À l’ouverture de la session ordinaire unique 2026-2027 de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko a livré un plaidoyer appuyé pour la transparence, la reddition des comptes et le contrôle de l’action publique. Entre dette publique, gestion des ressources nationales et responsabilité des institutions, le président de l’Assemblée nationale a rappelé une exigence fondamentale : l’argent public appartient aux citoyens, et ceux qui en assurent la gestion doivent leur rendre compte. Ousmane Sonko n’a pas épargné l’Assemblée nationale qu’il dirige ; pour lui, sa mission de contrôle ne la dispense guère d’être contrôlée.
Disparu des radars depuis plusieurs semaines, Ousmane Sonko a refait surface hier, pour présider l’ouverture de la Session ordinaire 2026-2027. Dans son discours inaugural, le leader de Pastef a donné le ton. Cette session devra prolonger le travail engagé autour du contrôle de l’action gouvernementale, de la transparence et de la responsabilité des gestionnaires publics. «L’État n’est pas la propriété d’un gouvernement, le Trésor public n’est pas la propriété d’un responsable et les institutions ne sont pas le butin d’une majorité», a-t-il martelé.
«La transparence ne doit pas rester un mot de discours»
Pour Ousmane Sonko, informer ne consiste pas simplement à publier des chiffres, des rapports ou des documents administratifs. Encore faut-il que les citoyens puissent les comprendre et mesurer leurs conséquences sur leur quotidien. Cette exigence suppose, selon lui, de rendre l’information publique accessible dans les langues nationales, notamment le wolof, le pulaar, le mandingue, le sérère, le joola et le soninké. Le président de l’Assemblée nationale estime par ailleurs qu’une dépense peut respecter les procédures sans atteindre son objectif et un marché public peut être régulièrement attribué sans produire les effets attendus. «Le contrôle doit donc aller au-delà de la conformité administrative : il doit également mesurer l’efficacité de l’action publique et son impact réel sur les populations», dit-il. Avant d’embrayer : «l’argent public mal utilisé ou engagé dans des investissements inefficaces ne représente pas seulement une perte comptable. Il peut se traduire par une école qui tarde à sortir de terre, un médicament devenu inaccessible, un forage qui ne voit jamais le jour ou un aménagement qui aurait pu protéger des familles contre les inondations. Les agriculteurs qui attendent des infrastructures hydroagricoles, les mères confrontées au coût des soins et les élèves évoluant dans des conditions difficiles sont autant de visages derrière les lignes budgétaires».
«Le contrôle ne doit pas être assimilé à une défiance systématique envers l’exécutif»
Pour Ousmane Sonko, le mandat parlementaire perdrait une partie de son sens si les députés se contentaient d’adopter des textes et de voter des budgets sans vérifier ensuite leur mise en œuvre. «Le contrôle ne doit pas être assimilé à une défiance systématique envers l’exécutif, pas plus qu’il ne saurait devenir le monopole de l’opposition. Il constitue une fonction démocratique qui doit permettre de questionner les décisions, d’examiner les résultats, de demander des corrections et, lorsque cela s’impose, de s’opposer aux choix jugés inadaptés», renseigne le leader de Pastef.
«Les Commissions d’enquête chargées d’établir les faits sans se substituer à la justice»
Sonko a également abordé la place des commissions d’enquête parlementaires dans le dispositif de contrôle. D’après lui, ces structures ont vocation à établir des faits, à recueillir des informations et à formuler des recommandations. Elles ne sont toutefois ni des juridictions ni des instances habilitées à prononcer des condamnations pénales. «Lorsqu’elles mettent au jour des faits susceptibles de constituer des infractions, les procédures légales doivent suivre leur cours auprès des autorités compétentes».
«L’Assemblée nationale doit aussi accepter d’être contrôlée»
Ousmane Sonko n’a pas épargné l’institution qu’il dirige. Pour lui, l’Assemblée nationale ne peut réclamer la transparence aux autres institutions tout en s’exonérant de cette exigence. «La gestion de ses ressources, ses procédures internes et l’utilisation des moyens mis à sa disposition doivent également obéir à des règles claires et compréhensibles. La transparence ne saurait être une obligation imposée uniquement aux autres pouvoirs. Sa crédibilité dépend aussi de sa capacité à appliquer à elle-même les principes qu’elle défend».
«La confiance publique ne se décrète pas…»
Le president de l’Assemblée nationale a replacé le Parlement face à son obligation première : servir les citoyens et protéger l’intérêt général car, selon lui, «la confiance publique ne se décrète pas. Elle se construit à travers des décisions justifiables, des résultats vérifiables et une volonté constante d’expliquer l’usage des ressources collectives».
Nd. Kh. D. F