Trois matchs, 29 joueurs convoqués et déjà une première photographie des choix de Patrick Vieira. Du Mozambique à l’Éthiopie, avant le rendez-vous contre les Comores, le sélectionneur des Lions de la Téranga a largement fait tourner son effectif, multiplié les essais et installé une concurrence nouvelle dans la Tanière. Les chiffres du temps de jeu racontent une histoire : certains joueurs ont accumulé les minutes et semblent avoir pris une longueur d’avance, d’autres ont profité du dernier match pour se repositionner, tandis que plusieurs internationaux restent encore dans l’attente de leur première apparition. Après cette première séquence, la hiérarchie de Vieira commence à se dessiner.
De l’intangible régularité de certains tauliers aux éclairs furtifs des jokers, en passant par les absences contraintes et les paris audacieux : la première séquence de Patrick Vieira à la tête de la sélection sénégalaise révèle une gestion minutieuse mais loin d’être figée. Décryptage d'une Tanière où les compteurs ne disent pas encore toute la vérité.
Les piliers de l'ère Vieira : le club des 180 minutes
180 minutes. C’est le maximum atteint sur cette séquence de trois rencontres. Et ils sont sept joueurs à avoir atteint cette barre : El Hadji Malick Diouf, Ibrahim Mbaye, Lamine Camara, Moussa Niakhaté, Pape Guèye, Sadibou Sané et Yehvann Diouf.
Derrière ce chiffre identique, les situations ne sont toutefois pas les mêmes. Certains ont été installés très tôt dans le onze, d’autres ont gagné leur place au fil des rencontres. Ibrahim Mbaye, notamment, symbolise cette progression. Utilisé lors des trois matchs, il a terminé la fenêtre avec deux titularisations et une entrée en jeu. Une trajectoire qui témoigne de l’intérêt porté par Vieira au jeune international.
Le choix de la stabilité avec Malick Diouf, Camara, Niakhaté et Sadibou
Avec 180 minutes, Malick Diouf, Lamine Camara, Moussa Niakhaté et Sadibou Sané ont bénéficié d’une importante continuité.
Leurs deux titularisations dans les matchs de qualification témoignent d’une confiance initiale du sélectionneur. Pour Vieira, cette première fenêtre a permis de conserver certains repères tout en observant les alternatives disponibles à plusieurs postes.
Le cas de Lamine Camara est particulièrement intéressant. Déjà installé dans le paysage des Lions, le milieu reste l’un des joueurs les plus utilisés par le nouveau staff. Ses 180 minutes montrent qu’il conserve une place importante dans le dispositif.
Même constat pour Niakhaté et Sadibou Sané, qui ont été sollicités sur les deux rencontres officielles. Dans une défense que Vieira cherche encore à stabiliser, cette continuité n’est pas anodine.
173 minutes, Jackson garde la cotation, mais la concurrence pousse
Juste derrière le groupe de tête, Nicolas Jackson affiche 173 minutes. L’attaquant a débuté les deux rencontres de qualification et n’a pratiquement jamais quitté le terrain lors des deux premières sorties. Son volume de jeu confirme qu’il demeure l’une des principales solutions offensives de Vieira.
Mais son absence du onze contre les Comores apporte un élément nouveau. Avec le retour d’Iliman Ndiaye et l’utilisation de nouveaux profils offensifs, la concurrence commence à s’élargir.
Jackson reste donc parmi les joueurs les plus utilisés, mais Vieira dispose désormais de davantage d’options pour composer son attaque.
Sima et Lamine Sy : profiter de la revue d'effectif avec 155 et 153 minutes
Abdallah Sima totalise 155 minutes, tandis que Lamine Sy arrive à 153 minutes. Tous deux hautement sollicités au cours des deux premières rencontres, leur temps de jeu les place dans le haut du classement, mais leur situation mérite d’être observée lors des prochaines convocations.
Car Vieira ne semble pas vouloir s’enfermer dans une hiérarchie préétablie. Le match contre les Comores, avec de nombreux changements, a justement permis au sélectionneur de mesurer la profondeur de son groupe.
Les 139 minutes de Assane Diao et Gana Guèye au cœur de la rotation, Pape Matar Sarr s'offre 126...
Avec 139 minutes, Assane Diao fait également partie des joueurs régulièrement utilisés par Vieira. Il a été titularisé puis utilisé comme entrant, preuve que le sélectionneur cherche encore la meilleure manière d’exploiter son profil.
Idrissa Gana Guèye, malgré un temps de jeu inférieur à celui des principaux titulaires, cumule 132 minutes. L'expérimenté milieu reste évidemment une référence du groupe, mais la présence de nouvelles solutions au milieu pourrait progressivement modifier la répartition des responsabilités.
Pape Matar Sarr, avec 126 minutes, appartient lui aussi au groupe des joueurs fortement sollicités. Son temps de jeu traduit l’importance que Vieira accorde à son profil dans l’entrejeu.
Avec 115 minutes Bara Sapoko Ndiaye est la surprise qui bouscule les lignes
Bara Sapoko Ndiaye totalise 115 minutes, avec une titularisation et une entrée en jeu.
