RÉVISION DU PROCÈS OPPOSANT LEUR CLIENT À OUSMANE SONKO : Les avocats de Mame Mbaye Niang dénoncent une «instrumentalisation sans précédent» de la justice




 
 
 
Réunis en conférence de presse à Dakar, les avocats de Mame Mbaye Niang ont livré une charge méthodique et frontale contre la procédure de révision engagée par Ousmane Sonko dans l’affaire de diffamation qui les oppose. S’appuyant sur une relecture détaillée du parcours judiciaire du dossier, ils contestent la validité du «fait nouveau» invoqué, dénoncent une manipulation institutionnelle et annoncent le dépôt d’une plainte pénale visant le Premier ministre et deux membres de son gouvernement.
 
 
 
La conférence de presse avait des allures de réquisitoire. Pendant de longues minutes, les avocats de Mame Mbaye Niang ont déroulé, point par point, ce qu’ils considèrent comme une entreprise méthodique de remise en cause d’une décision judiciaire définitive. À leurs yeux, la procédure de révision engagée par Ousmane Sonko ne relève ni d’une quête de vérité judiciaire ni d’un débat juridique légitime, mais d’une tentative assumée de réécriture d’un contentieux clos, désormais transposé sur le terrain politique et institutionnel.
 
 
«Procédure de révision juridiquement infondée et politiquement orientée»
 
 
Lors de sa prise de parole, Me Baboucar Cissé a tenu à rappeler que le dossier opposant son client à Ousmane Sonko avait suivi l’intégralité du circuit juridictionnel prévu par la loi. «Ce contentieux qui oppose Mame Mbaye Niang à Ousmane Sonko a été définitivement clôturé. Mais, de l'autre côté, on cherche à le ressusciter pour certainement nourrir les ambitions personnelles de M. Ousmane Sonko», a-t-il martelé, estimant que toute tentative de le rouvrir constitue une violation manifeste du principe de sécurité juridique. Selon l’avocat, la justice sénégalaise a statué à plusieurs reprises, en toute indépendance, sur des faits précis et constants.
Me Cissé est revenu sur la genèse de l’affaire jusqu’au rabat d’arrêt. «Cette requête a été rejetée le 1er juillet 2025, la Cour suprême estimant que le requérant cherchait, par ce biais, à faire rejuger une affaire déjà définitivement tranchée», dit-il.
Pour Me Baboucar Cissé, cette décision aurait dû clore irrévocablement le dossier. «C’est précisément à partir de ce moment que l’on bascule dans l’absurde», a-t-il lancé, en dénonçant l’introduction d’une procédure de révision qu’il qualifie de «juridiquement infondée et politiquement orientée».
 
 
Sous Ousmane Diagne, une commission avait émis un rapport défavorable. Mais Yassine Fall…»
 
 
Me Baboucar Cissé de révéler : «Quand le ministre Ousmane Diagne était en fonction, une commission de révision avait été saisie et cette commission avait émis un avis défavorable pour dire que c’était impossible. Entre temps on a débarqué Ousmane Diagne pour installer Yassine Fall taillable et corvéable à merci. Elle a institué une nouvelle commission et dans cette commission, sur les 13 membres, les 12 sont sous ses ordres. Et cette commission a mis un avis favorable. Sur quoi ils se sont fondé ? On dit qu’il y a un fait nouveau : il s’agit du rapport approuvé par Cheikh Diba. Comment on peut, en tant que ministre vouloir approuver un soi-disant rapport qui en réalité est un pré rapport non approuvé par trois ministres des Finances qui sont passés (Ndlr : Amadou Bâ, Abdoulaye Daouda Diallo, Moustapha Bâ). Lui, il vient 6 ans après approuver ce rapport».
 
«La mutation frauduleuse du droit au bail attaquée»
 
Me Cissé de faire une autre révélation de taille : «On a même attaqué en procédure de mutation frauduleuse du droit au bail dont Ousmane Sonko est titulaire à Sicap Keur Gorgui. Le 24 avril 2023 le titre était au titre de Ousmane Sonko et subitement le 15 mai 2023, il l’a muté au nom des membres de sa famille. Il a muté frauduleusement pour éviter que la maison soit saisie. Ce qu’il ne sait pas, c’est que la loi nous permet de faire en sorte que cette mutation frauduleuse soit annulée et que le bien revienne en son nom».
Prenant le relais, Me Omar Youm a donné à la conférence de presse une dimension doctrinale et institutionnelle. Citant l’adage latin ‘’res judicata pro veritate habetur’’, il a rappelé que l’autorité de la chose jugée constitue l’un des piliers de l’État de droit. Selon lui, le jugement rendu le 30 mars 2023, confirmé par l’arrêt de la Cour d’appel du 8 mai 2023, puis définitivement validé par la Cour suprême, a consacré une vérité judiciaire intangible.
L’avocat a ensuite ciblé ce qu’il considère comme le cœur du problème : l’intervention directe du pouvoir exécutif dans une affaire où le Premier ministre est personnellement intéressé. Selon lui, la mise en place d’une commission administrative chargée de donner un avis favorable à la révision du procès pose un problème majeur d’indépendance. Il a relevé que les membres de cette commission étaient tous des directeurs centraux placés sous l’autorité hiérarchique de la ministre de la Justice, elle-même alliée politique du Premier ministre.
Sur le fond, Me Omar Youm a démonté l’argument du «fait nouveau». Il a expliqué que le document invoqué est un pré-rapport de l’Inspection générale des finances datant de 2018, jamais validé par les ministres des Finances qui se sont succédé, et rédigé par un inspecteur aujourd’hui décédé. Selon lui, ce document n’a jamais eu de valeur juridique et ne saurait, six ans plus tard, servir de fondement à une procédure de révision.
Au-delà du dossier lui-même, Me Youm a mis en garde contre les conséquences systémiques d’une telle démarche. Selon lui, accepter qu’un justiciable devenu Premier ministre puisse remettre en cause une décision judiciaire définitive porterait un coup grave à la sécurité juridique et à la crédibilité de l’institution judiciaire. «Demain, n’importe quelle décision pourrait être contestée par celui qui détient le pouvoir», a-t-il averti.
 
 
Plainte contre Cheikh Diba, Yassine Fall et Sonko
 
 
Point culminant de la conférence de presse, Me Baboucar Cissé a révélé que Mame Mbaye Niang a déposé une plainte pénale contre Cheikh Diba, ministre des Finances, Yassine Fall, ministre de la Justice, garde des Sceaux, et Ousmane Sonko, Premier ministre. Les infractions visées sont l’usage de faux, l’association de malfaiteurs et la tentative d’escroquerie à jugement. Selon l’avocat, la plainte a été introduite le mercredi 28 janvier 2026 devant le procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance Hors Classe de Dakar.
 
 
 
 
 
Sidy Djimby NDAO
 
 
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