Les questions liées aux droits des personnes Lgbtqia au Sénégal continuent de susciter des réactions au-delà des frontières nationales. Dans une intervention largement relayée sur les réseaux sociaux, la présidente de l’Assemblée nationale française, Yaël Braun-Pivet, a vivement réagi aux images d’arrestations et d’humiliations publiques de personnes soupçonnées d’homosexualité au Sénégal, ainsi qu’au projet de durcissement des sanctions visant cette communauté.
Prenant la parole sur un ton ferme dans une vidéo partagée sur les réseaux sociaux, la présidente du parlement français a dénoncé des scènes qu’elle dit voir circuler régulièrement. Selon elle, ces situations seraient la conséquence directe d’une évolution du cadre législatif sénégalais visant à renforcer la répression contre les personnes Lgbtqia. « Des hommes arrêtés dans la rue, des foules qui les humilient, des scènes de violences filmées et partagées comme des trophées. C'est le résultat direct d'une loi votée par le parlement. Le Sénégal a adopté une loi qui double les peines pour les personnes Lgbtqia de 5 à 10 ans » fait savoir la présidente de l'Assemblée nationale française.
Dans son intervention, elle rappelle que le Sénégal a adopté une législation prévoyant un doublement des peines, passant de cinq à dix ans d’emprisonnement pour les personnes concernées. Elle évoque également des poursuites pouvant viser des personnes ou organisations qui apporteraient un soutien public ou financier aux associations de défense des droits Lgbtqia.
La présidente de l’Assemblée nationale française cite aussi le cas d’un jeune homme de 23 ans qui a été condamné à six ans de prison, estimant qu’il ne s’agit pas d’un cas isolé. Elle élargit ensuite son propos à la situation internationale, rappelant que plusieurs pays, notamment la Russie, l’Ouganda ou encore l’Iran, appliquent également des mesures répressives contre les personnes homosexuelles.
Au-delà du cas sénégalais, Yaël Braun-Pivet dit vouloir inscrire son message dans un débat plus large sur les droits humains. « Chaque peuple a le droit de gouverner et de légiférer comme il l’entend, mais il y a des lignes », a-t-elle déclaré, considérant que l’emprisonnement de personnes en raison de leur orientation sexuelle relève d’une atteinte aux principes universels des droits humains. « Emprisonner quelqu'un pour qui il est, qui il aime ce n'est pas une question culturelle. C'est une violation des droits humains, de la Déclaration universelle des droits de l'homme à laquelle le Sénégal a adhéré. Moi je ne peux pas me taire », dit-elle. « Ce combat contre la dépénalisation universelle, poursuivons-le », conclut-elle.
Elle rappelle également l’engagement historique de la France sur cette question, évoquant la loi de 1982 portée sous l’impulsion de Robert Badinter et ayant conduit à la dépénalisation de l’homosexualité en France. Depuis cette date, soutient-elle, Paris défend une politique en faveur de la dépénalisation universelle.
Cette sortie intervient dans un contexte particulièrement sensible au Sénégal, où les débats autour des questions sociétales et des valeurs culturelles restent profondément ancrés dans l’espace public.
Le sujet continue ainsi d’alimenter un débat aux dimensions à la fois politiques, sociales et diplomatiques.
Samba THIAM