À quelques heures de l’examen des projets et propositions de loi inscrits à l’ordre du jour de cette troisième session extraordinaire de la XVème legislature, les députés du groupe parlementaire Pastef ont pris la parole pour expliquer les propositions de loi portées par leurs collègues et répondre aux controverses qui entourent plusieurs dossiers. Santé en milieu carcéral, Code pétrolier, fonds spéciaux : pendant plusieurs heures, les parlementaires ont défendu leur agenda législatif, dénoncé ce qu’ils qualifient de « manipulation médiatique » et appelé à replacer les débats dans leur contexte institutionnel.
Le fossé entre Bassirou Diomaye Faye et son ancien parti de creuse davantage. La majorité parlementaire a encore fait face à la presse pour décortiquer leurs propositions de lois et la position du gouvernement pour chaque texte. « Une Assemblée qui travaille comme celle-ci n’a jamais existé au Sénégal », s’est glorifiée Amadou Ba. Santé en prison : une proposition présentée comme apolitique
Premier dossier mis en avant : la santé en milieu carcéral. Les parlementaires défendent une proposition de loi qu’ils présentent comme une réponse à une demande exprimée depuis longtemps par des associations, des organisations non gouvernementales et des acteurs de l’administration pénitentiaire.
Selon eux, le texte vise notamment à améliorer les conditions sanitaires des détenus et à apporter une réponse aux problèmes de promiscuité et d’accès aux soins dans les établissements pénitentiaires. «Tout le monde peut devenir détenu un jour», a rappelé l’ancien ministre de la Culture, insistant sur le fait que la question ne devrait pas être abordée sous l’angle partisan.
Les parlementaires soutiennent par ailleurs que le texte comporte des dispositions permettant d’identifier les mécanismes de financement nécessaires à sa mise en œuvre. Ils regrettent dès lors que cette initiative puisse être rejetée ou interprétée à travers le seul prisme politique. «Même si la loi n’a aucune connotation politique, le gouvernement a décidé que l’Assemblée nationale devait seulement être là sans travailler», a-t-il lancé. Code pétrolier : «il ne s’agira pas de conférer à l’Assemblée un pouvoir de blocage»
Autre proposition défendue avec insistance : celle portant sur le Code pétrolier. Sur ce dossier, les députés de Pastef posent une question centrale : jusqu’où doit aller le contrôle du Parlement sur les contrats engageant les ressources naturelles du Sénégal ?
Selon l’explication donnée face à la presse, la réforme défendue viserait à permettre à l’Assemblée nationale d’examiner les contrats pétroliers avant leur signature définitive par le président de la République. Les parlementaires précisent qu’il ne s’agirait pas nécessairement de conférer à l’Assemblée un pouvoir de blocage, mais de renforcer son rôle d’information et de contrôle. Ils mettent en avant la durée potentiellement très longue des engagements pris dans le secteur extractif. « Les ressources naturelles appartiennent au peuple », ont-ils rappelé, estimant qu’un contrat pouvant engager le pays pendant plusieurs décennies mérite un niveau de transparence et de contrôle particulièrement élevé.
Pour les députés, le débat dépasse donc la seule relation entre le gouvernement et sa majorité. Il concerne, selon eux, la capacité du Parlement à exercer pleinement sa mission de contrôle sur les engagements de l’État. Fonds spéciaux : Pastef dénonce une « manipulation médiatique »
La troisième séquence de la conférence de presse a porté sur les fonds spéciaux, dossier devenu particulièrement sensible dans le débat public. Les députés ont dénoncé ce qu’ils qualifient de «manipulation médiatique» et appelé à revenir aux documents et à la chronologie des faits. «Il y a une manipulation médiatique inacceptable», a lancé Amadou Ba.
Selon lui, le débat actuel ne saurait être réduit à une question politique conjoncturelle. Il affirme que les discussions sur le contrôle des fonds spéciaux étaient engagées bien avant les dernières polémiques. Les députés ont notamment évoqué des initiatives examinées en mars 2026 concernant la vérification de l’utilisation des fonds destinés à des usages spéciaux. Ils affirment qu’une commission de vérification avait été envisagée, avec la participation de hautes autorités judiciaires et financières ainsi que d’un représentant de l’Assemblée nationale. Le parlementaire soutient également qu’un projet relatif aux modalités d’exécution et de contrôle des dépenses effectuées sur fonds spéciaux avait été examiné au mois de mars. « Tous les documents existent », a-t-il martelé, invitant ceux qui contestent cette lecture à se reporter aux textes et aux actes institutionnels. Pour les parlementaires, la question essentielle reste celle du contrôle.
Qui ordonne la dépense ? Qui la vérifie ? Selon quelles règles ? Quels documents permettent d’en retracer l’utilisation ?
Autant de questions auxquelles ils demandent que des réponses soient apportées sur la base des textes et des procédures institutionnelles plutôt qu’à travers des accusations ou des commentaires politiques. «Les questions qui sont posées ne sont pas des questions conjoncturelles», a insisté M. Ba qui s’indigne de l’attitude des ministres et directeurs généraux qui rivalisent de mobilisation dans ce contexte marqué par les revendications sociales, les difficultés économiques et les discussions autour des politiques d’ajustement.
Revenant sur le rapprochement entre Diomaye Faye et Macky Sall, Amadou Bâ rappelle les engagements de rupture portés au moment de l’accession au pouvoir. «Si Diomaye avait quelque chose sur Sonko, il n’allait pas pactiser avec le diable», a lancé le député de Pastef.
Nd. Kh. D. F