Dakar ne décrochera pas un programme sans des garanties solides. C’est ce qui s’annonce à l’ouverture d’une nouvelle mission du Fmi à Dakar. Le Fonds a précisé les conditions qui devront accompagner un retour à un programme de financement. Dette cachée, réformes budgétaires, viabilité de l’endettement et politiques correctives figurent au cœur des exigences.
Le Fonds monétaire international est actuellement à Dakar pour une mission de 2 semaines. À la veille de cette visite, le Fonds a publié sur son site web un important document explicitant d’emblée ce qu’il attend du Sénégal avant la conclusion d’un nouvel accord de financement. En effet, dans sa foire aux questions (FAQ) sur le Sénégal, mise à jour le 18 août 2026, l’institution établit clairement un lien direct entre le règlement du dossier de la dette cachée et les politiques qui devront être intégrées au futur programme. Selon l’institution financière, les discussions doivent permettre aux deux parties de parvenir d’abord à une compréhension commune des besoins de financement, de la situation macroéconomique et des réformes susceptibles d’être soutenues par un prêt du Fonds.
Dette cachée : la dérogation ne viendra qu’après les corrections
La principale précision concerne la dérogation, ou « waiver », nécessaire pour éviter au Sénégal un remboursement anticipé de financements déjà reçus du Fmi à la suite des fausses déclarations sur la dette. Un point auquel le gouvernement du Sénégal prête beaucoup d’importance. Dans le document consulté par « Les Échos », l’institution de Bretton Woods, qui avait déjà tranché sur l’existence effective de dettes dites « cachées », reprend encore les mêmes termes. Une reprise qui sous-entend le contexte de leur origine. C’est pourquoi le Fmi ne dit pas qu’il excluait la possibilité d’accorder au Sénégal une dérogation dans les délais de remboursement, mais que Dakar devra d’abord avoir « remédié aux causes profondes de la dette cachée » et élaboré des mesures permettant de corriger les déséquilibres macroéconomiques dans le cadre du nouveau programme. Ce n’est qu’ensuite que le Conseil d’administration examinera la demande de dérogation, est-il précisé.
C’est dire que le règlement du dossier ne se limite donc pas à corriger les chiffres de la dette, mais également établir des garanties institutionnelles pour éviter la répétition de telles irrégularités. C’est pourquoi, parmi les réformes déjà engagées, figurent la centralisation de la gestion de la dette, l’amélioration des données, l’audit des arriérés de paiement et le renforcement des contrôles budgétaires. Le Fonds précise qu’il continuera à suivre leur mise en œuvre pendant les négociations.
Une dette qui devra être jugée soutenable
Une autre condition centrale que le Fmi a voulu mettre sur la table avant son arrivée à Dakar reste la viabilité de la dette. Une exigence qui s’explique par les démarches entamées par Le Fmi et la Banque mondiale, qui travaillent actuellement avec Dakar à une nouvelle analyse de viabilité de la dette, en prenant en compte les données actualisées et les nouvelles perspectives économiques. Le Fonds rappelle que tout nouveau financement devra reposer sur des perspectives d’endettement soutenables et des politiques plaçant les finances publiques sur une « trajectoire crédible et durable ».
S’agissant d’une éventuelle restructuration, le Fmi reste prudent. Il confirme avoir étudié avec les autorités « différentes options » pour renforcer la viabilité des finances publiques et de la dette, tout en soulignant que le choix final de la stratégie appartient au gouvernement de Al Aminou Lô.
La mission qui vient de débuter doit ainsi déterminer si Dakar et le Fmi peuvent désormais converger sur ces différentes conditions et avancer vers un nouvel accord de financement. Mais avant cela, l’équipe dirigée par Mercedes devra rencontrer des acteurs non-étatiques, notamment des secteurs sociaux et économiques, a-t-elle précisé.
Ahmadou KANE
Correspondant permanent à New York