ROUTES, ÉLECTRICITÉ, INDUSTRIE, KOLDA SORT DE L’OMBRE : L’État enclenche une offensive pour corriger les fractures territoriales dans le Fouladou




 
 
Longtemps reléguée aux marges du développement national, la région de Kolda, l’autre partie de la Casamance, amorce un basculement historique. En une seule journée, le président de la République Bassirou Diomaye Faye, accompagné du ministre des Infrastructures Déthié Fall, a imprimé un rythme inédit à la transformation de la Haute Casamance. Entre inaugurations, lancements de chantiers et annonces structurantes, l’exécutif a posé les jalons d’une politique de faire de l’équité territoriale une réalité tangible.
 
C’est dans le département très enclavé de Médina Yoro Foulah que s’est ouverte cette séquence à forte portée symbolique. La pose de la première pierre d’un centre de santé moderne marque le début d’un « désenclavement sanitaire » longtemps réclamé par les populations. Dans une zone où accéder aux soins relevait du parcours du combattant, cette infrastructure promet de réduire drastiquement les évacuations d’urgence vers Kolda ou Tambacounda. Plus qu’un équipement, c’est un signal politique fort, « rapprocher les services essentiels des citoyens, là où ils vivent » lancent le chef de l’Etat devant les autorités et populations de ce vaste département qui fait deux fois la région de Thiès.
 
 
Routes pour briser l’isolement et libérer l’économie
 
À peine le temps de souffler, le cortège présidentiel s’est dirigé vers la Boucle du Fouladou. Sur le tronçon stratégique Dabo–Fafacourou–Médina Yoro Foulah, les instructions ont été sans équivoque. « Accélérer les travaux pour terminer le bitumage du tronçon Fafacourou-MYF ». Ce projet routier, long de plus de 100 kilomètres pour un investissement de 43 milliards F Cfa, « est conçu comme un levier de transformation économique. En réduisant les coûts de transport et en facilitant l’accès aux marchés, il ouvre de nouvelles perspectives aux producteurs agricoles du sud ». Au-delà du bitume, c’est une promesse de désenclavement durable. Une promesse qui se traduit aussi en emplois, avec près de 600 postes générés localement, lance le Président Diomaye.
 
 
 
L’électricité comme déclencheur de développement
 
 
L’autre moment fort de la journée reste l’inauguration de la dorsale électrique Fafacourou–Dabo–Coumbacara. Longue de 53 kilomètres, cette infrastructure alimente désormais 53 villages et impacte plus de 10.000 personnes. Porté par le Programme d'urgence de développement communautaire (Pudc), « ce projet s’inscrit dans une dynamique nationale d’électrification accélérée. À ce jour, 793 villages sont déjà raccordés, tandis que des dizaines d’autres attendent leur mise en service ». Dans le Fouladou, l’électricité change tout. « Elle prolonge les journées de travail, favorise l’émergence de petites activités économiques et améliore les conditions de vie des ménages. Elle constitue surtout le socle indispensable à toute ambition industrielle », dit Diomaye Faye, convaincu de son importance dans ce vaste département très riche en ressources.
 
 
Une zone industrielle pour ancrer la souveraineté économique
 
C’est justement sur ce terrain que le chef de l’État a frappé un grand coup. Avec le lancement de la Zone aménagée pour l’investissement (Zai) de Médina Yoro Foulah, le pouvoir enclenche une nouvelle phase, « celle de la transformation locale ». Implantée sur 30 hectares, « cette future plateforme industrielle accueillera une unité de transformation de l’arachide portée par la Sonacos ». Autour de ce noyau, une zone dédiée aux Pme, des infrastructures logistiques et un centre de services piloté par l’Apix viendront structurer l’écosystème. Dans un département où le chômage frôle les 50%, l’enjeu est immense, « créer des emplois, fixer les jeunes et capter la valeur ajoutée localement. L’ambition est claire, faire de Médina Yoro Foulah un hub économique régional capable de réorienter les flux transfrontaliers et de dynamiser toute la zone sud », indique le président Diomaye.
 
 
44 milliards F Cfa pour changer le destin d’un territoire
 
Au total, ce sont plus de 44 milliards F Cfa qui sont injectés dans les infrastructures routières et énergétiques du Fouladou. Un effort massif qui traduit une inflexion stratégique, « investir là où les retards sont les plus criants », note-t-il. En couplant routes, électricité et industrialisation, l’État mise sur une approche intégrée du développement. L’objectif n’est plus seulement de corriger les inégalités, mais de créer de nouveaux pôles de croissance hors des centres traditionnels.
 
 
 
De l’oubli à l’espérance
 
 
« Le sentiment d’oubli prend fin aujourd’hui », a lancé le président Diomaye Faye devant des populations venues en nombre. Si les défis restent nombreux, « sécurité, emploi, services publics, la dynamique enclenchée redonne espoir ». À Kolda, l’équité territoriale cesse d’être un slogan pour devenir un chantier concret, visible et mesurable. Et pour le Fouladou, longtemps resté à l’écart, c’est peut-être le début d’un nouveau récit.
 
Fatou DIOP
 
 
 
 
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