SERIGNE MBACKE NDIAYE, SENEGALAIS DE LA 116E NEW YORK : « Pratiquement 80% des business ici sont détenus par des Sénégalais »




 
Installé aux États-Unis depuis 2002, l’entrepreneur sénégalo-américain Serigne Mbacké Ndiaye a bâti un véritable écosystème autour de l’entrepreneuriat, des médias et de la culture. Fondateur d’Afrocentric TV et de plusieurs structures dédiées à la promotion des échanges entre l’Afrique et l’Amérique, il revient sur son parcours, son engagement en faveur de la communauté sénégalaise et la place grandissante des Sénégalais dans le tissu économique de Harlem, où, selon lui, près de 80% des commerces sont aujourd’hui détenus par des compatriotes.
 
Les Echos : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
 
Je m'appelle Serigne Mbacké Ndiaye. Je suis un entrepreneur sénégalo-américain. Je vis ici depuis 2002, l'année de mon arrivée aux États-Unis. Je gère deux structures. La première s'appelle Afrocentric Associate, enregistrée vers 2013 pour promouvoir le commerce et l'investissement entre les États-Unis et les pays africains. J'ai également une autre structure, V2D Entertainment, qui s'occupe de divertissement et de promotion culturelle ici en Amérique. Chaque année, nous organisons des programmes sous forme de forums que nous terminons généralement par une tournée culturelle avec des artistes que nous faisons venir en Amérique.
 
Justement, sur le plan culturel, quels sont les artistes les plus connus que vous avez réussi à faire venir aux États-Unis ?
 
Le 28 novembre 2025, il y a environ sept mois, nous avons organisé un programme que nous avons initié sous le nom d’« Atlantic Vibes Tour ». C'est un festival à travers lequel nous sélectionnons plusieurs artistes pour les faire venir ici. Lors de la dernière édition, nous avons accueilli Diaman Express, Sherifou, Rema Diop, le Groupe Safari et Ngaka Blindé. Ces cinq groupes ont effectué une tournée aux États-Unis dans le cadre de ce programme.
 
Vous dirigez également un média destiné à la communauté sénégalaise. Comment est née cette initiative ?
 
Afrocentric existe depuis 2014, mais nous l'avons véritablement lancé en 2018. L'idée est née d'un constat simple : beaucoup de Sénégalais actifs dans les médias, le cinéma ou la communication au pays se retrouvaient dans d'autres secteurs lorsqu'ils arrivaient aux États-Unis. Nous nous sommes alors demandé pourquoi ne pas les réunir au sein d'un média où ils pourraient continuer à exercer leur métier.
Nous avons invité plusieurs professionnels sénégalais installés ici, nous avons discuté avec eux de leurs besoins en matériel et en équipements, puis nous avons tout acheté. Ensuite, nous avons entrepris les démarches administratives et obtenu les autorisations nécessaires. Grâce à Dieu, depuis cinq ans, nous couvrons de nombreux événements. Par exemple, pour le Bamba Day, nous travaillons avec plusieurs télévisions sénégalaises auxquelles nous fournissons le signal en direct.
 
Quels types de programmes diffusez-vous à destination des Sénégalais ?
 
Nous avons également des Américains qui utilisent nos installations pour réaliser leurs émissions et leurs enregistrements destinés au public américain. Mais nous produisons aussi plusieurs programmes sénégalais. Parmi eux, il y a notamment « Xew Xewu Diamono », animé par Ndèye Marone. Nous avons plusieurs émissions présentées par des Sénégalais et destinées principalement à la communauté sénégalaise.
 
Combien de Sénégalais travaillent aujourd'hui dans vos différentes structures ?
 
Si l'on prend l'ensemble de nos activités, nous employons onze Sénégalais. Notre organisation fonctionne un peu comme un holding avec plusieurs secteurs. Dans le shipping, nous avons cinq employés. Notre agence de voyage compte deux personnes. Et du côté d’Afrocentric TV, nous avons pratiquement onze personnes qui travaillent avec nous.
 
Peut-on dire que vous êtes aujourd'hui un chef d'entreprise accompli en Amérique ?
 
Oui. Lorsque je suis arrivé aux États-Unis, après l'université, j'ai travaillé dans plusieurs structures américaines. Mais en 2011, j'ai décidé d'arrêter pour me consacrer entièrement à mes propres affaires. Nous faisons partie de ceux qui se battent pour s'imposer ici tout en mettant à profit le savoir-faire que nous avons acquis.
 
Lors de notre visite, nous avons vu plusieurs commerces et activités autour de votre structure. Pouvez-vous nous en dire plus ?
 
Tout cela fait partie du même ensemble. L'espace situé à l'étage était auparavant vide. Nous l'avons aménagé pour en faire un commerce où l'on retrouve notamment un salon de coiffure et d'autres activités. Vous avez également vu les tailleurs. À l'origine, l'espace qu'ils occupent aujourd'hui servait de sortie de secours. Mais nous avons finalement décidé de l'aménager. Avec les arrivées massives de migrants par la route du Nicaragua, beaucoup de compatriotes sont passés par ici. L'un d'eux est le frère d'un ami avec qui je marchais ensemble au Sénégal. Lorsqu'il est arrivé, je lui cherchais du travail. J'ai découvert qu'il était tailleur. Après avoir constaté ses difficultés, je lui ai demandé de me fournir la liste du matériel dont il avait besoin. J'ai tout acheté et nous lui avons ouvert un espace pour qu'il puisse s'installer. C'est ainsi que nous nous entraidons entre Sénégalais.
 
Dans ce quartier que certains appellent Little Senegal, quelle est aujourd'hui la place des Sénégalais dans le tissu économique local ?
 
Si vous prenez cette zone jusqu'à Lexington Avenue, cela représente environ sept blocs. Chaque bloc compte une quinzaine d'immeubles. Lorsqu'on observe les commerces qui y sont installés, une grande partie appartient à des Sénégalais. À un certain moment, leur nombre avait diminué parce que l'augmentation brutale des loyers avait poussé plusieurs commerçants à quitter les lieux lorsqu'ils n'ont pas pu renouveler leurs baux. D'autres nationalités se sont alors installées. Mais, grâce à Dieu, les Sénégalais sont revenus progressivement. Aujourd'hui, on peut dire que pratiquement 80% des business de ce secteur sont détenus par des Sénégalais.
 
 
 
 
 
LES ECHOS

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