La séance sur la santé en milieu carcéral a été marquée par de vifs échanges politiques, avant de connaître un incident dans les couloirs de l’Assemblée nationale. Après les demandes de renvoi formulées par Abdou Mbow et Thierno Alassane Sall, le député de Pastef Ousmane Fall s’en est pris verbalement aux deux parlementaires. Des gendarmes ont dû s’interposer pour éviter que la confrontation ne dégénère.
La proposition de loi sur la santé en milieu carcéral devait ouvrir un débat essentiellement consacré aux conditions de prise en charge des détenus. Elle aura finalement offert le décor à une nouvelle bataille politique entre opposition et majorité.
À peine la lecture du rapport terminée, Abdou Mbow, député de Takku-Wallu et membre de l’Apr, a soulevé une question préalable pour demander à l’Assemblée nationale de ne pas délibérer sur le texte. L’ancien président du groupe parlementaire de l’opposition ne remet pas en cause, sur le principe, la nécessité d’améliorer la santé des détenus. Mais il conteste le contexte dans lequel cette réforme est examinée. « On ne légifère pas dans l’imbroglio, on ne légifère pas dans le tâtonnement », a-t-il lancé, estimant que la nouvelle configuration politique et les tensions institutionnelles imposent davantage de recul.
Abdou Mbow accuse Pastef de vouloir se refaire une virginité
L’attaque devient ensuite ouvertement politique. Abdou Mbow reproche à la majorité de continuer, selon lui, à adopter une posture d’opposition alors qu’elle détient désormais les responsabilités institutionnelles. Le député de Takku-Wallu accuse ainsi Pastef de chercher une forme de « virginité politique » à l’Assemblée nationale. Il va jusqu’à demander à la majorité de reconnaître l’existence d’une crise politique. « Acceptez qu’il y a une crise de régime au Sénégal et remettez cette séance ailleurs », a-t-il déclaré. Une sortie qui provoque immédiatement une réaction sur les bancs de la majorité.
Mamadou Lamine Diaité et la riposte sur le passé carcéral
Cosignataire de la proposition de loi, Mamadou Lamine Diaité a répondu à Abdou Mbow en mettant en cause sa légitimité à demander le renvoi du texte, lui reprochant notamment de n’avoir jamais été en prison.
La réplique d’Abdou Mbow ne s’est pas fait attendre. Le député de Takku-Wallu rappelle alors son propre passé militant et affirme avoir connu la prison en 1997, lorsqu’il se battait, selon ses dires, pour ses collègues étudiants. « Pour votre gouverne, j’ai fait de la prison en 1997, quand je me battais pour mes collègues étudiants. Arrêtez de vouloir limiter l’histoire politique de ce pays à Pastef », a-t-il lancé.
Thierno Alassane Sall entre dans la mêlée
Les attaques contre Abdou Mbow ne l’ont pas empêché de poursuivre son offensive. Thierno Alassane Sall, leader de la République des Valeurs, a lui aussi demandé le renvoi du texte. Son argumentaire est différent : il met en cause ce qu’il qualifie d’« irresponsabilité de la majorité » et estime que c’est l’ensemble de la session extraordinaire qui aurait dû être remis en question. Le député non-inscrit dénonce notamment le renvoi du texte relatif à la carte nationale d’identité biométrique, qu’il présente comme une atteinte aux droits des parlementaires, après une demande formulée par le député Abdoulaye Tall.
Pour Thierno Alassane Sall, l’Assemblée nationale ne devrait pas devenir le théâtre de ce qu’il qualifie de « politique politicienne ». Une déclaration qui lui vaut, à son tour, de vives réactions des députés de la majorité.
Le leader de la République des Valeurs informe alors la plénière qu’un député de Pastef est, selon lui, en train de l’abreuver d’injures. « Ne cassez pas cette République, vous n’en avez pas le droit. Respectez les Sénégalais », lance-t-il.
Le face-à-face qui déborde dans les couloirs
Les demandes de renvoi de Abdou Mbow et de Thierno Alassane Sall sont finalement rejetées. Alors que le président de séance poursuit l’organisation des interventions, la tension quitte l’hémicycle pour gagner les couloirs de l’Assemblée nationale. Abdou Mbow et Thierno Alassane Sall, ayant quitté la salle, sont suivis par leur collègue de Pastef, Ousmane Fall.
A travers une vidéo largement partagée, on voit le député de la majorité s’en prendre verbalement aux deux parlementaires et proférer des insultes à leur encontre. Des gendarmes présents dans les couloirs ont dû intervenir pour s’interposer entre les protagonistes. La situation aurait pu dégénérer en confrontation physique sans l’intervention des forces de sécurité.
Nd. Kh. D. F