Au cours d’une conférence de presse organisée avec ses collègues de l’opposition, la présidente du groupe parlementaire Takku-Wallu Sénégal est revenue sur le rejet du projet de Loi de finances rectificative (Lfr), le 3 novembre dernier. Dénonçant un refus délibéré du débat parlementaire, elle a également pointé les déséquilibres budgétaires révélés par le texte, l’échec du Plan de redressement économique et social et les tensions entre Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Elle a enfin invité le chef de l’État à prendre ses responsabilités constitutionnelles, allant jusqu’à évoquer une possible dissolution de l’Assemblée nationale.
Pour la présidente du groupe parlementaire Takku-Wallu Sénégal, l’événement du 3 novembre dépasse largement une simple péripétie parlementaire. Elle y voit un précédent dans l’histoire budgétaire du Sénégal : le rejet d’une Loi de finances rectificative avant même que les députés aient pu en discuter le contenu. «Pour la première fois, une Loi de finances rectificative a été rejetée avant même d’avoir été discutée», a soutenu Aïssata Tall Sall. Elle parle d’une véritable «forfaiture», estimant que le mandat parlementaire impose précisément aux élus de débattre, de contrôler l’utilisation des ressources publiques et d’éclairer les citoyens.
«C’est le même ministre des Finances qu’ils avaient applaudi en décembre qu’ils sont en train de conspuer en novembre»
La présidente de Takku-Wallu pointe aussi la contradiction politique de la majorité. Selon elle, Pastef ne peut aujourd’hui dénoncer le manque de sincérité de la Lfr sans assumer sa responsabilité dans l’adoption de la loi de finances initiale (Lfi) de 2026, dont le texte rectificatif constitue le prolongement. «C’est le même ministre des Finances qu’ils avaient applaudi en décembre qu’ils sont en train de conspuer en novembre», a-t-elle lancé, dénonçant une incohérence qu’elle juge difficilement défendable.
«La Lfr a consacré la mort du Pres tant vanté par Ousmane Sonko»
La présidente du groupe parlementaire a également mis en cause les résultats du Plan de redressement économique et social (Pres), présenté par Ousmane Sonko au Grand Théâtre. À ses yeux, la Lfr constitue une sorte de révélateur des difficultés du dispositif, dont les prévisions de mobilisation des ressources seraient loin d’avoir été atteintes. Elle avance un montant de plus de 700 milliards de F Cfa initialement attendu, contre environ 179 milliards encaissés, selon les chiffres qu’elle attribue au ministre Cheikh Diba. «La Lfr a consacré la mort du Pres tant vanté par Ousmane Sonko», conclut-elle.
Diomaye-Sonko, le «dépit amoureux» qui prend le pays en otage
Abordant les relations entre Diomaye Faye et Ousmane Sonko, Aïssata Tall Sall declare que les difficultés actuelles ne relèvent pas simplement d’une divergence de programme ou de choix économiques. Elle décrit une crise qu’elle qualifie de «factice», née, selon elle, de la séparation douloureuse entre deux hommes qui ont longtemps cheminé ensemble. «En bon français, ça s’appelle du dépit amoureux», a-t-elle ironisé. «Ils prennent le pays en otage», a-t-elle martelé.
Dissolution ou article 86 : Diomaye face à ses responsabilités
Au-delà de ce constat, Aïssata Tall Sall a directement interpellé le président de la République. Elle lui rappelle que la Constitution ne lui confère pas seulement un pouvoir, mais aussi un devoir : celui de veiller au bon fonctionnement des institutions.
Pour elle, il faut refléchir sur les leviers qu’il reste au chef de l’État pour assurer la continuité du fonctionnement de l’État. Cette derniere avance deux pistes institutionnelles. La première, qu’elle qualifie de solution radicale, est la dissolution de l’Assemblée nationale.
La seconde option est le recours à l’article 86, alinéa 6, de la Constitution, qui permet au gouvernement, sous certaines conditions, d’engager sa responsabilité sur un texte. Une procédure qui pourrait permettre de faire avancer le texte sans débat parlementaire, mais qui expose également le gouvernement à une motion de censure.
Aïssata Tall Sall met toutefois en garde contre toute interprétation approximative de ces dispositions. Elle soutient notamment que le recours à cette procédure ne permettrait pas à la majorité de multiplier les motions de censure au gré des confrontations politiques.
Abdou Mbow : «le président ‘’illégitime’’ de l’Assemblée a refusé de signer les ordres de mission à deux députés de l’opposition»
Abdou Mbow a également pris la parole pour soulever des interrogations sur la gestion administrative et matérielle de l’Assemblée nationale. Lors de son intervention, le député a accusé Ousmane Sonko d’avoir récupérer les deuxièmes véhicules des bureaux de l’Assemblée pour pour les remettre aux anciens ministres devenus ses conseillers. Ce dernier d’informer l’opinion que le président «illégitime» de l’Assemblée nationale a refusé de signer les ordres de mission empêchant deux députés de l’opposition de voyager. Attirant l’attention du ministre des Finances et de la trésorière de l’Assemblée nationale sur l’utilisation des fonds de l’institution. Pour lui, il est hors de question que cette argent soit utilisé comme le fonds Jamm de la Casamance.
Nd. Kh. D. F