«WAXTAAN AK PROS» Ousmane Sonko expose ses différends avec Diomaye, revendique la primauté du Pastef et recadre sa base




 
 
 
Lors du «Waxtaan Ak Pros», le président du Pastef a assumé publiquement ses divergences avec le Président Bassirou Diomaye Faye, détaillé des échanges internes au sommet de l’État et fixé une ligne claire : le Pastef reste, selon Ousmane Sonko, le centre de gravité de la majorité et de l’action gouvernementale.
 
 
 
Les derniers doutes qui subsistaient sont désormais levés : le parti au pouvoir au Sénégal traverse une crise politique majeure. La preuve : les nouvelles révélations de Ousmane Sonko hier lors du «Waxtaan Ak Pros», un échange avec des militants en direct sur ses plateformes numériques. Interpellé sur les rumeurs persistantes de tensions internes, Ousmane Sonko a d’abord tenu à désamorcer l’idée d’une crise ouverte : «Il n’y a pas de problème au sein du Pastef. Il y avait juste un moment de clarification qu’il fallait poser.» Pour lui, il y a des désaccords qui l’opposent au chef de l’État, notamment sur la gestion du parti et l’articulation entre sphère institutionnelle et sphère politique.
Il a ainsi révélé qu’un différend était né autour de la volonté du Président de recevoir des Pastefiens au palais. «J’ai accepté quand il m’a dit sa volonté de recevoir les coordinateurs du parti. J’y suis même allé, j’ai pris une datte pour rompre le jeûne et je suis reparti. Je n’ai pas voulu y assister», a-t-il expliqué. Estimant que le cadre présidentiel n’était pas approprié pour une rencontre partisane, il dit avoir recommandé «de trouver un autre endroit» et de ne tenir la réunion qu’en cas d’«information pertinente». Même chose quand il a voulu rencontrer les députés. «Je lui ai dit que ce n’était pas pertinent. Surtout si c’est pour répéter les mêmes choses». Mais Diomaye, dit-il a insisté pour maintenir la rencontre. Ousmane Sonko affirme avoir fini par accepter, non par conviction, mais pour éviter que son refus ne soit interprété comme une volonté de «couper le Président du parti» ou d’empêcher le chef de l’État de rester connecté à sa base politique, bien qu’il ait quitté ses fonctions dirigeantes au sein du parti.
 
 
«Je suis le Premier ministre le moins fort»
 
 
Sur le plan institutionnel, Ousmane Sonko a livré une analyse personnelle de sa position. «Je suis le Premier ministre le moins fort. J’ai le moins de pouvoirs comparé aux précédents Premiers ministres (Mohamed Boun Abdallah Dione et ses prédécesseurs, cite-t-il). Dans les textes je suis faible, mais dans ma posture, j’assume mon rôle pleinement», a-t-il déclaré. La preuve, dit-il, beaucoup de services qui étaient à la Primature sont retournés à la Présidence de la République.
Cette affirmation vise à souligner la concentration des pouvoirs au niveau présidentiel. Il l’a d’ailleurs rappelé explicitement : le chef de l’État dispose du pouvoir de nomination et de révocation par décret. Mais le leader du Pastef refuse toute lecture d’effacement. «Je respecte le Président, mais j’ai des pouvoirs définis par la Constitution. Le Premier ministre est le chef de l’administration, il est le chef du gouvernement. Il conduit la politique de la Nation», a-t-il insisté. Il précise ne réclamer «aucun pouvoir» supplémentaire, tout en revendiquant l’exercice plein et entier des prérogatives qui lui sont reconnues. «La Primature n’est pas forte parce qu’elle a des pouvoirs. Elle l’est parce que je suis le Pm».
 
«On est dans une situation de cohabitation douce»
 
 
Abordant la question d’éventuelles réformes institutionnelles, il a pris soin d’écarter toute suspicion d’ambition personnelle : «s’il y a réforme aussi, ce n’est pas pour le Président qui veut un Premier ministre hyper fort, c’est pour le peuple.» Avant d’embrayer : «le Président ne peut faire de réformes sans le Pastef. Le Premier ministre non plus. Aucun d’entre nous n’a le pouvoir seul de déclencher des réformes. Soit il passe par l’Assemblée où nous sommes majoritaires, soit il passe par le peuple. S’il passe par l’Assemblée, les députés vont scruter le texte et décideront de voter ou pas le texte proposé. Tant que je suis le Premier ministre, avec une majorité confortable à l’Assemblée, la gouvernance sera pleinement assumée par le Pastef», a-t-il affirmé. Le Président de Pastef de se faire plus précis : «on est dans une situation de cohabitation douce, raisonnable et raisonnée. On gère nos contradictions et nos convergences. En cas de rupture, on sera soit dans une cohabitation beaucoup plus corsée ou Pastef devient un parti d’opposition. On n’a aucun problème sur l’une ou l’autre des situations. Pastef est à l’aise dans sa posture».
 
 
 
 
Sur son avenir dans le gouvernement, Ousmane Sonko a été cash. «Certains se démènent jour et nuit pour que je quitte le poste de Premier ministre. Ce sont des lobbys. Ils savent bien que tant que je suis en poste, ils ne peuvent pas faire certaines choses. Même en notre sein, certains ne veulent plus me voir à la Primature. Je n’ai aucune fixation sur le poste. La seule chose qui m’inquiète, c’est ce qui va advenir quand je ne serai plus en poste. J’ai été un verrou sur énormément de choses. Quand je partirai, j’ai peur que les anciennes pratiques reviennent. Mais Sonko tempère : «le Président a le décret. Le jour où il ne voudra plus de moi, je pars». Sonko dit respecter le chef de l’Etat. «Je ne fais pas de l’ombre au Président».
 
 
 
 
 
 
Coalition Diomaye Président : «je ne veux plus entendre…»
 
 
 
Le point de tension le plus structurant concerne la coalition Diomaye Président. Face aux militants qui craignent une dilution du parti, Ousmane Sonko a voulu clarifier sa position. «Il n’y a pas de confrontation entre Pastef et la Coalition Diomaye Président», a-t-il déclaré, invitant les siens à « savoir raison garder». Selon lui, «cette coalition n’est pas en compétition avec Pastef mais plutôt avec les autres partis».
Il a même qualifié la coalition d’«aubaine pour Pastef». Toutefois, son message à la base a été ferme : «je ne veux plus entendre les militants de Pastef parler de la Coalition Diomaye Président» en termes négatifs.
 
 
 
 
 
Offensive sur Matam
 
 
 
Sur le terrain électoral, le Premier ministre a affiché des ambitions nationales. Évoquant la région de Matam, il a lancé : «la razzia que nous avons l’habitude de faire ne doit laisser aucune localité au Sénégal.» Il a toutefois tempéré toute lecture stigmatisante : «nous ne stigmatisons aucune zone.» L’objectif, selon lui, est d’«accompagner» les militants et de les encourager à «persévérer dans les efforts pour maintenir et massifier le parti».
 
 
 
 
 
 
Sidy Djimby NDAO
 
 
On est dans une situation de cohabitation douce. Raisonnable et raisonné. On gère nos contradictions. Les convergences, on les gère. En cas de rupture, on sera soit dans une cohabitation bcp plus corsée ou Pastef devient un parti d’opposition. On n’a aucun pb. Pastef est à l’aise dans sa posture.
 
 
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