Figure incontournable du rap sénégalais des années 2000, Dalamady Keita, plus connu sous le pseudonyme de Milka ou « Takrikain », s'apprête à marquer les esprits. Après une longue absence jalonnée d’épreuves personnelles, l’enfant de Guédiawaye revient sur le devant de la scène avec un deuxième album solo très attendu, baptisé LAXASSAY.
Porté par le label Kerozen et managé par Dionemags Entertainment, cet opus de 12 titres agrémenté d’un bonus se veut le miroir d'une maturité artistique et spirituelle. Mais que recouvre exactement ce terme énigmatique ? Pour Milka, L'Axasaay renvoie à l'enveloppe, l'emballage ou la protection. Une métaphore profonde qui embrasse le cycle de la vie : « Le fœtus est enveloppé puis il se développe dans le ventre de sa mère ; né, il est encore enveloppé et protégé par l'amour de cette dernière », confie l'artiste. Devenu adulte, l’individu évolue dans une société qui tour à tour le protège, l'éduque ou le détruit, avant de connaître l’ultime enveloppe sous terre. C’est tout ce cheminement existentiel que l'interprète insuffle dans ses textes
Des thèmes engagés entre dénonciation et prise de conscience
Fidèle à sa réputation de rappeur conscient et ancré dans les réalités de la banlieue, Milka aborde dans cet album des sujets de société brûlants, n'hésitant pas à endosser le costume de porte-parole des sans-voix. Sur le morceau Beut bu russul todi, l’artiste pique là où ça fait mal, s'attaquant au système, à la classe politique et aux prises de position de ceux qui sont censés défendre le peuple, dénonçant « un mélange des rôles et des promesses non tenues » de la part d'acteurs de la société, y compris des rappeurs. Face à la toute-puissance de l'argent et à la dégradation des mœurs, le titre Allalo Allal sonne comme un cri d'alarme. Dans un registre plus personnel, le morceau Dara duniu téyer (DDT) prend des airs d'egotrip où le rappeur revient sur son long silence forcé tout en affirmant : « Je suis constant et toujours prêt à porter le drapeau et le faire rayonner ». Ancien banlieusard ayant côtoyé les tragédies de la rue, Milka adresse également un message poignant aux jeunes générations dans Bayil lu bone, les exhortant à délaisser la drogue et l'alcool pour se consacrer au développement de leur communauté. Cet engagement se lit aussi dans sa vision de la cause et de l'effet avec le titre Quooop, rappelant que « tout acte a des conséquences, qu'il s'agisse du bien ou du mal, il faut réfléchir avant d'agir, le bon sens ».
Des collaborations d’envergure et des hommages poignants
LAxasaay ne se contente pas de porter un message grave ; c'est aussi un carrefour musical riche en surprises où Milka démontre une étonnante polyvalence. Avec ‘’Mane malen teuuu’’ en featuring avec One Lyrical, il s’approprie la drill — un style souvent associé à la jeune génération — pour prouver qu'il possède un « talent hors pair ». L'album explore également les dérives sociétales modernes dans ‘’Monde mafia’’, un morceau partagé avec X-Killer (ex-membre de son ancien groupe Takkricain Village) qui aborde sans tabou des sujets complexes comme la corruption au sommet ou les mutations des mœurs. L'artiste n'oublie pas non plus ses ancrages spirituels et humains en rendant un vibrant hommage à son guide religieux à travers ‘’Pallen trap’’, tout en immortalisant le souvenir de figures disparues, comme dans ‘’Manuncha’’ en hommage à Dread Skeezo. Entre ‘’Zion’’ qui prône un retour à l'agriculture et aux valeurs des aïeuls, et ‘’Kawsara vibes’’ en collaboration avec Meuz Kawtef, un pur reggae aux accents festifs, l'album offre une respiration chaleureuse. Enfin, la boucle est bouclée avec un morceau bonus d’anthologie : un hommage appuyé à feu Daddy Bibson, son ancien complice de route, réunissant une impressionnante constellation d'artistes — de Nit Doff à Aïda Baye en passant par Meuz et bien d'autres — et témoignant du respect unanime que commande Milka dans le landerneau hip-hop sénégalais.
Samba Thiam












