Pour faire sortir le Sénégal du « quatrième sous-sol » dont fait allusion le chef du gouvernement à chacune de ses prises de parole, Ousmane Sonko s’est attaqué très tôt à la relecture de plusieurs contrats dans plusieurs domaines, en vue d’une éventuelle renégociation. Il a ainsi mis en place un comité dédié, basé à la Primature, pour étudier et réévaluer les dispositions des conventions en vue de faire profiter le Sénégal du maximum de ses ressources. Dans son face à face avec la presse, hier, entouré des ministres en charge des secteurs à l’ordre du jour, le Premier ministre a fait l’économie des résultats obtenus pour le moment par ledit comité. Ce qui se chiffre, selon lui, à des centaines de milliards de gains pour le Sénégal.
« Sur autorisation du président de la République, nous avons mise en place un comité dirigé par El Hadji Ibrahima Diop, chargé de la relecture, l’examen et éventuellement de la renégociation des conventions », a déclaré d’emblée le Premier ministre face à la presse, hier. D’après Ousmane Sonko, dès l’accession au pouvoir du Président Bassirou Diomaye Faye, ils se sont attelés à dénoncer des conventions qui ont été signées durant ce qu’il appelle la période critique : des conventions signées à la va-vite, durant la campagne électorale, durant l’élection où même après l’élection. Ousmane Sonko de dédouaner totalement les partenaires avec qui le Sénégal a signé ces contrats. « Les principaux fautifs sont ceux à qui nous avions confié nos ressources ; un homme d’affaires reste un homme d’affaires, si vous lui donnez 100%, il n’hésitera pas à les prendre. Nous ne sommes pas là pour jeter l’opprobre sur une quelconque structure ou indexer une structure particulière, parce que tous nos partenaires ont été souvent très collaboratifs. Ce qui nous a permis d’aboutir à des accords et éviter les contentieux longs, lourds et inutiles », déclare Ousmane Sonko, qui renseigne que ces contrats concernent le secteur de la téléphonie, du dessalement de la mer, la cimenterie…
A l’en croire, le comité a d’abord travaillé sur le secteur minier qu’il définit comme un secteur à problèmes. « Il a examiné les contrats avec un certain nombre de structures dont les Industries chimiques du Sénégal (Ics). Il y a eu parallèlement une mission de l’Inspection générale d’Etat qui a abouti quasiment aux mêmes conclusions que celles du comité, à la différence que ce dernier a travaillé à identifier les manquements et à les chiffrer, particulièrement avant de proposer des axes de renégociations », explique Ousmane Sonko, selon qui le Sénégal a été lésé de 1075,9 milliards tournant autour du non-paiement des taxes et redevances à travers des exonérations fiscales sur des bases légales inexistantes. Il y a aussi eu des opérations qui ont privé l’Etat du Sénégal de sa participation dans ces sociétés sur des bases erronées et fausses. « Le Sénégal est passé d’actionnaire principal à être totalement exclu de l’actionnariat, avant de se faire ré-attribuer une participation de 15%. Il y a eu des abandons de créances au profit de l’entreprise », explique le Premier ministre.
« Pour que l’Etat récupère les redevances de 200 milliards, nous avons pris des mesures conservatoires de bloquer les comptes des Ics »
Le chef du gouvernement soutient qu’il a demandé d’en tirer toutes les conséquences. « Pour les redevances à hauteur de 200 milliards, des mesures conservatoires avaient été même prises allant dans le sens de bloquer les comptes de l’entreprise et de l’obliger à payer ce qui est dû à l’Etat du Sénégal. Nous avions aussi décidé de ne pas renouveler les trois concessions minières. Nous voulons désormais reprendre l’ensemble des actifs, nous voulons définir nous-mêmes ce que nous voulons faire de notre phosphate. Il doit dabord servir au Sénégal, d’abord à l’agriculture sénégalaise, mais également à des projections beaucoup plus ambitieuses. Notre ambition, c’est de devenir le premier sur le marché de l’engrais sous-régional qui importe plus de 3 millions de tonnes par an », dit-il.
Le comité s’est aussi penché sur le cas des cimenteries, avec 160 milliards de manque à gagner pour la première cimenterie, la seconde 148 milliards, la troisième 63 milliards et la quatrième 48 milliards ; pour elles aussi, non paiement de taxes et redevances, des avantages fiscaux et douaniers. « La décision qui a été prise, c’est de réaligner ces cimenteries au bon régime fiscal et douanier. Cela nous permettrait d’escompter des gains annuels de 360 milliards supplémentaires sur ce secteur », assure Ousmane Sonko.