Son cas est intéressant parce qu’il illustre parfaitement l’un des objectifs de cette première fenêtre : élargir le champ des possibilités. En donnant du temps de jeu à de nouveaux profils, Vieira ne cherche pas seulement à faire souffler ses cadres. Il veut également savoir qui peut répondre présent lorsque la concurrence devient réelle.
Iliman et Mamadou Sarr : 90 minutes pour frapper fort
90 minutes. Une titularisation. Un match unique mais marquant. Le retour d’Iliman Ndiaye contre les Comores a immédiatement pesé dans le débat. Après avoir été absent des deux premières rencontres, l’attaquant a disputé l’intégralité de la rencontre au Vélodrome et inscrit le but de la victoire.
Mamadou Sarr partage ce total de 90 minutes pour une seule apparition. Laissé sur le banc lors des deux matchs de qualification, il a disputé l'intégralité de la rencontre face aux Comores pour sa première titularisation sous l'ère Vieira, s'invitant ainsi directement dans la réflexion du sélectionneur.
À leurs côtés, Kalidou Koulibaly, Mory Diaw et Nobel Mendy totalisent également 90 minutes, tous alignés lors de ce même match face aux Comores.
Issa Soumaré en mode test
Issa Soumaré compte 89 minutes, réparties sur deux entrées en jeu. Son profil entre donc dans une catégorie différente : celle des joueurs qui n’ont pas encore obtenu une titularisation mais que Vieira a choisi de tester à plusieurs reprises.
Dans une attaque où les places restent ouvertes, ces minutes peuvent avoir leur importance.
32 minutes, Boulaye Dia dans l'attente d'un déclic
Boulaye Dia c’est 32 minutes seulement. Le chiffre interpelle forcément pour un joueur habitué aux convocations internationales. Utilisé à trois reprises mais toujours comme entrant, l’attaquant n’a pas encore obtenu une titularisation sous Vieira.
Son expérience et son statut pourraient néanmoins lui permettre de revenir rapidement dans la rotation.
Diakhon et Rassoul Ndiaye en observation
Mamadou Diakhon et Rassoul Ndiaye affichent chacun 27 minutes. Deux entrées en jeu qui témoignent d’une volonté de Vieira d’élargir son observation à différents profils, mais qui ne permettent pas encore de tirer de conclusions définitives sur leur position dans la hiérarchie.
Pape Moussa Fall : un chrono minimaliste
Avec seulement 2 minutes, Pape Moussa Fall se retrouve tout en bas du classement des joueurs utilisés. Trois apparitions, mais un temps de présence extrêmement limité. Le jeune attaquant reste donc encore loin d’un statut clairement défini dans les plans du nouveau sélectionneur.
Zéro minute : des cas qui ne se ressemblent pas
Ismaïla Sarr et Iliman Ndiaye : 0 minute sur les deux premiers matchs, mais pour une raison qui n’a rien à voir avec les choix sportifs de Patrick Vieira.
Les deux attaquants étaient suspendus par la Caf pour les deux premières rencontres de cette fenêtre (Mozambique–Sénégal et Éthiopie–Sénégal), après les sanctions prononcées à la suite de la finale de la Can 2025. Leur absence ne pouvait donc pas être interprétée comme un choix du nouveau sélectionneur.
Iliman Ndiaye a ensuite effectué son retour contre les Comores, disputant 90 minutes et inscrivant le but de la victoire.
Pour Ismaïla Sarr, le scénario a été différent. Également suspendu pour les deux matchs de qualification, il devait retrouver la compétition internationale face aux Comores. Mais à la veille de la rencontre, l’attaquant a ressenti une gêne aux adducteurs lors d’une séance d’entraînement. Vieira a préféré ne prendre aucun risque et l’a finalement laissé hors du groupe de joueurs utilisés.
Ainsi, les 0 minute d’Ismaïla Sarr ne constituent absolument pas un indicateur de sa place dans la hiérarchie de Vieira. Son absence est d’abord liée à sa suspension, puis à cette alerte physique.
Pour les autres joueurs restés à zéro minute (Arona Sanganté, Mamour Ndiaye et Ngagne Demba Thiam), la lecture est différente : leur absence de temps de jeu relève davantage des choix de Vieira et de la concurrence à leur poste.
Vieira a lancé la bataille des places
Trois matchs auront donc suffi pour installer une première hiérarchie, mais pas pour la verrouiller.
180 minutes pour les plus utilisés, 90 minutes pour ceux qui ont saisi leur opportunité, quelques apparitions pour les joueurs en observation et 0 minute pour ceux qui attendent encore leur chance : les chiffres racontent mieux que les discours la méthode du nouveau sélectionneur.
Vieira a testé, comparé, fait tourner et surtout observé.
La prochaine fenêtre dira désormais si ceux qui ont accumulé les minutes sont réellement devenus les premiers choix du sélectionneur ou si les cartes seront encore redistribuées.
Car dans cette nouvelle Tanière, le temps de jeu est devenu un premier indice de la hiérarchie. Mais certainement pas encore son verdict.













