Alors que les députés étaient réunis ce lundi pour examiner la proposition de loi portant révision de la Constitution initiée par le groupe parlementaire Pastef, l’atmosphère était particulièrement tendue aux abords de l’Assemblée nationale. Entre imposant dispositif sécuritaire, manifestations interdites, interpellations de figures de l’opposition et de la société civile, et échanges musclés à distance avec la majorité, la journée de vote a pris des allures de bras de fer politique.
Dès les premières heures de la matinée, le ton était donné. Toutes les voies d'accès menant à l'Assemblée nationale ont été verrouillées par les forces de défense et de sécurité. Des barrières métalliques ont été installées à plusieurs points stratégiques tandis que d'importants renforts de police et de gendarmerie quadrillaient le secteur.
Une Assemblée nationale transformée en forteresse
Des véhicules de maintien de l'ordre étaient positionnés aux principaux carrefours donnant accès à l'hémicycle. Dans ce périmètre hautement sécurisé, seuls les députés, le personnel de l'institution, les invités officiels et les journalistes accrédités étaient autorisés à franchir les barrages. À l'intérieur de l'Assemblée, les élus s'apprêtaient à examiner l'une des réformes constitutionnelles les plus controversées de ces dernières années. À l'extérieur, l'opposition et plusieurs organisations de la société civile avaient choisi de faire entendre leur voix.
L'opposition dans la rue pour dire « non » à la réforme
Très tôt dans la matinée, plusieurs responsables politiques et acteurs de la société civile ont convergé vers le centre-ville de Dakar pour dénoncer ce qu'ils considèrent comme un passage en force de la majorité parlementaire. Les manifestants reprochent notamment au groupe parlementaire Pastef d'avoir engagé une révision d'une trentaine d'articles de la Constitution sans organiser au préalable une large concertation nationale ni recourir à un référendum. Parmi les figures aperçues sur les lieux figuraient Babacar Ba du Forum du Justiciable, Thierno Bocoum du mouvement Agir, Hamidou Anne de l'Apr, Me Oumar Youm, Talla Sylla ainsi que plusieurs responsables de partis d'opposition et organisations citoyennes. Au fil des heures, les slogans se sont multipliés.
Gaz lacrymogènes et dispersion des rassemblements
La tension est montée d'un cran lorsque plusieurs groupes de protestataires ont tenté de se rapprocher du périmètre sécurisé entourant l'Assemblée nationale. Les forces de l'ordre sont alors intervenues pour disperser les rassemblements. Des tirs de gaz lacrymogènes ont été effectués à plusieurs reprises afin d'éloigner les manifestants des zones interdites. Sous les nuages de gaz, plusieurs personnes ont été contraintes de battre en retraite dans les rues adjacentes. Malgré les dispersions, de petits groupes continuaient à se reformer à différents endroits du centre-ville pour poursuivre la contestation.
Une vague d'interpellations
La journée a également été marquée par plusieurs arrestations. Selon les informations recueillies sur place, Babacar Ba, coordonnateur du Forum du Justiciable et figure de la plateforme Aar Sunu République, a été interpellé à proximité de l'hémicycle. D'autres personnalités ont également été arrêtées ou conduites dans des commissariats de la capitale. Parmi elles figurent notamment l'opposant Thierno Bocoum, le coordonnateur national des jeunes de l'Apr Babacar Sellé Diagne, ainsi que plusieurs membres du collectif Le Peuple, dont le rappeur Abdou Karim Guèye, plus connu sous le nom de Xrum Xax. L'ancien ministre Pape Gorgui Ndong a lui aussi été interpellé alors qu'il participait à la mobilisation. Ces arrestations ont suscité l'indignation des manifestants qui dénoncent une restriction des libertés publiques et du droit de manifester.
Fatou DIOP