L’ancien ministre et maire de Saint-Louis, Mansour Faye, signe son retour dans le débat politique national avec une longue publication dans laquelle il dresse un tableau particulièrement sombre de la situation du Sénégal. Entre dénonciation de la situation économique, critiques virulentes contre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko et appel à une réorganisation de l’opposition, le beau-frère de Macky Sall pose les jalons d’une nouvelle offensive politique.
Le constat est sévère. Et le message, lui, est clairement politique. Mansour Faye est sorti de sa réserve, dimanche 16 août, pour livrer sa lecture de la situation du Sénégal, dans une publication intitulée : « Le temps du constat, le temps de l’alternative ».
D’emblée, l’ancien ministre évoque un sentiment de « déception et de désillusion » qui gagnerait de plus en plus de Sénégalais, allant jusqu’à parler, chez certains, de « regret ». Un constat qu’il dit recueillir aussi bien au Sénégal que dans la diaspora. « Partout, au pays comme dans la diaspora, une même question revient : “Monsieur le Ministre, quand allez-vous revenir au pouvoir ?” », rapporte-t-il.
Pour Mansour Faye, cette interpellation ne relève pas uniquement de la nostalgie de l’ancien régime. Elle traduirait surtout, selon lui, une attente : celle de voir émerger « une alternative crédible capable de redonner confiance et de remettre le pays sur les voies de l’émergence ».
« Une crise systémique profonde »
L’ancien ministre des Infrastructures, des Transports terrestres et du Désenclavement pose ensuite son diagnostic sur la situation actuelle. « Le Sénégal vit une crise systémique profonde », affirme-t-il. Il évoque notamment la pression économique qui pèse sur les ménages, le chômage qui continue de toucher les jeunes ainsi que le manque de visibilité dont souffriraient les acteurs économiques. « Dans plusieurs secteurs, les Sénégalais s’interrogent sur les priorités et les résultats de l’action publique », écrit-il.
Pour Mansour Faye, l’évaluation d’un gouvernement ne peut toutefois pas se limiter aux intentions affichées. « Une vérité demeure : un État se juge à ses résultats, pas à ses promesses », tranche-t-il.
Une formule qui lui permet de mettre en opposition les attentes nées de l’alternance de 2024 et la situation actuelle. « Le décalage entre les attentes suscitées par l’alternance de 2024 et la réalité nourrit aujourd’hui de sérieuses interrogations », estime-t-il.
Diomaye et Sonko sévèrement ciblés
Dans son réquisitoire, Mansour Faye s’en prend ensuite directement aux deux têtes de l’exécutif. Sans les nommer directement, mais en utilisant des formules et surnoms qui ne laissent guère de doute sur les personnes visées, il accuse Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko d’être responsables des errements actuels.
« SAS “demi dieu” alias Sa Fitnaa qui semble avoir fait de la satisfaction de ses ambitions personnelles une boussole de ses actions politiques, se joue de la République et de ses institutions », écrit-il à propos du Premier ministre Ousmane Sonko. Dans la foulée, il vise le chef de l’État : « Son ex “doomi ndey” et ex “mentoré” (que perdure la rébellion !!!) ne mesurant pas le sens et la portée de ses responsabilités, se laisse entrainer dans les abysses des errements politiques. »
Le ton est particulièrement offensif. Mansour Faye reproche ainsi au tandem exécutif de ne pas être à la hauteur des responsabilités qui lui ont été confiées après l’alternance de mars 2024. Pendant ce temps, poursuit-il, « les goorgolous manquent de tout, souffrent de tout, et sont en train de tout perdre ».
Projets à l’arrêt et inquiétudes économiques
Au-delà des attaques politiques, l’ancien ministre développe un argumentaire essentiellement économique. Il affirme que plusieurs projets structurants sont actuellement « à l’arrêt ou à l’abandon ». Une situation qui aurait, selon lui, des conséquences directes sur les populations et sur le tissu économique.
« Derrière cette situation criarde, ce sont des populations qui attendent, des emplois non créés ou perdus, des entreprises fragilisées et des ressources publiques immobilisées », déplore-t-il.
Mansour Faye estime dès lors que le Sénégal ne peut « se contenter de slogans ». Il réclame une « vision cohérente », une « stratégie économique solide » et un « programme d’investissement crédible ». À cela doivent s’ajouter, selon lui, « une politique ambitieuse pour l’emploi des jeunes » et « un État capable de restaurer la confiance ».
Une manière pour le maire de Saint-Louis de déplacer le débat de la seule confrontation politique vers la question des résultats économiques et sociaux de l’action gouvernementale.
« L’opposition a une responsabilité majeure »
Mais le cœur de la sortie de Mansour Faye se trouve sans doute dans son appel à une réorganisation de l’opposition. Pour l’ancien ministre, les adversaires du pouvoir doivent désormais changer de méthode. «L’opposition a une responsabilité majeure», affirme-t-il.
Elle ne doit plus, selon lui, se contenter de répondre aux décisions du gouvernement. «Elle ne peut être dans la réaction permanente. Elle doit devenir une opposition de proposition, de construction et de préparation», soutient-il.
Son appel est également dirigé contre les divisions qui traversent les forces politiques opposées au pouvoir. « Il est temps de dépasser les divisions et les calculs politiciens, de rassembler les compétences et de mettre en commun les expériences pour bâtir une véritable alternative », plaide-t-il.
Pour Mansour Faye, l’objectif ne doit donc pas être uniquement la reconquête du pouvoir. « Car l’enjeu n’est pas seulement de reprendre le pouvoir. Il est de regagner la confiance du peuple sénégalais », écrit-il.
Une nuance importante dans son propos, puisqu’il invite l’opposition à tirer les enseignements de ses propres expériences et de ses erreurs. « Cela exige du travail : écouter, analyser, corriger les erreurs, tirer les leçons du passé et préparer des réponses concrètes aux défis futurs », souligne-t-il.
Le « Moss Dem » comme perspective politique
L’ancien ministre assume par ailleurs une perspective de retour aux affaires. «Le “Moss Dem” est possible», affirme-t-il, en référence au slogan associé à l’idée d’un retour aux commandes. Mais cette perspective est conditionnée à un préalable : «seulement si la déception se transforme en mobilisation, et la mobilisation en projet», précise-t-il.
Mansour Faye va plus loin en définissant ce que devrait être, selon lui, la prochaine échéance politique : «offrir au Sénégal non pas une alternance de personnes, mais une alternative de gouvernance».
Macky Sall toujours au centre
Dans cette nouvelle offensive, Mansour Faye a souhaité à Macky Sall «la réussite dans ses ambitions internationales», notamment «dans le cadre de ses futures responsabilités au sein des Nations unies».
Il invite également Macky Sall à continuer de «porter un regard attentif sur le Sénégal», estimant que le pays « a plus besoin de lui».
Ni résignation ni revanche
Malgré la virulence de ses critiques contre le pouvoir, Mansour Faye dit vouloir écarter toute logique de revanche. «Le moment n’est ni à la résignation ni à la revanche. Il est au travail», affirme-t-il. Il appelle ainsi à la constitution d’une opposition «forte, unie et responsable», capable, selon lui, de restaurer la confiance, de relancer l’économie, de créer des emplois et de redonner espoir à la jeunesse.
Sidy Djimby NDAO