La compagnie aérienne nationale Air Sénégal dans sa stratégie de redéploiement de sa flotte est en passe d’acquérir de manière progressive 15 avions de type Boeing à l'horizon 2035. Cependant, la première phase concerne la mise en flotte progressive à partir de fin mars 2026 de 6 Boeing 737 Ng passagers et 1 Boeing 737 Cargo. Cependant, de la grisaille dans l’embellie avec une hausse annoncée des tarifs de voyage par suite de la hausse du kérosène de 53% à Paris.
Dans le cadre de sa stratégie de relance, Air Sénégal a convié la presse autour d’un « Ndogu » pour un dialogue ouvert sur les enjeux stratégiques liés à son développement. La compagnie aérienne nationale a été représentée, en l’absence de son Directeur général Tidiane Ndiaye, par son Directeur général adjoint Farba Diouf, entouré de ses collaborateurs, en l’occurrence Hanne Samba Sall, Directeur administration générale et support et Assane Sambe, Directeur commercial et marketing.
Une dette de 118 milliards et une flotte réduite à 50% de sa capacité initiale héritées
Dans sa présentation, le Dga est revenu sur la situation difficile héritée par l’actuelle équipe. Il s’agit d’une dette globale de 118 milliards francs Cfa dont 52 milliards dus aux partenaires privés et 66 milliards aux structures publiques. En effet, les pertes cumulées sur les exercices 2022-2023 sont estimées à -139 milliards. A cela s’ajoute une flotte opérationnelle réduite à 50% de sa capacité initiale. Néanmoins, en dépit d’un risque réel de rupture d'exploitation à court terme, l’État du Sénégal a convié à un conseil interministériel le 3 avril 2025 avec des mesures de rationalisation et d'optimisation qui ont permis de réduire le déficit de 24% entre 2024 et 2025 ; de baisser les charges d'exploitation de 11,5% et de réaliser une économie moyenne de 3,4 milliards francs Cfa par mois. « Ces performances ont été réalisées dans un contexte difficile marqué par une flotte fortement réduite, un recours important aux avions exploités en location. Malgré ces contraintes, Air Sénégal SA a continué d'assurer le paiement des salaires de ses employés sans solliciter l'État », explique le Dga.
Un mécanisme de compensation des dettes croisées pour effacer 71 milliards
Dans la foulée, M. Diouf d’ajouter que ces efforts engagés ont permis de réduire significativement la dette envers les partenaires privés qui est passée de 52 milliards à 37 milliards. En revanche, il regrette de constater que la dette envers les structures publiques est passée de 66 milliards à 94 milliards. Toutefois, il fait remarquer qu’un mécanisme de compensation des dettes croisées entre entités publiques, en cours de formalisation, pourrait permettre d'effacer environ 71 milliards de cette dette.
6 Boeing 737 Ng et 1 Boeing Cargo en 2026
Si la Compagnie nationale aérienne a été trouvée dans une zone de forte turbulence, la nouvelle Direction est en train d’amorcer un nouvel cap à travers sa stratégie de redéploiement de sa flotte qui vise l'acquisition progressive de 15 avions de type Boeing à l'horizon 2035. Selon le Directeur général adjoint, Farba Diouf, la première phase de ce plan prévoit la mise en flotte progressive à partir de fin mars 2026 de 6 Boeing 737 Ng (nouvelle génération) passagers et 1 Boeing 737 Cargo. A l'en croire, d’ici la fin de l’année, tous ces avions seront réceptionnés par Air Sénégal afin de réduire progressivement le recours aux contrats de location, de mieux maîtriser les capacités opérationnelles et de réduire durablement les coûts d'exploitation. En effet, il estime que la constitution d'une flotte propre est une étape majeure dans la consolidation du modèle économique de la compagnie.
