Infrastructures, climat social, réforme des curricula, enseignement bilingue, inclusion, dette universitaire et poursuite des cours pendant les JOJ, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo a décliné une feuille de route de 27 directives pour préparer la rentrée scolaire 2026-2027. Avec un mot d’ordre qui consiste à tirer les enseignements de l’année écoulée et corriger les faiblesses du système éducatif.
À quelques jours de la rentrée des enseignants, prévue le 5 octobre, et de celle des élèves, fixée au 8 octobre 2026, le gouvernement veut éviter les difficultés qui ont marqué l’année scolaire précédente. Réuni vendredi en Conseil interministériel consacré à la préparation de la rentrée scolaire 2026-2027 a permis au Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo de fixer les priorités aux différents départements ministériels concernés. Pour le chef du gouvernement, cette nouvelle année scolaire doit être placée sous le signe de l’introspection. « Nous voilà au seuil d’une nouvelle année scolaire qui doit être d’abord un moment d’introspection et de revue des années scolaires passées les plus récentes, et en particulier celle de l’année 2025-2026 », a-t-il déclaré. Il a ainsi invité les acteurs à examiner les résultats obtenus, mais également les difficultés rencontrées, afin d’identifier les forces à consolider et les faiblesses à corriger.
Les directives de l’année précédente à parachever
Le gouvernement entend d’abord solder les engagements antérieurs. Sur les 32 directives issues du précédent Conseil interministériel consacré à la préparation de la rentrée 2025-2026, 14 ont été entièrement exécutées, soit 43,75%. Les 18 restantes, représentant 55,25%, sont annoncées comme étant en cours de réalisation. Le Premier ministre demande donc aux ministres concernés, en relation avec le Secrétariat général du Gouvernement, d’accélérer leur parachèvement. Cette exigence de suivi traduit la volonté affichée par le gouvernement de ne pas multiplier les annonces sans assurer leur mise en œuvre. Pour Ahmadou Al Aminou Lo, l’évaluation doit être menée « en toute objectivité, en toute transparence et à la lumière de l’éthique de la responsabilité ».
La première urgence concerne les établissements scolaires. Les ministères de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Formation professionnelle, en coordination avec plusieurs autres départements, sont invités à finaliser les actions destinées à rendre les structures éducatives « fonctionnelles, propres et sûres ». Il s’agit notamment de libérer les écoles affectées par l’hivernage, procéder au pompage et au remblai, mais également de réhabiliter les infrastructures et de renforcer les installations sanitaires, hydrauliques et électriques.
Fournitures, personnels et indemnités
Autre priorité, les ressources indispensables au démarrage effectif des enseignements. Les difficultés résiduelles liées à la mise en place des personnels, des fournitures scolaires, des équipements, des manuels et des autres intrants pédagogiques doivent être recensées et prises en charge sans délai. Le gouvernement met également l’accent sur le paiement des indemnités dues aux enseignants au titre des examens. Les sommes liées notamment au Cfee, au Bfem, au baccalauréat et aux examens de la formation professionnelle et technique devront faire l’objet d’un règlement sans délai. La question du climat social reste, elle aussi, au cœur des préoccupations. Le Premier ministre a reconnu les satisfactions enregistrées dans les résultats scolaires en 2025-2026, tout en rappelant l’impact de la longue interruption des enseignements provoquée par les grèves. Il appelle ainsi la communauté éducative à privilégier le dialogue et la concertation permanents, tout en tenant compte des « limites financières objectives du gouvernement ».
Dans cette logique, le pacte national de stabilité sociale doit être consolidé. Le gouvernement demande le maintien d’un dialogue permanent, le respect des accords conclus et un traitement diligent des derniers accords signés avec les syndicats d’enseignants. Le Comité de pilotage du Pacte national de stabilité sociale est annoncé pour le 15 octobre 2026.
