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POLÉMIQUE AUTOUR DES ANCIENS RESPONSABLES LIMOGÉS : Les « pleurnicheries » d’Aicha Sagne qui ravivent le souvenir des exclus de l’alternance et vilipendent Pastef



POLÉMIQUE AUTOUR DES ANCIENS RESPONSABLES LIMOGÉS : Les « pleurnicheries » d’Aicha Sagne qui ravivent le souvenir des exclus de l’alternance et vilipendent Pastef

 
 
 
La sortie d’Aïcha Sagne, ex-présidente du Conseil de surveillance de l’Agence sénégalaise de promotion des exportations (Asepex), sur la situation des anciens ministres, directeurs généraux et présidents de conseils d’administration limogés depuis l’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye, continue de susciter des réactions. En dénonçant les conséquences sociales et financières de ces départs, l’ancienne responsable a également ravivé le souvenir de ceux qui, après l’alternance de 2024, avaient eux aussi perdu leurs fonctions ou leur emploi. Pour certains observateurs, les difficultés aujourd’hui mises en avant par les anciens responsables ne peuvent être dissociées de celles vécues par des agents et cadres écartés au moment où Pastef et ses alliés ont pris les commandes de l’État.
 
 
 
Invitée de l’émission « Ultimatum » de Seneweb TV, Aïcha Sagne avait notamment expliqué avoir abandonné un CDI et un poste de cadre pour venir servir le Sénégal. Elle avait également évoqué le cas d’un ancien Directeur général dont le salaire constituait, selon elle, « la seule source de revenus de sa famille », avec des enfants inscrits dans des établissements privés coûteux et des engagements financiers pris sur la base de ses revenus. « La vérité c’est qu’en décidant de limoger tous ces gens si brutalement, Diomaye [Faye] a abandonné des pères et des mères de famille et mis en danger leurs familles », avait-elle déclaré.
Elle avait aussi insisté sur les crédits contractés, les investissements réalisés et les dépenses engagées par certains responsables, tout en affirmant que plusieurs d’entre eux avaient consacré une partie de leurs revenus aux contributions politiques, aux circonscriptions et aux actions sociales.
 
 
 
Le retour du boomerang
 
 
 
Ces déclarations ont suscité des critiques. Le principal reproche adressé à l’ancienne Pcs de l’Asepex est de dénoncer aujourd’hui les conséquences d’une perte de fonction alors que des Sénégalais auraient connu une situation comparable lorsque les nouvelles autorités sont arrivées au pouvoir.
Soya Diagne, membre de l’opposition, a ainsi relayé sur Facebook le témoignage de Mame Marième Babou, ancienne Pcs de l’Asepex. Celle-ci affirme que, depuis son départ de l’Asepex, elle n’a pas été réintégrée au Port autonome de Dakar, où elle dit avoir travaillé pendant huit ans comme cadre. « Depuis que j’ai été démise de mes fonctions de Pcs, l’ex-DG du Pad, Waly Diouf Bodiang, a catégoriquement refusé de me réintégrer au Port, après huit années de loyaux services en tant que cadre », écrit-elle.
Mame Marième Babou affirme également traverser cette situation depuis deux ans, « privée de tout », tout en assurant l’avoir vécue « dans la dignité et avec une résilience absolue, sans broncher ni pleurnicher ».
Son témoignage est venu donner un autre relief à la sortie d’Aïcha Sagne. Car ceux qui dénoncent aujourd’hui les conséquences familiales et financières des limogeages rappellent que d’autres responsables, cadres et agents avaient également perdu leurs fonctions après l’alternance. Certains auraient eux aussi eu des crédits à rembourser, des enfants à scolariser et des charges familiales à assumer.
 
 
 
Le « don de soi » face aux réalités du pouvoir
 
 
 
La polémique renvoie également à un discours largement porté par Pastef avant son accession au pouvoir : celui du « don de soi » pour la patrie. Le parti a longtemps appelé ses militants et sympathisants à accepter les sacrifices liés à l’engagement politique et au service du pays. L’idée selon laquelle servir la nation ne devait pas être motivé par les avantages matériels occupait une place importante dans son discours politique.
Les propos tenus aujourd’hui par certains anciens responsables limogés donnent cependant lieu à une lecture critique de ce principe. Pour leurs détracteurs, évoquer les salaires perdus, les crédits, les engagements familiaux ou les investissements réalisés au moment où l’on occupait une fonction publique revient à rappeler que ces responsabilités avaient aussi une dimension matérielle.
C’est précisément ce qui nourrit les réactions : les personnes écartées lors de l’arrivée de Pastef pouvaient elles aussi considérer leur situation comme injuste et subir les conséquences d’une perte d’emploi ou de fonction. La différence, pour leurs détracteurs, est qu’elles n’avaient pas nécessairement bénéficié de la même écoute lorsque la situation s’était inversée.
 
 
 
« Une leçon de dignité »
 
 
 
Face aux critiques, Aïcha Sagne a publié une mise au point pour expliquer le sens de son intervention. Elle affirme que certains passages de son émission ont été isolés et interprétés en dehors de leur contexte. « Lorsque j’ai évoqué les sacrifices consentis par certains : démission d’un emploi, abandon d’une carrière à l’étranger, engagements familiaux ou financiers ce n’était nullement pour me lamenter ni pour exprimer le moindre regret », écrit-elle.
Elle explique avoir voulu montrer que certains responsables avaient accepté de quitter des situations professionnelles pour servir leur pays et que, selon elle, des personnes cherchant aujourd’hui à les recruter pour leur parti auraient tenté de tirer profit de leur fragilité professionnelle. « Ils ont voulu s’appuyer sur le fait que certains avaient perdu leur emploi pour leur faire du chantage, en pensant que la peur de perdre leur situation les amènerait à renoncer à leurs convictions. Mais cela n’a pas marché », affirme-t-elle.
Elle assure ainsi que les personnes auxquelles elle faisait référence auraient choisi de conserver leurs convictions malgré les difficultés. « Même dans la difficulté, certains ont choisi de préserver leur dignité plutôt que de renoncer à leurs convictions », ajoute-t-elle, avant de conclure : « Voilà le véritable sens de mon propos : une leçon de dignité, pas une lamentation. Le reste n’est que manipulation. »
La polémique dépasse ainsi le cas personnel de l’ex-Pcs de l’Asepex. Elle remet sur la table la question du traitement réservé aux responsables et agents publics à chaque alternance, mais aussi celle de la portée du « don de soi » lorsqu’il faut désormais assumer les conséquences d’un changement de majorité.
 
 
 
 
 
Sidy Djimby NDAO
 
 
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