Positionner le Sénégal comme plateforme aérienne régionale
Poursuivant, le Dga est d’avis que le développement d’un hub aérien national performant, centré sur l'Aéroport International Blaise Diagne (Aibd), constitue un levier majeur pour positionner le Sénégal comme plateforme aérienne régionale en Afrique de l'Ouest. « L'expérience internationale montre que la réussite d'un hub repose sur une intégration cohérente des principaux leviers opérationnels du transport aérien: compagnie nationale, exploitant aéroportuaire et services d'assistance au sol », indique-t-il. Or, dans la configuration actuelle, Aibd SA et Las évoluent dans des cadres institutionnels distincts. Ce qui, à l’en croire, limite l'alignement stratégique avec la compagnie nationale. Cependant, cette stratégie de redéploiement de la compagnie nationale est corrélée à une prise de décisions rapide de l’autorité.
L’arbitrage de l’Etat pour l’apurement des dettes, mobilisation du fonds de roulement …
Selon le Directeur général adjoint, la compagnie aérienne risque, à défaut de la clarification du cadre de soutien de l’Etat, une fragilisation de l'exploitation ; un ralentissement de la sortie des contrats de location ; une dégradation des relations avec certains partenaires et ; un affaiblissement du positionnement stratégique du Sénégal dans la compétition régionale entre hubs aériens. D’où la nécessité de cet arbitrage rapide de l’Etat, dit-il, pour l’apurement des dettes, la mobilisation du fonds de roulement, la reconstitution des fonds propres, la création et l’opérationnalisation de Air Sénégal Express. S’y ajoute la mise en place d’un mécanisme de refinancement structuré pour restructurer durablement la situation financière, accélérer la mise en œuvre de la stratégie de développement de la compagnie.
Le kérosène flambe de 53% à Paris, Air Sénégal vers une hausse de ses billets
Par ailleurs, les responsables de la compagnie aérienne ont été interpellés sur la situation au moyen Orient et ses conséquences sur le transport aérien. Pour le Directeur commercial et marketing, Assane Sambe, cette guerre commence déjà à impacter le secteur. « Ce matin (Ndlr : jeudi matin), nous avons appris que le coût du kérosène à Paris a augmenté de 53% et cela peut atteindre 100% dans les pays africains. Et, pour une compagnie aérienne aussi fragile que Air Sénégal, avec tous les problèmes que nous avons, le déficit que nous traitons, forcément cela a un impact. On sera obligé de réagir et d’ajuster sur les prix. Air France a déjà augmenté ses tarifs et nous allons suivre. Sans cela, nous ne pourrons pas survivre », indique M. Sambe qui précise malheureusement que la compagnie nationale ne pourra pas profiter de cette situation qui, à l’en croire, est aussi une opportunité. Faute de flotte. Il en veut pour preuve les compagnies Turkish et Éthiopian’s qui desservent cette région et qui ont doublé leurs tarifs.
Ouverture du capital de Air Sénégal ?
Interpellé sur l’ouverture du capital de Air Sénégal, le Dga Farba Diouf rapporte que l’Etat du Sénégal, actionnaire à 100% à travers la Caisse des dépôts et consignation (Cdc), n’a pas émis le souhait d’ouvrir le capital de la société mère. Cependant, il précise qu’avec la création de groupes de sociétés d’aviation, le capital de ces filiales est ouvert au privé national et étranger. C’est le cas de la filiale Sénégal Express qui a ouvert son capital. Relativement aux ressources financières pour le déploiement de Air Sénégal, le Dga relève que l’Etat du Sénégal ne sortira aucun franc. « La reconstitution des fonds propres consiste à transformer le concours de l’Etat en actions. Ce qui permettrait de faire revenir les fonds propres à zéro. A cet effet, il révèle que la compagnie Air Sénégal aura la capacité de lever des fonds dans les banques pour financer sa stratégie de développement sur les 5 prochaines années. En ce qui concerne les retards et annulations de vols, Assane Sambe impute cette situation à l’absence de flotte d’Air Sénégal. « Tant que l’Etat ne nous aide pas à renforcer cette flotte, on aura toujours ce risque d’avoir des annulations », regrette le directeur commercial.
M. CISS