Les femmes et les jeunes d’Afrique de l’Ouest et du Sahel refusent désormais de rester de simples témoins des drames sécuritaires qui secouent la région. Dans un manifeste au ton grave et résolument engagé, ils lancent un appel solennel aux États, aux organisations régionales et aux partenaires internationaux pour une réponse collective, urgente et durable face à l’expansion du terrorisme et de l’extrémisme violent.
Réunis autour d’une même conviction, celle que la paix ne peut être construite sans les populations locales, les signataires s’insurgent contre les récentes attaques coordonnées survenues au Mali et dans plusieurs zones transfrontalières entre la Guinée, la Sierra Leone et le Libéria. Ils dénoncent une dégradation continue de la situation sécuritaire dans l’espace ouest-africain et sahélien, devenue selon eux une menace existentielle pour les États et pour la cohésion sociale.
Dans ce texte rendu public, les femmes et les jeunes adressent d’abord leurs condoléances au peuple malien ainsi qu’au président de la République du Mali, tout en exprimant leur solidarité avec les populations civiles touchées par les violences. Ils insistent particulièrement sur le sort des femmes et des jeunes, premières victimes des conséquences humanitaires, sociales et économiques de l’insécurité.
Mais au-delà de l’émotion, le manifeste se veut surtout un appel à l’action. Les signataires estiment qu’« aucun État ne peut, seul, faire face à une menace transfrontalière aussi complexe ». Ils réclament ainsi « un renforcement immédiat de la coopération sécuritaire régionale, fondé sur le partage systématique des renseignements, l’amélioration des mécanismes d’alerte précoce et la mise en œuvre de stratégies conjointes de prévention et d’intervention », lit-on dans le manifeste.
Le document plaide également pour une meilleure convergence entre l’Alliance des États du Sahel (Aes) et les autres cadres régionaux. Une manière, selon les auteurs, « de dépasser les fractures diplomatiques actuelles afin de privilégier la stabilité collective ». Dans les zones frontalières les plus sensibles, les femmes et les jeunes appellent « à des mesures concrètes de désescalade ». Ils demandent notamment « le renforcement de la communication entre les forces de défense et de sécurité, l’instauration de mécanismes de confiance mutuelle ainsi qu’une protection accrue des populations civiles, souvent prises au piège des affrontements armés ».
Le manifeste insiste aussi sur la nécessité d’« une gestion plus transparente et concertée des frontières afin de prévenir les tensions récurrentes entre communautés et États voisins ». Les auteurs estiment que la réponse militaire, à elle seule, ne suffira pas à restaurer durablement la paix dans la région.
Au cœur de leur plaidoyer figure une revendication forte, « reconnaître pleinement le rôle stratégique des femmes et des jeunes dans la prévention des conflits, l’alerte précoce et la médiation communautaire ». Les signataires réclament que leur participation soit institutionnalisée à tous les niveaux des dispositifs de paix et de sécurité, avec des mécanismes mesurables et durables. Ils exhortent également « les États et les partenaires techniques et financiers à soutenir davantage les initiatives locales portées par les femmes et les jeunes, en garantissant des financements pérennes et des mécanismes clairs de suivi et d’évaluation ». Parmi les propositions phares du manifeste figure « la création d’un mécanisme régional de suivi, doté de points focaux dans chaque espace régional ». Celui-ci serait chargé d’« évaluer la mise en œuvre des engagements pris et de produire des rapports périodiques destinés aux différentes parties prenantes », lit-on.
Fatou DIOP