Les JOJ ne devront pas paralyser l’école
La tenue des Jeux olympiques de la Jeunesse Dakar 2026 constitue un autre défi de cette rentrée. Les compétitions étant prévues du 31 octobre au 13 novembre 2026, le gouvernement demande que les enseignements-apprentissages se poursuivent dans les écoles, établissements et universités pendant toute la période des Jeux. Une attention particulière devra être accordée aux 151 élèves-athlètes ainsi qu’aux élèves des académies impactées par les compétitions. Un accompagnement pédagogique ciblé est prévu, de même que la mise à disposition d’équipements informatiques, de connexions et de ressources pédagogiques numériques. À l’Université Amadou Makhtar Mbow, les cours en ligne devront démarrer à partir du 17 novembre 2026.
Le gouvernement veut profiter de l’événement sportif pour améliorer le cadre scolaire. Un « bimestre de propreté » doit être instauré avant et après les JOJ, avec des opérations portant sur les infrastructures, le mobilier et l’environnement des établissements. Fresques murales, jardins et espaces verts figurent parmi les actions envisagées.
2500 salles de classe et des programmes prioritaires
Le volet infrastructurel occupe une place importante dans la feuille de route. Le gouvernement demande d’accélérer l’exécution du programme de construction de 2500 salles de classe et ouvrages annexes, avec un respect strict du calendrier contractuel de livraison. Les autorités doivent finaliser, au plus tard le 31 décembre 2026, l’identification des sites nécessaires à plusieurs programmes prioritaires. Sont notamment concernés 12 Lynaqe, 46 écoles élémentaires, 46 collèges d’enseignement moyen et 46 lycées. La modernisation des anciens lycées emblématiques est programmée. Des diagnostics, études architecturales et techniques ainsi que les estimations financières devront être finalisés afin d’arrêter une programmation pluriannuelle des interventions à partir de 2027.
Inclusion, santé et état civil
L’inclusion figure parmi les autres chantiers prioritaires. Le gouvernement prévoit de finaliser avant la fin de 2027 les études, la conception des prototypes, le financement et la programmation nationale de l’implantation des Centres de Ressources pour l’Éducation Inclusive (CREI), en tenant compte des besoins territoriaux et des données disponibles sur la prévalence du handicap. La couverture sanitaire universelle dans les écoles et établissements fait également l’objet d’une réflexion interministérielle. Les ministères concernés devront travailler à sa systématisation.
Autre mesure importante, le déploiement sur l’ensemble du territoire d’un dispositif permanent de vérification, de régularisation et de sécurisation de l’état civil des élèves devra être consolidé au plus tard à la fin du mois de janvier 2027.
Universités, baccalauréat et formation professionnelle
Dans l’enseignement supérieur, la réforme du baccalauréat doit être finalisée au plus tard le 30 janvier 2027 dans le cadre de la refondation du système éducatif et de la mise en œuvre des conclusions de l’Agenda national de transformation de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (Antesri). Le gouvernement demande l’accélération de l’achèvement des chantiers des différentes universités. La dette des repreneurs des restaurants universitaires constitue un autre dossier inscrit dans les directives gouvernementales. Une meilleure prise en charge de cette dette est demandée aux ministères concernés.
La formation professionnelle n’est pas en reste. Le gouvernement demande au renforcement de la ligne budgétaire consacrée à la matière d’œuvre, l’électrification de nouveaux centres, la création de chapitres budgétaires dédiés, l’intégration accrue du numérique dans les apprentissages et l’accompagnement des diplômés dans leur insertion. Les curricula devront également être adaptés aux besoins du marché.
Après une année 2025-2026 marquée par de longues périodes de grève, le Premier ministre demande aux acteurs du système éducatif de tirer les leçons du passé. « Quelles sont nos forces à préserver, voire renforcer, et les faiblesses à corriger ? Deuxièmement, quelles sont les opportunités à saisir et les menaces à gérer ? », a-t-il lancé. La rentrée du 8 octobre constituera le premier test concret de cette nouvelle feuille de route. Le gouvernement doit assurer la disponibilité des personnels, des équipements et des fournitures, tout en maintenant le dialogue avec les syndicats et en engageant les différentes réformes annoncées. À plus long terme, plusieurs échéances sont déjà fixées avec la fin décembre 2026 pour l’identification de certains sites, janvier 2027 pour l’état civil des élèves et la réforme du baccalauréat, et 2027 pour plusieurs programmes d’infrastructures et d’inclusion.
Fatou DIOP