Après deux ans de dialogue jugé stérile, les syndicats Stds et Synatracs dénoncent l'absence d'élections professionnelles depuis 2018, des disparités salariales persistantes entre agents issus de l'ex-Ads et de l'ex-Aibd, ainsi que des manquements sur la couverture santé et la gestion de l'emploi. Une phase de mobilisation s'ouvre, avec un dépôt de préavis de grève conforme à l'article L.272 du Code du travail.
L'Intersyndicale Stds-Synatracs d'Aéroports Internationaux Blaise Diagne SA (Aibd SA) a rendu publique une déclaration de presse dans laquelle elle alerte sur ce qu'elle qualifie de « tournant dangereux » pour l'entreprise et ses salariés. Le texte marque un changement de méthode, selon les syndicats, après près de deux années de négociations, de propositions et d'alertes restées sans réponses concrètes.
Des élections professionnelles gelées depuis huit ans
Premier grief mis en avant : l'absence d'élection des délégués du personnel depuis 2018, alors que le mandat des représentants en place a expiré en 2021. Malgré une mise en demeure adressée le 3 août 2026 par l'Inspection régionale du Travail, fixant un délai de dix-sept jours pour organiser le scrutin, ce délai est arrivé à échéance le 20 août 2026 sans qu'aucune élection n'ait été tenue. L'intersyndicale y voit désormais moins un problème d'agenda qu'un défi lancé à l'autorité de l'État, et réclame l'organisation du scrutin dans les meilleurs délais.
Des disparités salariales héritées de la fusion
Les syndicats pointent également la coexistence, au sein d'Aibd SA, de deux conventions collectives différentes héritées de la dissolution de l'ex-Agence des Aéroports du Sénégal, à l'origine d'écarts de rémunération pouvant aller « du simple au quintuple » selon les postes. Cette double grille toucherait aussi bien le calcul des salaires que les affectations, notamment à Ziguinchor. L'intersyndicale demande une harmonisation des salaires de base et la généralisation de la retraite complémentaire selon la convention la plus favorable, un dossier qu'elle juge non bouclé malgré un compte rendu de réunion du 18 juin 2026 évoquant un accord « non encore finalisé » avec le ministère des Transports aériens.
Couverture santé, effectifs et agents en fin de formation
La déclaration dénonce en outre le renouvellement, le 31 août 2026, du contrat d'assurance santé confié à Saar sans concertation suffisante, ainsi que des difficultés d'accès aux soins signalées par des agents basés à Diass. Les syndicats réclament la rupture de ce contrat et un audit de la procédure de sélection de l'assureur.
Sur le volet emploi, l'Intersyndicale s'interroge sur la libération de plus de 200 CDD et prestataires depuis 2024, alors que certains secteurs manqueraient d'effectifs. Elle cite également le cas de sept contrôleurs aériens formés à l'Eamac depuis 2024, toujours privés de licence faute de paiement de frais par Aibd SA, ainsi que des pompiers d'aérodrome en fin de contrat laissés sans visibilité sur leur avenir.
Un protocole social sous surveillance et des projets à l'arrêt
Les syndicats disent rester vigilants sur le plan social lié à la construction de l'aéroport, rappelant qu'un protocole d'accord garantit un emploi au sein d'Aibd SA aux personnes concernées. Ils déplorent par ailleurs l'absence de visibilité sur plusieurs chantiers structurants (MRO, Aerocity, aéroports d'Ourossogui, Podor, Kédougou, réouverture de l'aéroport de Saint-Louis, ouverture de Yoff aux vols commerciaux) et interrogent les difficultés financières récurrentes d'Air Sénégal, dont les dettes de redevances pèseraient sur Aibd SA.
Estimant avoir « dialogué, négocié et attendu », l'intersyndicale annonce l'engagement d'une nouvelle phase de la lutte syndicale, avec le dépôt d'un préavis de grève conformément à l'article L.272 du Code du travail. Elle appelle la Direction générale et les autorités compétentes à répondre aux revendications, avertissant qu'à défaut d'une réponse écrite assortie d'un calendrier ferme, elle en tirera toutes les conséquences.
Nd. Kh. D. F












