"STIGMATISATION" DE L'ETHNIE SÈRÈRE DANS LES SÉRIES "DIBOR SENE" ET "DIBOR À DAKAR" Le producteur et la chaîne traînés en justice ; le collectif pour la défense de la langue et de la culture sèrère leur réclame 100 millions




 
 
 
Pour avoir stigmatisé la communauté sèrère, selon eux, dans les séries "Dibor Sène" et "Dibor à Dakar", le Collectif pour la défense de la langue et de la culture sèrère, représenté par Issa Diouf, réclame la somme de 100 millions de dédommagement au producteur, Ibrahima Gueye et à la chaîne Sunu Yeuf. L'affaire a été jugée hier, mercredi, 22 juillet 2026, devant le tribunal correctionnel de Dakar où seul le producteur a comparu pour injures et atteinte à l'honneur et à la considération d'un groupe ethnique, à côté du représentant dudit collectif.
 
 
 
 
La société Yadaaké Production, productrice des séries "Dibor Sène" et Dibor à Dakar", son producteur, Ibrahima Gueye et la chaîne de télévision Sunu Yeuf se sont retrouvés devant le tribunal pour ces productions audiovisuelles qui ont suscité une polémique au sein du débat public. Ils ont été traînés en justice par le Collectif pour la défense de la langue et de la culture sèrère en leur représentant légal, Issa Diouf. Ils demandent d'ordonner, en urgence, toutes mesures conservatoires propres à faire cesser ce qu'ils appellent une atteinte grave et manifestement illégale à la dignité humaine, résultant de la diffusion de ces séries audiovisuelles. À la barre du tribunal correctionnel de Dakar où l'affaire a été évoquée hier, mercredi 22 juillet 2026, le juge a notifié au producteur Ibrahima Gueye les faits d'injures et d'atteinte à l'honneur et à la considération d'un groupe ethnique qui lui sont reprochés et qu’il a reconnus. Il a tenté de justifier son acte en déclarant qu'il n'a gagné aucun sou par rapport à la diffusion de la série sur internet comme sur la chaîne Sunu Yeuf. Toujours sur interpellation du président concernant les multiples sommations qui lui ont été adressées pour l'arrêt de la diffusion ainsi que l'enquête en cours, il n'a donné aucune réponse sur le fait qu'il ait continué à les diffuser. À ses côtés, le représentant du collectif, Issa Diouf, a réclamé aux prévenus la somme de 100 millions de F Cfa à titre de réparation, tandis que le procureur a requis l'application de la loi pénale contre eux. Après les débats, le tribunal a fixé le délibéré pour le 23 septembre 2026.
 
Les reproches
 
 
En effet, revenant sur les faits, le Collectif pour la défense de la langue et de la culture sèrère, dans sa requête adressée aux mis en cause, a expliqué que ces séries constituent une forme de "stigmatisation" contre l'ethnie sèrère. Dans leur citation directe, les requérants ont déclaré avoir constaté, sur tous les épisodes de la série "Dibor Sène", des passages indignes de la communauté sérère portant principalement sur des injures à l'égard des Sérères, le comportement stigmatisant et "non civilisé" de personnages sérèrisés, la ridiculisation de l'accent langagière sérère, le ciblage de l'ethnie sérère par ses noms propres de personne et de village, l'accoutrement anachronique et les rôles rabaissant associés à l'ethnie sérère. Selon les eux, la série comporte des propos et représentations stigmatisants visant la communauté sérère, présentés de manière répétée. Ils ajoutent même que le terme "fou" y est employé plus de 20 fois à l'égard des Sérères dans la première partie de la série "Dibor Sène". Ce qui constitue une atteinte grave à l’honneur, à la dignité et à la considération d'un groupe ethnique déterminé.
Le collectif explique d'ailleurs dans cette citation directe servie aux prévenus que, dans une vidéo annexée à la procédure, les responsables de la série promettent une évolution de Dibor Sène dans la saison 2. En réalité, la saison 2 est plus désastreuse d'après eux, parce que ce qu'ils appellent une évolution de Dibor Sène n'est rien d'autre que cette Sérère qu'ils considèrent comme folle et "non civilisée" et qui va être "civilisée" par les autres. "Elle va donc adopter l'image de Diégane, son mari, un Sérère considéré comme évolué, civilisé, c'est-à-dire qui n'a plus cet accent sérère tant stigmatisé, qui ne parle plus sa langue maternelle, qui ne veut plus être Sérère comme déclaré dans l'épisode 8 à la saison 1. Ceci est la promotion du déracinement des Sérères, de la perte de la langue et de la culture sérère et par conséquent le non-respect de la diversité culturelle et ethnolinguistique. Cette production est loin d'être banale", a détaillé le collectif dans le document d'accusation.
Celui-ci estime que cette "représentation" génère des conséquences désastreuses, notamment sur les enfants sérères ; de plus elle excite la frustration et la haine entre communautés. Elle porte par ailleurs atteinte à la dignité et à la considération de tous les Sérères et leur cause un préjudice irréparable.
Malgré les démarches pour faire cesser cette stigmatisation, disent-ils, les responsables de Yadaaké Tv s'entêtent à poursuivre la diffusion sur les chaînes Sunu Yeuf et Yadaaké Tv international, alors qu'une plainte a été déposée contre les prévenus depuis le 14 mai 2024 auprès du Parquet du tribunal de Grande Instance Hors Classe de Dakar. Cette diffusion massive, selon les parties civiles, aggrave de jour en jour le préjudice collectif subi par la communauté concernée.
Parallèlement, pour la série "Dibor à Dakar", ils affirment que Yadaake Production utilise d'autres stratagèmes pour camoufler son projet. Là, il s'agit, notamment, de changer le nom de la série incriminée et de se couvrir du cousinage à plaisanterie pour continuer à traiter les Sérères de fous, de les stigmatiser, de porter atteinte à leur dignité et les dévaloriser aux yeux du public. Sur ce, ils assurent que la série "Dibor à Dakar" diffusée pour le Ramadan 2026, comporte les mêmes manquements que la série "Dibor Sène". À l'épisode 4 de la saison 2 diffusée lors du Ramadan 2026 plus précisément à la 14e minute, il est noté des propos injurieux qui heurtent la sensibilité des Sérères. Au regard de ces constatations, Yadaake Production, selon eux, développe ainsi un public qui aime rire des autres ethnies, de leur accoutrement considéré comme démodé, de leur comportement indigne et non "civilisé", de leur accent. Par conséquent, il exacerbe l'intolérance, la stigmatisation, la marginalisation entre les ethnies. Ce qui porte un coup à la cohésion sociale et à la stabilité nationale. Ils estiment que ces productions se répercutent dans la vie sociale et les enfants des ethnies stigmatisées vont subir la même stigmatisation à l'école.
 
 
Fatou D. DIONE
 
 
 
 
 
 
 
LES ECHOS

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