« Nous voulons que le Bloc de GTA s’occupe désormais de l’approvisionnement de nos besoins locaux »
Pour le secteur des hydrocarbures, le Premier ministre soutient que les études sont en cours d’examen. « Nous sommes en train de discuter avec les partenaires. Il y a d’abord le Bloc de GTA Grand Tortue que nous partageons avec la Mauritanie. Nous considérons que les contrats qui ont été signés sont léonins, que nous ambitionnons de discuter dans le fond. Mais dans un premier temps, ce que nous voulons, c’est l’approvisionnement de nos besoins locaux, à partir de ce bloc, en gaz naturel. Ce qui devrait nous permettre d’avoir un gain projeté de 940 milliards sur la période 2025-2040 et des gains fiscaux de 1090 milliards », indique Sonko qui assure que les discussions sont en bonne voie.
Il y a ensuite le Bloc de Yakaar Teranga, 100% sénégalais, extrêmement prometteur, déclare le Premier ministre qui ajoute : « les discussions sont engagées pour que le Sénégal puisse reprendre ce bloc sans avoir à débourser un seul franc ». Le nouveau régime a dû résilier pas mal de blocs pétroliers, si l’on en croit Sonko : le Bloc de Diender, celui de Djifer offshore, celui de Kayar Offshore Profond qui sera repris dans quelques jours etc.
11 milliards d’économies et 534 localités électrifiées
Ousmane Sonko qui brandit son livre « Pétrole et gaz : chronique d’une spoliation » publié en 2016 et un Rapport de l’Ige qui avait formellement déconseillé de signer le décret d’approbation de la convention, affirme qu’il faut que les responsabilités soient situées. « Je mettrai à la disposition des députés toutes les informations pour que des commissions d’enquête parlementaires puissent voir le jour le plus rapidement possible pour que tous ceux qui sont impliqués puissent répondre de leurs actes », dit-il avant de s’attaquer aux mines et carrières. D’après Sonko, 71 titres de permis ont été retirés pour non-conformité, dont 14 sur l’or, 8 sur l’argile, 5 sur le basalte, 8 sur le calcaire, 14 titre sur la latérite etc. Félicitant le Directeur général de l’Aser, le Premier ministre soutient que des contrats ont été aussi renégociés dans ce domaine, ce qui leur a permis de faire des économies de 11 milliards et d’électrifier 534 localités.
Un gain de 103 milliards dans le domaine des infrastructures…
Pour les infrastructures, un travail a été fait également et a permis de faire des gains de 103 milliards dans les projets de construction et d’équipement d’infrastructures éducatives dans les 45 départements. « pour un projet de financement de 250 milliards qu’on a trouvé sur place, nous avons pu faire un gain de 30 milliards qui int été réorientés dans la construction et l’équipement de 2000 salles de classe, en remplacement des abris provisoires. Il en est de même pour le marché relatif à la construction et à la réhabilitation d’infrastructures pédagogiques et sociales dans les différentes universités, les renégociations qui ont porté sur un marché de 38 milliards, nous ont permis de le ramener à 32 milliards. Pour la construction de la cité Terme Sud, pour une projection de 75 milliards, nous avons pu faire une réduction de 25 milliards », explique Sonko.
En ce qui concerne la gestion de l’autoroute à péage, le Premier ministre assure qu’il est question pour rééquilibrer d’envisager la création d’une redevance pour le développement des infrastructures autoroutières à hauteur de 15% des revenus projetés et d’augmenter la redevance domaniale à 10%. Ce qui permettrait d’engranger près de 435 milliards de ressources additionnelles par année.
Des redevances de 100 millions à 17 milliards dans le secteur postal et communications…
Pour le domaine des télécommunications, c’est le ministre lui-même qui s’est chargé des explications. « Les redevances n’ont pas évolué, ce qui avait permis à des entreprises de gagner énormément d’argent. Nous avons corriger dans le secteur postal et de la communication, ce qui permettra à l’Etat de recouvrer, ne serait-ce que sur ces deux secteurs, 17 milliards pour cette année, alors que nous étions à 100 millions pendant que l’entreprise gagnait jusqu’à 50 milliards. Dans le secteur des télécoms aussi, la renégociation des contrats de concession permettra au Sénégal d’avoir sur la période 2025/2028, 60 milliards », indique Alioune Sall.
25 milliards de gains dans le domaine du patrimoine bâti de l’Etat…
Le patrimoine bâti de l’Etat a lui aussi été étudié par ledit comité et selon le directeur en charge de ladite structure, des baux emphytéotiques ont été donnés à des particuliers sans contrepartie. « Sur les 19 contrats trouvés, 8 ont fait l’objet de renégociations acceptés par les parties prenantes et nous sommes aujourd’hui à plus de 25 milliards de gains. Nous avons pu récupérer une vingtaine d’immeubles qui ont été cédés à des particuliers dans des conditions non transparentes. Pour la baisse des charges locatives de l’Etat, la réorganisation autour de l’infrastructure de la Maison des Nations-Unies va permettre à l’Etat d’avoir une gain de charge locative de 4 milliards sur les 16 milliards qui sont dégagés chaque année. Mieux, le système des Nations-Unies a même accepté de payer une contribution financière forfaitaire de 500 mille dollars par année », fait savoir Yaya Abdoul Kane.
Nd. Kh. D. F












