RENCONTRE ENTRE LE PM ET LES ACTEURS SOCIAUX : La Fédération des syndicats de la santé rappelle les retards des engagements et maintient son mot d’ordre de grève




 
 
Avant la rencontre entre les partenaires sociaux et le gouvernement à la Primature, la Fédération des syndicats de la santé (F2S) met sur la table ses inquiétudes face aux retards dans l’exécution des engagements contenus dans le Pacte national de stabilité sociale. Son coordonnateur, Cheikh Seck, prévient que le plan d’action syndical reste d’actualité, avec une grève générale annoncée les 30 et 31 mars.
 
Malgré la réunion du Comité de pilotage du Pacte national de stabilité sociale présidée par le Premier ministre Ousmane Sonko à la Primature, les syndicats de la santé continuent d’exprimer leurs préoccupations face aux lenteurs dans la mise en œuvre des engagements de l’État. Cheikh Seck, coordonnateur de la conférence des secrétaires généraux de la Fédération des syndicats de la santé (F2S), a salué l’initiative du chef du gouvernement tout en soulignant la nécessité d’accélérer l’exécution des mesures promises dans le cadre du pacte social, notamment celles relatives au secteur de la santé. «Nous saluons la convocation du comité de pilotage par le Premier ministre. Mais il faut reconnaître que plusieurs engagements pris par l’État tardent à être matérialisés», a-t-il déclaré, évoquant les conclusions de la conférence des secrétaires généraux de la fédération tenue le 12 mars 2026 pour évaluer l’état d’exécution des accords.
 
 
 
Des engagements jugés insuffisamment exécutés
 
Au cœur des préoccupations de la F2S figure la question du recrutement dans la fonction publique. Selon Cheikh Seck, l’État s’était engagé à procéder à un recrutement spécial afin de combler le déficit estimé à plus de 18.000 agents de santé dans les cinq prochaines années. Toutefois, la fédération constate que l’objectif fixé pour 2025, qui prévoyait l’intégration de 3700 agents, n’a pas été atteint. Pour l’année 2026, l’annonce d’un recrutement de 2500 agents, réitérée lors d’un récent Conseil des ministres, tarde encore à se concrétiser. «Le dernier recrutement significatif remonte à 2021 et 2022. Aujourd’hui, le Sénégal ne compte qu’environ 10.000 agents de santé dans la fonction publique, tous corps confondus. Parmi eux, moins de 7000 sont directement impliqués dans les soins», a souligné le responsable syndical.
Face à cette situation, la F2S plaide pour la mise en place d’une commission chargée de définir des critères objectifs et transparents de présélection des candidats, avec la participation des organisations syndicales. Les syndicats proposent également qu’un quota de 1000 postes soit réservé à la régularisation des agents contractuels travaillant depuis plus de dix ans dans les structures sanitaires, notamment dans les régions périphériques comme Tambacounda, Kédougou, Sédhiou, Matam, Kolda et Ziguinchor.
 
 
 
La question des indemnités toujours pendante
 
Autre point de blocage note Cheikh Seck, «la généralisation de l’indemnité de logement pour les agents contractuels du secteur de la santé». Selon la F2S, cette mesure reste encore incomplètement appliquée. Si une partie du personnel soignant médecins, infirmiers et sages-femmes bénéficie déjà de cette indemnité grâce à la ligne budgétaire dite «autres transferts» des établissements publics de santé, une grande partie du personnel administratif et de soutien demeure exclue du dispositif.
Pour résoudre ce problème, les syndicats estiment qu’il faudrait mobiliser environ 480 millions de francs Cfa par mois afin de couvrir l’ensemble du personnel hospitalier concerné. À cela s’ajoute la nécessité d’une rallonge budgétaire estimée à 250 millions de francs Cfa mensuels pour prendre en charge les contractuels du ministère de la Santé.
 
 
 
Des réformes statutaires en attente
 
La fédération pointe également du doigt le retard dans la mise en œuvre de plusieurs réformes statutaires. Parmi celles-ci figure le reclassement des techniciens supérieurs de santé, pourtant prévu dans un décret modifiant le statut particulier du cadre des fonctionnaires de la santé. Selon Cheikh Seck, si le texte réglementaire a été signé, son application concrète tarde toujours à démarrer.
La F2S évoque également les lenteurs dans la finalisation de plusieurs textes législatifs et réglementaires, notamment le code de la santé, la nomenclature des actes médicaux, le projet de loi relatif à l’exercice de la profession infirmière ou encore certains décrets relatifs à l’organisation du secteur. À ces préoccupations s’ajoutent celles liées «à la couverture sociale des travailleurs non permanents, à travers la subvention des institutions de prévoyance maladie (Ipm), qui reste, selon les syndicats, non effective».
 
 
Des inquiétudes sur la gouvernance
 
La gouvernance du secteur constitue un autre point de crispation. Les syndicats dénoncent notamment la manière dont certains postes de direction dans les structures sanitaires ont été attribués ces derniers mois. Selon Cheikh Seck, «plusieurs cadres expérimentés sont été écartés au profit de profils issus du secteur privé ou occupant leurs premières responsabilités dans l’administration publique». La fédération regrette également «la non-convocation régulière des commissions de gestion du personnel, chargées notamment des affectations, mutations, recrutements ou encore de l’attribution de bourses et des autorisations de pèlerinage».
 
 
 
Une dénonciation des inégalités salariales
 
Les organisations syndicales pointent par ailleurs une iniquité dans le traitement salarial, en particulier au détriment du personnel paramédical. Elles dénoncent l’absence ou l’insuffisance d’indemnités pour certains nouveaux corps professionnels et les disparités dans l’octroi des avantages entre des agents appartenant pourtant à la même hiérarchie dans le système de santé.
La question de l’âge de la retraite cristallise également les frustrations. Si l’option de prolongation jusqu’à 65 ans a été accordée aux médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes, le personnel paramédical reste exclu de cette mesure, malgré un statut commun régi par le même décret. Pour les syndicats, cette situation constitue une forme de discrimination entre les diplômés issus des écoles paramédicales et ceux de la faculté de médecine.
 
 
 
Un plan d’action maintenu
 
Face à ces nombreux points de blocage, la Fédération des syndicats de la santé maintient son plan d’action. Selon Cheikh Seck, celui-ci prévoit l’organisation d’assemblées générales de mobilisation dans l’ensemble des structures sanitaires du pays, des rencontres avec les partenaires techniques et financiers, la société civile ainsi que les autorités religieuses. «La fédération annonce également une grève générale de 48 heures, prévue les lundi 30 et mardi 31 mars 2026. Par ailleurs, la rétention d’informations et le boycott des activités de supervision restent en vigueur», annonce-t-il. Tout en réaffirmant leur ouverture au dialogue, les syndicats appellent le gouvernement à apporter des réponses rapides et concrètes aux revendications. «Nous réitérons notre appel aux autorités pour trouver des solutions rapides à nos doléances afin d’éviter une situation de non-retour dont elles porteront seules la responsabilité», a averti Cheikh Seck.
 
Fatou DIOP
 
 
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