert des fonds depuis l’entreprise attributaire du marché vers le compte personnel du cadre technique; une phase de dissimulation caractérisée par l’usage de justificatifs apparaissant non cohérents (factures d’achat de véhicules) et par reversement des fonds à un tiers rattaché à l’entreprise émettrice ; une phase d’intégration par retraits importants en espèces, de nature à réduire la traçabilité bancaire des sommes en cause.
Plusieurs éléments d’alerte ressortent de l’analyse : La disproportion manifeste entre les montants reçus (85.000.000) et les revenus déclarés de l’agent (1.300.000/mois), l’existence d’un lien direct entre les flux financiers et une entreprise placée sous son contrôle technique ; le recours à une justification qui ne paraît pas économiquement cohérente au regard du contexte ; et l’intervention d’un tiers, susceptible de traduire une tentative de fractionnement ou de redistribution des fonds.
Ce cas illustre ainsi le risque que représente l’utilisation de comptes personnels d’agents publics pour recevoir des fonds d’entreprises privées contractantes de l’État, lorsque ces flux apparaissent incompatibles avec le profil financier du titulaire et sont suivis d’opérations de dissimulation ou de retrait rapide en espèces, caractéristiques de mécanismes de blanchiment de capitaux en lien avec des faits de corruption présumée.













